La situation des droits humains en République démocratique du Congo (RDC) a continué de se dégrader au cours du mois de juin 2026. Dans son analyse de la situation des droits humains, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) fait état de violences persistantes dans les provinces affectées par les conflits, de restrictions de l’espace civique ainsi que de problèmes persistants dans les lieux de détention.
Selon le rapport du BCNUDH, consulté dimanche 23 août 2026 par la rédaction de ACTUALITE.CD, la situation a été particulièrement préoccupante dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les violences liées aux conflits ont continué d’exposer les populations civiles à de graves violations de leurs droits. Selon le document, l’épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) est également venue aggraver la situation des droits humains dans ces zones.
Au cours du mois de juin, le BCNUDH a documenté 657 violations et atteintes aux droits humains ayant affecté au moins 1 187 victimes. Ce chiffre représente une augmentation de 36% par rapport au mois de mai, durant lequel 481 violations et atteintes avaient été enregistrées.
« En juin 2026, le BCNUDH a documenté 657 violations et atteintes aux droits humains ayant affecté au moins 1 187 victimes, ce qui représente une augmentation de 36% par rapport au mois de mai au cours duquel 481 violations et atteintes avaient été documentées. Cette hausse reflète la persistance du conflit à l’Est, notamment dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les attaques menées par des groupes armés contre les populations et les affrontements entre les forces armées étatiques et ces groupes armés se poursuivent et s’intensifient, avec des conséquences graves sur les populations civiles », lit-on dans le rapport.
Malgré l’augmentation du nombre de violations et d’atteintes, le nombre de victimes est, quant à lui, resté stable par rapport au mois précédent. Le BCNUDH attribue notamment cette évolution à une diminution des attaques meurtrières menées par les Forces démocratiques alliées (ADF) au cours de la période analysée.
Cette baisse serait notamment liée à « l’intensification des patrouilles des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) » dans les zones touchées par les attaques des ADF dans les provinces de la Tshopo et du Bas-Uélé.
« Si le nombre de violations et d’atteintes a augmenté en juin, le nombre de victimes est resté stable par rapport à mai. Cette situation traduit la diminution des attaques meurtrières menées par les Forces démocratiques alliées (ADF) au cours du mois en revue. Cette évolution s’explique notamment par l’intensification des patrouilles des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans les zones touchées par les attaques des ADF dans les provinces de la Tshopo et du Bas-Uélé », précise le document.
Des violences qui touchent particulièrement les civils
Les violations documentées au cours de cette période témoignent d’une situation particulièrement préoccupante pour les populations civiles. Le BCNUDH fait état de 221 cas de mauvais traitements et de blessures par balles ou armes blanches, tandis que 149 cas concernent des violations et atteintes au droit à la vie. À cela s’ajoutent 158 cas liés au droit à la liberté et à la sécurité de la personne, ainsi que 118 cas concernant le droit à la propriété. Ces chiffres illustrent l’ampleur des violences auxquelles restent exposées les populations, particulièrement dans les zones affectées par les conflits armés.
L’AFC/M23 en tête des responsables documentés
Le rapport relève que les groupes armés sont demeurés les principaux responsables des violations et atteintes aux droits humains documentées dans les zones affectées par les conflits. Selon le rapport, l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) arrive en tête avec 216 cas documentés, suivie des groupes Wazalendo avec 73 cas, des ADF avec 43 cas et des Nyatura avec 26 cas.
Les agents de l’État sont également mis en cause dans plusieurs cas. Les membres des FARDC seraient impliqués dans 94 cas, tandis que les agents de la Police nationale congolaise (PNC) seraient concernés par 63 cas.
74% des violations enregistrées dans les zones en conflit
Les provinces affectées par les conflits ont concentré 74 % des violations et atteintes aux droits humains documentées en juin, contre 26 % dans les provinces non touchées par les conflits. Dans ces dernières, les violations ont principalement été enregistrées dans le contexte du maintien de l’ordre et de l’administration de la justice.
Le BCNUDH relève par ailleurs une nouvelle dégradation de l’espace civique. Les tensions liées au projet de réforme constitutionnelle ont donné lieu à des restrictions de certaines libertés fondamentales, notamment du droit à la liberté de réunion pacifique.
Cette situation, souligne le rapport, « confirme la tendance au rétrécissement de l’espace civique observée ces derniers mois ».
Ebola vient davantage fragiliser la situation
À ces difficultés sécuritaires et institutionnelles s’ajoute la crise sanitaire liée à l’épidémie de maladie à virus Ebola. Selon le BCNUDH, cette épidémie a davantage aggravé la situation des droits humains en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
L’ensemble de ces facteurs violences armées, restrictions des libertés fondamentales, difficultés dans les lieux de détention et crise sanitaire continue ainsi de fragiliser la protection des populations civiles.
Les données du mois de juin montrent donc une détérioration persistante de la situation des droits humains en RDC, particulièrement dans les zones affectées par les conflits, tout en révélant la nécessité de renforcer la protection des libertés fondamentales et des populations civiles sur l’ensemble du territoire national.
Ce nouveau rapport est publié dans un contexte marqué par la poursuite des hostilités entre la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, et les forces gouvernementales, ainsi que par l’absence de résultats concrets sur le terrain dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours pour tenter de mettre fin au conflit dans l’Est de la RDC.
Clément MUAMBA