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Kinshasa suspend “temporairement” les activités académiques à Goma et Bukavu, zones sous contrôle de l’AFC/M23

Université de Goma

Le bras de fer entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 s’est souvent manifesté sur les plans sécuritaire, diplomatique et dans plusieurs autres secteurs. Mais, depuis quelques semaines, la bataille s’est invitée dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire. Après des tensions à distance liées aux nominations des animateurs dans les établissements universitaires situés dans les zones sous contrôle de la rébellion, Kinshasa vient de passer à la vitesse supérieure en suspendant temporairement les activités académiques dans plusieurs établissements de Goma et de Bukavu, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations (ESURSI), dirigé par Marie-Thérèse Sombo, a pris un arrêté ministériel portant suspension des activités académiques au sein de plusieurs établissements d’enseignement supérieur et universitaire des villes de Goma et de Bukavu, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon cette décision, annoncée mardi 25 août 2026, la mesure intervient dans un contexte marqué par une situation sécuritaire préoccupante, affectant le fonctionnement normal des institutions académiques dans ces deux provinces.

"Selon cet arrêté, toutes les activités académiques et para-académiques liées à l’année académique 2026-2027 sont suspendues jusqu’à nouvel ordre dans les établissements concernés. Parmi ceux-ci figurent notamment l’Université de Goma (UOG), l’Institut Supérieur de Commerce de Goma (ISC-Goma), l’Institut Supérieur des Techniques Médicales de Goma (ISTM-Goma), l’Institut Supérieur Pédagogique de Goma (ISP-Goma), ainsi que plusieurs établissements de Bukavu, dont l’Université Officielle de Bukavu (UOB), l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’ISDR-Bukavu et l’ISAM-Bukavu", lit-on dans le document.

L’arrêté précise que cette suspension concerne notamment les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que tout autre acte académique susceptible de conduire à la délivrance d’un titre académique au cours de l’année académique 2026-2027. Toutefois, poursuit le document, afin de préserver les intérêts des étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026, le Ministère autorise ces derniers à présenter leurs évaluations ou à accomplir les activités académiques nécessaires à l’achèvement de leur cursus dans des établissements publics ou privés légalement reconnus par la République. Cette mesure vise à garantir la continuité académique et la validité des parcours de formation malgré les contraintes sécuritaires actuelles.

Le Ministère appelle par ailleurs les membres du personnel académique, scientifique et administratif ainsi que les étudiants concernés au respect strict de l’ordre et de la discipline durant cette période exceptionnelle. Selon le ministère, une observation permanente de l’évolution de la situation sécuritaire sera assurée afin de permettre aux autorités compétentes de prendre, en temps opportun, les mesures nécessaires pour le rétablissement du fonctionnement normal des établissements touchés.

"À travers cette décision, l’ESURSI réaffirme sa détermination à protéger les étudiants, le personnel académique et administratif, tout en préservant la qualité et la régularité du système d’enseignement supérieur et universitaire en République Démocratique du Congo", souligne le communiqué du ministère.

Rappelons que tout a commencé par la réaction du gouvernement de la République démocratique du Congo, qui s’est une nouvelle fois opposé aux décisions de l’AFC/M23 concernant la désignation des membres des comités de gestion de dix établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu.

Dans un communiqué publié lundi 10 août, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation indique avoir été informé des nominations opérées par l’AFC/M23 le 7 août dernier. Ces décisions concernent plusieurs institutions publiques d’enseignement supérieur implantées dans les deux provinces contrôlées par le mouvement rebelle.

L’AFC/M23 avait officialisé ces nominations à travers une décision portant la référence COORDO/AFC-M23/FRK/SB/2026. Celle-ci prévoit la désignation de nouveaux membres au sein des comités de gestion des établissements d’enseignement supérieur, universitaire, de recherche scientifique et d’innovation du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le mouvement politico-militaire, soutenu par le Rwanda, avait justifié cette initiative par la volonté de remplacer certains responsables et de pourvoir les postes restés vacants dans plusieurs institutions. Selon l’AFC/M23, ces changements visent à assurer la continuité du fonctionnement des établissements situés dans les zones qu’il présente comme des « territoires libérés ».

Cette nouvelle controverse intervient dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions entre Kinshasa et l’AFC/M23, alors que les deux parties ont récemment poursuivi leurs échanges en Suisse dans le cadre du processus de Doha. Elle met une nouvelle fois en évidence les profondes divergences qui persistent entre les protagonistes sur l’administration et la gestion des territoires contrôlés par la rébellion.

Plus d’un an après la prise de Goma, de Bukavu et d’autres zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par l’AFC/M23, avec le soutien du Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, l’installation d’autorités parallèles dans des secteurs relevant normalement de la compétence de l’État congolais renforce les interrogations sur l’avenir de l’intégrité territoriale du pays.

Pour certains observateurs, cette situation fait ressurgir le spectre d’une fragmentation progressive de la RDC, souvent décrite comme une possible « balkanisation » qui ne dit pas encore son nom. Une telle perspective pourrait toutefois être évitée si la classe sociopolitique congolaise prenait conscience de l’urgence de la situation, se ressaisissait et privilégiait l’intérêt supérieur de la nation afin de contribuer à mettre un terme à cette crise.

Clément MUAMBA