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Dialogue national : "le point qui doit d’abord nous unir, c’est l’unicité de nos vues contre le Rwanda qui est coupable de tous les crimes commis dans l’Est de la RDC "(Patrick Muyaya)

Photo d'illustration

Le projet d’un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo se précise. Après la rencontre entre le président Félix-Antoine Tshisekedi et les représentants des confessions religieuses, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a apporté des éclaircissements sur les objectifs et les conditions de cette initiative destinée à renforcer la cohésion nationale.

Selon le porte-parole du gouvernement, ce dialogue devra constituer un cadre où tous les Congolais désireux de contribuer à l’avenir du pays pourront s’exprimer librement, notamment sur les questions sécuritaires marquées par l’agression rwandaise qui, selon les autorités congolaises, occupe de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC.

« Pour nous, nous avons besoin que tous les Congolais désireux de rejoindre cette grande coalition soient en mesure de dire les choses telles qu’elles sont. S’il y a, par exemple, des éléments à revoir dans la stratégie du gouvernement face à l’agression, le dialogue sera aussi l’occasion de venir dire : “Écoutez, si nous réajustons à gauche ou à droite, nous serons plus efficaces.” Mais le point qui doit d’abord nous unir, c’est l’unicité de nos vues contre le Rwanda, qui est responsable, coupable de tous ces crimes commis dans l’Est de la République démocratique du Congo depuis trente ans. Je rappelle que le président Félix-Antoine Tshisekedi est lui-même héritier de cette situation », a déclaré Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement.

Il a également rappelé l’engagement du président Félix Tshisekedi à tout mettre en œuvre pour favoriser le retour de la paix dans l’Est de la RDC, tout en dénonçant une guerre qui, selon lui, est imposée à la République démocratique du Congo.

« Si nous devons refaire l’histoire, vous verrez qu’il y a eu Laurent-Désiré Kabila. Avant lui, il y a eu le maréchal Mobutu. Ces deux chefs d’État ont laissé leur vie autour de ces enjeux. Je vous ai également parlé des millions et des millions de familles congolaises qui ont été décimées pendant des années. Le Président de la République n’a pas fait le choix de la complaisance. Lorsqu’il est arrivé aux responsabilités, il a montré qu’il voulait la paix et qu’il voulait la construire, mais lorsque, finalement, certaines personnes pensent devoir vous imposer la guerre, vous devez aussi prendre des mesures », a ajouté Patrick Muyaya.

Dans le même registre, le porte-parparole du gouvernement, qui a également pris part à cette rencontre entre Félix Tshisekedi et les chefs des confessions religieuses, a indiqué que la participation au dialogue devra être guidée par l’intérêt national et la défense de l’intégrité territoriale.

« Ici, l’inclusivité de ce dialogue doit reposer sur notre patriotisme, notre engagement en faveur de l’intégrité du territoire et, surtout, notre détermination à ne pas être complices. Il ne faut pas venir dans un dialogue entre Congolais avec des instructions reçues de l’étranger pour pérenniser cette situation d’agression », a martelé Patrick Muyaya.

À l’issue de la rencontre avec les chefs des confessions religieuses, Patrick Muyaya a indiqué qu’un accord de principe avait été trouvé sur l’organisation de ce dialogue, dans le respect des prérogatives constitutionnelles du chef de l’État.

« Les propos du Président de la République ont été très clairs au cours de la discussion de deux heures avec les chefs des confessions religieuses. Nous nous sommes, en tout cas, mis d’accord sur l’idée que le Président de la République, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, va organiser ce dialogue. Évidemment, il prendra une ordonnance. N’oubliez pas que des travaux ont déjà été engagés dans cet esprit. Aujourd’hui, c’était le jour où le Président avait cette rencontre. Le moment venu, il prendra une ordonnance et nous serons en mesure de communiquer régulièrement sur les bases qui y seront fixées pour construire cette cohésion entre les fils et les filles de la République démocratique du Congo », a affirmé Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement.

Cette évolution, marquée par l'engagement ferme de Félix Tshisekedi en faveur de la convocation d'un dialogue national, intervient dans un contexte sociopolitique marqué par la recherche d’un consensus face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Elle survient également dans un climat de fortes divergences autour du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle. L’opposition accuse la majorité au pouvoir de vouloir changer la Constitution afin de permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats prévue par la loi fondamentale. De son côté, le pouvoir rejette ces accusations.

Cette nouvelle séquence politique intervient également alors que les initiatives diplomatiques en cours peinent à produire des résultats tangibles. Les accords de Washington, conclus sous l’égide des États-Unis d’Amérique pour tenter de rapprocher Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha, conduit sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, n’ont pas encore permis d’améliorer significativement la situation sur le terrain. Malgré les nombreuses réunions et les efforts des médiateurs, les combats et les tensions persistent, tandis que les différentes parties continuent de s’accuser mutuellement de violer les engagements pris dans le cadre des processus de paix.

Cette étape a également été précédée par une série de consultations menées au niveau régional, notamment au Burundi, en République du Congo (Congo-Brazzaville) et en Angola. À travers ces échanges, les différents chefs d'État ont exprimé leur volonté de s'impliquer afin d'aider la République démocratique du Congo à sortir de cette impasse. Selon eux, il est indispensable de préserver l'unité nationale pour faire face ensemble aux défis liés au développement du pays et défendre l'intégrité territoriale de la RDC.

Clément MUAMBA