Alors que l’épidémie d’Ebola continue de s’étendre à plusieurs provinces de la République démocratique du Congo (RDC), le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, rejette l’idée selon laquelle la 17ᵉ épidémie d’Ebola que connaît le pays a échappé au contrôle des autorités sanitaires.
Interrogé sur la progression de l’épidémie, liée au virus Ebola de l’espèce Bundibugyo, ainsi que sur les facteurs qui compliquent la maîtrise de la situation, le ministre a reconnu que les autorités sanitaires étaient confrontées à un virus présentant des caractéristiques différentes de celles du virus Ebola de l’espèce Zaïre, responsable de plusieurs précédentes flambées en RDC.
Pour le ministre de la Santé, l’une des principales difficultés réside dans le comportement du virus Bundibugyo, qui ne présente pas nécessairement les mêmes caractéristiques que le virus Zaïre, mieux connu des équipes sanitaires congolaises. Selon lui, les autorités sanitaires avaient initialement anticipé un comportement similaire à celui observé lors des précédentes épidémies liées au virus Zaïre. Or, les premières observations sur le terrain montrent une réalité différente.
Samuel Roger Kamba répondait aux préoccupations de la presse lors d’un briefing conjoint avec le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, et la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga. Cet exercice de redevabilité intervenait dans le cadre du point sur la situation, trois mois après la déclaration officielle de l’épidémie en République démocratique du Congo, le 15 mai dernier.
« La chose est que nous apprenons de ce virus parce qu’il y a des différences avec le virus Zaïre. Ça, c’est la chose. Parce que nous sommes partis de l’assertion, comme je l’ai dit, qu’il va se comporter comme Zaïre. Et donc, les gens vont avoir peur, ils ne vont pas toucher le malade. Il suffit de dire aux gens de manière forte : “Ne touchez pas”, les gens vont tellement avoir peur. Mais on voit que le virus se comporte différemment. Le virus n’échappe pas au contrôle, le virus est tout simplement plus contagieux », a déclaré mardi 18 août 2026 le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
Alors que des partenaires de la RDC dans la riposte, notamment l’OMS, évoquent une épidémie particulièrement meurtrière et présentant des risques de devenir incontrôlable, le ministre estime toutefois que cette différence ne signifie pas que les équipes sanitaires ont perdu le contrôle de la situation. Samuel Roger Kamba met en avant les moyens déployés pour renforcer la riposte. Il cite notamment l’augmentation des capacités de diagnostic sur le terrain.
« Je viens de vous dire qu’en deux mois, faire 20 laboratoires, ça ne s’est jamais fait. Donc, la réponse est robuste, sauf que le virus est beaucoup plus contagieux. Mais ce virus-là, nous venons, avec la science, de découvrir de plus en plus de choses. Par exemple, les malades bien pris en charge tôt, notamment avec les médicaments qui existent déjà, guérissent », a-t-il déclaré en réponse aux préoccupations de la presse.
Le ministre affirme également que la stratégie de riposte évolue au fur et à mesure que les scientifiques acquièrent une meilleure connaissance du virus. Parmi les avancées mises en avant figure la prise en charge précoce des personnes infectées. La stratégie ne concerne toutefois pas uniquement les personnes déjà infectées. Les personnes ayant été exposées au virus et considérées comme présentant un risque élevé font également l’objet d’une prise en charge préventive.
Samuel Roger Kamba insiste notamment sur le fait que la vaccination ne doit pas être considérée comme une solution immédiate et absolue contre l’épidémie.
« Et les cas de contacts sévères, les contacts à très haut risque, pris en charge tôt, à qui on donne aussi un médicament préventif, ces gens-là aussi ne développent pas la maladie. Donc, nous apprenons et nous nous adaptons très rapidement. C’est le cas de Kisangani dont on parlait tout à l’heure. Et nous apprenons aussi que le vaccin que nous avons déjà à une certaine protection. Je ne dis pas 100 % », a-t-il précisé.
Et de poursuivre :
« Parce qu’il ne faut pas que les gens aillent répéter : “Maintenant, on a le vaccin, c’est bon.” J’ai dit que nous avons une certaine protection et les personnes vaccinées font une maladie moins importante. Et donc, autant nous avions juste des mesures de santé publique avant, maintenant nous ajoutons des mesures médicales, c’est-à-dire une prise en charge spécifique et le vaccin, pour pouvoir contenir [la maladie]. »
Pour Samuel Roger Kamba, la riposte entre ainsi dans une nouvelle phase. Aux mesures classiques de santé publique s’ajoutent désormais des interventions médicales destinées à réduire la transmission et la gravité de la maladie. Le ministre estime par ailleurs que les prochaines semaines permettront de disposer de données scientifiques supplémentaires sur l’efficacité du vaccin dans le contexte particulier de cette épidémie liée au virus Bundibugyo. Cette combinaison constitue, selon lui, un élément déterminant pour renforcer le contrôle de l’épidémie.
« Encore une fois, d’ici peut-être un mois, deux semaines, trois semaines, un mois, on sera encore plus fixé sur le vaccin pour voir si nous le généralisons, auquel cas ça va interrompre encore plus vite la diffusion de la maladie », a affirmé Samuel Roger Kamba, ministre de tutelle.
Cette situation intervient dans un contexte de forte propagation de l’épidémie en République démocratique du Congo. La maladie s’est étendue à plus de 50 zones de santé réparties dans six provinces, à savoir l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Bas-Uélé. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère désormais cette flambée comme la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée dans le pays.
La situation est d’autant plus préoccupante que la transmission reste active dans plusieurs foyers géographiques liés entre eux, alors que les mouvements de populations, l’insécurité et les difficultés d’accès aux soins compliquent davantage la riposte. À cela s’ajoutent également des doléances et des revendications liées à une meilleure prise en charge du personnel de santé impliqué dans la riposte contre la maladie à virus Ebola qui sévit actuellement en RDC.
Face à cette situation, le groupe technique de l’OMS chargé des vaccins candidats avait recommandé, le 7 août 2026, de privilégier le vaccin Ervebo dans le cadre d’une étude clinique de phase 3 en RDC. Cette orientation s’explique notamment par l’absence, à ce stade, d’un vaccin spécifique contre le virus Bundibugyo suffisamment avancé pour faire l’objet d’une évaluation clinique.
Le recours à Ervebo ne signifie donc pas que son efficacité contre le virus Bundibugyo est d’ores et déjà établie. L’objectif est plutôt de générer rapidement des données scientifiques dans le contexte particulier de cette urgence sanitaire, tout en s’appuyant sur un vaccin déjà autorisé et utilisé contre une autre espèce du virus Ebola.
Clément MUAMBA