À l’occasion de la célébration du 10ᵉ anniversaire du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD), ce jeudi 20 août 2026 au Palais du Peuple à Kinshasa, le président Félix-Antoine Tshisekedi a placé son intervention au cœur des enjeux sécuritaires auxquels fait face la République démocratique du Congo. Devant plusieurs hautes personnalités africaines et congolaises, le chef de l’État a réaffirmé que la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de la RDC demeurent non négociables.
La cérémonie marquait également la clôture de l’année académique 2025-2026 et l’ouverture de l’année académique 2026-2027 du CHESD et de l’École Supérieure d’Administration Militaire (ESAM).
Elle s’est déroulée en présence notamment d’Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, parrain de cette édition, du ministre de la Défense représentant le président centrafricain Archange Félix Touadéra, du représentant du président congolais Denis Sassou Nguesso, du président de l’Assemblée nationale ainsi que de plusieurs membres du gouvernement congolais.
Dans son discours, Félix Tshisekedi a estimé que la célébration des dix ans du CHESD ne pouvait être dissociée de la situation sécuritaire que traverse actuellement le pays.
Pour le président de la République, cet anniversaire intervient à un moment particulièrement important de l’histoire contemporaine de la RDC, alors que les populations de l’Est du pays continuent de subir les conséquences des violences armées.
« Cette célébration ne saurait être détachée des graves exigences du temps présent », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le chef de l’État a évoqué notamment les déplacements forcés des populations, les ingérences étrangères ainsi que l’exploitation illégale des ressources naturelles, qu’il présente comme faisant partie des facteurs aggravant la crise dans l’Est de la RDC.
Face à cette situation, le président congolais affirme que la détermination des autorités ne faiblira pas.
« La souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de la RDC ne sont pas négociables », a-t-il martelé.
Kinshasa veut une paix « juste et durable »
Félix Tshisekedi a également insisté sur la nature de la paix recherchée par la RDC.
Selon lui, le pays ne souhaite pas une paix imposée par la force ou consacrant une situation créée sur le terrain au détriment des populations victimes des violences.
« Nous voulons la paix, une paix qui ne soit ni l’allégeance devant la force, ni l’oubli des victimes, ni la consécration du fait accompli », a-t-il déclaré.
Le président de la République a plaidé pour une paix qu’il qualifie de « juste et durable », fondée sur plusieurs exigences : le retrait des forces étrangères non invitées, la cessation de tout soutien aux groupes armés, leur désarmement effectif, la protection des populations civiles et le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Cette position traduit, selon le chef de l’État, la ligne qui guide l’engagement diplomatique de la RDC dans les différents mécanismes destinés à mettre fin aux violences dans l’Est du pays.
L’Union africaine, Washington et Doha cités
Félix Tshisekedi a notamment évoqué les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine ainsi que les processus diplomatiques de Washington et de Doha.
Pour Kinshasa, ces différents cadres doivent contribuer à une résolution durable de la crise sécuritaire, tout en préservant les intérêts fondamentaux de la République démocratique du Congo.
Le président congolais a ainsi rappelé que la recherche de la paix ne devait pas signifier l'abandon des principes liés à l'intégrité territoriale et à la souveraineté du pays.
Le CHESD au cœur de la réflexion stratégique
Le choix de porter ce message devant les auditeurs et les responsables du CHESD revêt une dimension particulière.
Créé le 5 janvier 2016, le Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense s'est donné pour vocation de former des cadres capables d'analyser les enjeux stratégiques, sécuritaires et de défense auxquels la RDC et la région sont confrontées.
Pour Félix Tshisekedi, une institution comme le CHESD doit contribuer à doter le pays d'une expertise nationale capable de penser ses propres menaces et de préparer les décisions stratégiques.
Le chef de l'État avait également souligné, lors de cette même cérémonie, que le CHESD constitue une école du « discernement, de l'anticipation et de la responsabilité ».
Cette mission prend une importance particulière dans le contexte actuel, marqué par des défis sécuritaires complexes dans l'Est de la RDC. La formation de hauts responsables militaires, administratifs, diplomatiques et civils apparaît ainsi comme un élément essentiel de la capacité de l'État à anticiper les crises et à défendre ses intérêts stratégiques.
Un message aux futurs cadres de la défense et de l'État
En s'adressant aux auditeurs, anciens auditeurs et lauréats du CHESD et de l'ESAM, Félix Tshisekedi a ainsi replacé leur formation dans une perspective plus large : celle de la défense de la République et de la consolidation de sa souveraineté.
La célébration des dix ans du CHESD intervient donc dans un contexte où la réflexion stratégique apparaît, pour les autorités congolaises, comme un enjeu majeur de sécurité nationale.
Pour le président de la République, comprendre les menaces, définir les intérêts vitaux du pays et développer des réponses adaptées constituent des conditions indispensables pour permettre à la RDC de défendre ses intérêts de manière indépendante.
À travers cette cérémonie, le chef de l'État a ainsi lié deux dimensions : la célébration d'une décennie de formation stratégique et les défis immédiats auxquels la République démocratique du Congo est confrontée.
Une manière de rappeler que, pour Kinshasa, la bataille pour la paix dans l'Est ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire ou diplomatique, mais également dans la capacité du pays à former ses propres cadres, à produire sa propre pensée stratégique et à défendre, avec constance, sa souveraineté et son intégrité territoriale.
José Mukendi