Interrogé jeudi soir lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala sur les déclarations du président Félix Tshisekedi, qui se dit prêt à rester au pouvoir si le peuple le souhaitait, Azarias Ruberwa, ancien vice-président de la République et l'un des artisans de la Constitution de 2006, a rappelé le caractère intangible de certaines dispositions constitutionnelles.
Il a souligné que la limitation à deux mandats présidentiels relève, au même titre que la forme républicaine de l'État, de ce qu'il a qualifié de "verrou" constitutionnel, comparant toute velléité de le lever à celle de vouloir transformer la RDC en empire ou en royaume.
Azarias Ruberwa a par ailleurs dénoncé la non-application d'autres dispositions fondamentales de la Constitution, notamment la rétrocession de 10% du budget national aux provinces, qu'il présente comme l'une des causes structurelles de la pauvreté du pays. Selon lui, la Constitution avait vocation à sortir la RDC de la pauvreté par une gouvernance décentralisée ; y ajouter une crise liée à un troisième ou un quatrième mandat reviendrait, selon lui, à aller frontalement contre la volonté du peuple exprimée en 2006.
S'adressant directement au chef de l'État, qu'il a dit convaincu de voir suivre cette interview, Azarias Ruberwa a affirmé qu'un président "qui s'est toujours voulu démocrate" ne saurait s'engager dans la voie d'un troisième mandat ou d'une révision constitutionnelle, rappelant les conséquences juridiques d'un tel manquement à la loi fondamentale.
Il a justifié à ce titre le recours à la Coalition Article 64, estimant inutile de rouvrir un débat sur la légitimité déjà tranché par l'organisation d'élections multipartites après la perte de légitimité de 1960. Il a enfin critiqué ceux qui, y compris au sein du pouvoir, appellent à une révision constitutionnelle, y voyant une posture par "hypocrisie" ou intérêt personnel, et non une réflexion de principe sur l'avenir de la nation.