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RDC : pour Christian Moleka, le rapprochement du pouvoir avec les artistes répond à une logique politique, mais leur capacité de mobilisation reste limitée

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Le rapprochement entre le pouvoir congolais et plusieurs figures populaires de la culture répondrait, au-delà des considérations artistiques, à une logique d’influence auprès d’un public large. Pour Christian Moleka, analyste politique, la popularité des artistes constitue un atout pour toucher les populations, même si leur capacité à les mobiliser politiquement reste limitée.

Intervenant dans le X Space organisé par ACTUALITE.CD avec Stanis Bujakera, ce samedi 15 août, Christian Moleka a notamment évoqué la proximité observée ces dernières années entre le pouvoir et plusieurs artistes congolais, parmi lesquels Fally Ipupa, décoré par le président de la République.

Selon l’analyste, les artistes congolais ont souvent entretenu des rapports étroits avec les régimes successifs, sans pour autant démontrer une capacité significative à transformer leur popularité en mobilisation politique.

« Les artistes ont toujours été opportunistes, ils ont toujours tendance à aller vers là où il y a le pouvoir et c’est difficile de démontrer leur capacité à mobiliser. Ils étaient avec Kabila pour l’essentiel et ça n’a pas été d’un grand apport de la capacité à mobiliser la population. Ils sont dans le sens du régime », a déclaré Christian Moleka.

L’analyste estime ainsi que la popularité d’un musicien ne suffit pas à faire de lui un acteur politique capable d’entraîner ses admirateurs dans une dynamique collective. Il distingue cependant cette capacité de mobilisation de l’influence culturelle que les artistes peuvent exercer au quotidien.

La culture, un vecteur d’influence

Pour Christian Moleka, la force de la culture réside précisément dans sa capacité à toucher des publics qui ne suivent pas nécessairement les débats politiques. La musique, en particulier, accompagne le quotidien des Congolais et peut diffuser un message jusque dans les foyers.

Cette particularité donne aux artistes une place singulière dans l’espace public. Leur audience, construite autour de la musique et de la culture populaire, peut devenir un canal de communication particulièrement efficace pour atteindre différentes catégories de la population.

« Dans un pays comme le Congo, le culturel, c’est l’un des rares instruments qui peut entrer dans toutes les maisons. Par la chanson, on mobilise, on l’a fait avec la guerre dans le passé, on doit le faire. C’est un facteur important pour parler avec les âmes aussi, pas forcément avec la raison », a expliqué Christian Moleka.

Cette influence culturelle peut expliquer l’intérêt du pouvoir pour les figures les plus populaires du secteur. Les invitations à des cérémonies, les distinctions officielles ou la proximité affichée avec certains artistes peuvent contribuer à créer des passerelles avec leurs publics.

Mais pour l’analyste, cette proximité ne signifie pas nécessairement que les artistes deviennent des relais politiques directs. Leur positionnement personnel reste déterminant.

L’exemple de Fally Ipupa 

Le cas de Fally Ipupa, l’artiste, dont la popularité dépasse largement les frontières de la RDC, a jusqu’ici cultivé une image relativement éloignée des joutes politiques.

Christian Moleka rappelle notamment son absence du pays durant plusieurs périodes électorales, un choix qui, selon lui, montre cette volonté de maintenir une certaine distance avec la politique.

« Pour Fally Ipupa, qui s’est toujours positionné comme non politique, c’est l’un des rares que je suis à ne jamais être au Congo en période d’élection. Il est toujours en dehors du pays. Et je ne pense pas que cette fois-ci il va déroger à ses habitudes de ne pas être au pays à des moments de grands enjeux politiques », a estimé Christian Moleka.

La décoration de l’artiste par le président de la République intervient donc dans un contexte où Fally Ipupa conserve une image de personnalité culturelle plutôt que politique. Sa proximité institutionnelle ne signifie pas nécessairement, aux yeux de l’analyste, qu’il acceptera de s’engager dans une campagne ou une mobilisation politique.

Kuzamba Mbuangu