Lors du Space live organisé le 2 août par Stanis Bujakera Tshiamala, Gaëtan-Dauphin Nzowo, analyste politique au sein de Friends of the Congo, coordonnateur de la Congolese Action Youth Platform (CAYP) et membre du comité de pilotage de la campagne Genocost, a livré une intervention dense sur les enjeux de justice, de mémoire et de souveraineté qui traversent la crise dans l'Est de la RDC.
Revenant sur les accusations portées contre le Rwanda dans le traitement des déplacés congolais, l'intervenant a cité un rapport de Human Rights Watch dénonçant l'acheminement forcé de populations, ainsi que la participation du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à des opérations de rapatriement controversées. Il a également évoqué les dénonciations de la société civile congolaise concernant la destruction de documents fonciers dans les zones sous contrôle de groupes armés soutenus par Kigali, une pratique qu'il assimile à un effacement délibéré des preuves de propriété des populations congolaises.
Une exigence de réformes structurelles de l'État
Pour Gaëtan-Dauphin Nzowo, la reconnaissance du génocide congolais, l'un des objectifs centraux de la campagne Genocost, ne saurait suffire sans une transformation profonde de l'appareil étatique congolais lui-même. Il a énuméré plusieurs chantiers jugés prioritaires : le contrôle effectif des frontières, la fin de l'intégration automatique de groupes armés au sein des forces régulières, la réforme de l'armée, des services de renseignement, de la police et de la justice, ainsi qu'une révision des contrats miniers.
Sur ce dernier point, il a critiqué la signature d'accords avec des entreprises qu'il accuse d'être impliquées dans des atteintes environnementales, citant notamment des sociétés minières canadiennes accusées d'avoir participé à l'expulsion de plus de deux mille familles congolaises pour permettre l'exploitation de sites miniers.
Un regard critique sur l'Accord de paix de Washington
L'intervenant est également revenu sur l'Accord de paix de Washington, signé il y a un an entre la RDC et le Rwanda, rappelant qu'il a fait l'objet d'un point d'évaluation récent au Sénat américain avec les partenaires du dossier congolais. Il a insisté sur la nécessité de resituer cet accord dans son contexte : selon lui, le gouvernement congolais y a apposé sa signature sous contrainte, notamment autour des dispositions relatives aux mesures dites défensives du Rwanda.
Plus largement, Gaëtan-Dauphin Nzowo a inscrit la crise actuelle dans une trame historique remontant à la reconnaissance, par les États-Unis, de l'État indépendant du Congo comme propriété privée à la fin du XIXe siècle. Il a également rappelé le rôle joué par l'administration Clinton dans la couverture diplomatique accordée au Rwanda dans les années 1990, estimant que les sanctions actuellement imposées à Kigali restent, à ses yeux, insuffisantes pour mettre fin à l'occupation de territoires congolais.
« La vérité, la justice, la dignité et la mémoire »
L'analyste a par ailleurs pointé une incohérence, selon lui, dans les relations diplomatiques de la RDC, en particulier avec Israël. Il a fait référence à un rapport des Nations unies de 2024 faisant état d'armes israéliennes retrouvées en possession du M23, estimant que Kinshasa ne devrait pas signer d'accords bilatéraux avec Israël tant que des clarifications n'auront pas été apportées sur ce point.
Concluant son intervention, Gaëtan-Dauphin Nzowo a insisté sur le caractère non négociable de plusieurs principes portés par la campagne Genocost depuis treize ans : la vérité, la justice, la dignité et la mémoire. Selon lui, une reconnaissance purement symbolique du génocide congolais, qu'il s'agisse d'une journée nationale ou d'un discours présidentiel, ne saurait se substituer à une véritable réponse judiciaire. La paix recherchée, a-t-il conclu, doit reposer sur la restauration de l'intégrité territoriale, le retrait des forces étrangères non autorisées, le désarmement des groupes armés et la fin du soutien étatique aux milices.