Répondant jeudi soir, lors du Space live organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, à ceux qui reprochent à la Constitution de 2006 d'avoir été conçue pour apaiser les anciens belligérants de la guerre, Azarias Ruberwa a rejeté cette thèse avec fermeté, affirmant pouvoir la démontrer "totalement fausse sur toute la ligne".
Il a d'abord rappelé le rôle joué par le Dialogue intercongolais de Sun City, auquel avait activement participé la composante gouvernementale ainsi que le MLC de Jean-Pierre Bemba, actuellement au pouvoir dans la coalition dirigeante, pour aboutir à un nouvel ordre politique concrétisé par la Constitution de la Troisième République. Selon lui, ce parti ne peut donc aujourd'hui se désolidariser d'un texte dont il est, selon ses mots, "coauteur à cent pour cent".
Azarias Ruberwa a par ailleurs relevé une contradiction dans l'argumentaire de ses détracteurs : si la Constitution avait réellement été taillée pour avantager les anciens belligérants, il s'est demandé pourquoi aucun d'entre eux n'occupe aujourd'hui la présidence de la République. Il a également dénoncé ce qu'il a qualifié de discours xénophobe visant à disqualifier certains acteurs de la Constitution en les présentant comme des "étrangers ayant du sang sur les mains", citant en exemple plusieurs personnalités aujourd'hui intégrées dans l'appareil d'État ou l'Union sacrée, sans lever leur nom.
Sur le fond, l'ancien vice-président a défendu la Constitution de 2006 comme l'une des meilleures que le pays ait connues, aux côtés de celles issues de la Conférence nationale souveraine de 1992 et de Luluabourg en 1964, qu'il oppose aux textes constitutionnels conçus sous Mobutu pour asseoir le parti unique. Il a par ailleurs relevé, non sans ironie, que Martin Fayulu, lorsqu'il invoque la Conférence nationale de 1992 pour contester la Constitution actuelle, semble ignorer que ce texte aurait consacré un État fédéral, à l'image du Nigeria ou de l'Éthiopie. Pour Azarias Ruberwa, la Constitution de 2006 a su tenir compte à la fois des circonstances de l'époque et de l'histoire longue du pays, et ne saurait être remise en cause à chaque alternance au nom de nouvelles convenances politiques.