Alors que la réouverture progressive de l’axe routier Manono–Nyunzu–Kalemie, dans la province du Tanganyika, était longtemps attendue pour désenclaver le territoire de Manono, longtemps isolé en raison de la dégradation des infrastructures routières, elle tourne aujourd’hui au cauchemar économique. Au lieu de relancer le commerce, cette route de 446 kilomètres est devenue une source de lourdes charges pour les transporteurs, les commerçants et les ménages de la province. C’est le cri d’alarme lancé dans une déclaration conjointe de la Société civile de Manono et de l’Association des commerçants de la ville de Manono, rendue publique le mardi 7 juillet 2026.
Longtemps isolés à cause du mauvais état des routes, les habitants, commerçants et usagers de cet axe voyaient dans sa réhabilitation une véritable opportunité de relance économique. Mais sur le terrain, l’espoir a rapidement laissé place à la colère face à la multiplication des taxes, des barrières et des tracasseries.
Selon le tableau des tarifs communiqué à la presse, chaque catégorie de véhicule est soumise à un péage distinct. Une voiture de tourisme légère débourse 21 USD au PK79, soit 0,083 USD par kilomètre. Un véhicule moyen paie 27 USD, tandis qu’un véhicule lourd s’acquitte de 64 USD au même point.
Pour le transport de marchandises, les montants sont encore plus élevés. Un camion de type C2E est taxé à 129 USD au PK79 et à 30 USD au PK420. Un C3E paie respectivement 343 USD et 160 USD. Quant aux plus gros porteurs de type C5E et aux convois exceptionnels, ils doivent s’acquitter de 437 USD et de 505 USD au PK79.
« À cela s’ajoutent des frais de surpoids variant de 35 à 174 USD. Résultat : une chaîne de hausse des prix. Le transporteur augmente ses tarifs, le commerçant répercute ces coûts sur le sel, le sucre, la farine et l’huile, et c’est finalement le consommateur qui paie le prix fort » dénoncent les deux organisations.
Les acteurs économiques dénoncent également la multiplication des barrières routières où de nouveaux frais sont exigés, parfois sans aucune justification.
« Nous pensions que cette route allait nous soulager. Mais aujourd’hui, les taxes nous étouffent. Nous travaillons à perte et la population paie le prix fort » témoigne un commerçant de Manono cité dans la déclaration.
Dans les marchés, poursuivent ces organisations, les conséquences sont déjà visibles. Les produits de première nécessité deviennent de plus en plus inaccessibles et certains ménages sont contraints de réduire le nombre de leurs repas.
Face à cette situation, la population de Manono appelle les autorités provinciales et nationales à réguler les péages, à supprimer les tracasseries et à encadrer clairement les différents frais perçus sur cet axe. Elle réclame également un appui aux opérateurs économiques locaux. Les organisations signataires regrettent que les travaux de réhabilitation de cette route stratégique, qui laissaient espérer un véritable désenclavement, débouchent aujourd’hui sur une pression fiscale jugée excessive. Pour les habitants, l’enjeu n’est plus seulement la réhabilitation de la route, mais aussi la manière dont les taxes y sont appliquées.
Pour rappel, les travaux de réhabilitation de la route Kalemie–Manono, longue de 446 kilomètres, ont été lancés en octobre 2024 au point kilométrique zéro, au carrefour de la place Triko, dans le quartier Kitutu, commune de Lukuga, à Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika.Cette route, qui relie Kalemie au territoire de Manono, assure également la jonction entre les routes nationales n°5 et n°33.
Lors du lancement des travaux, le gouverneur de la province du Tanganyika, Christian Kitungwa Muteba, avait souligné l’importance socio-économique de cet axe routier. Il avait rendu hommage au président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour l’attention accordée à la population du Tanganyika. Selon le gouverneur, « ce projet est stratégique pour la province du Tanganyika dans la mesure où il contribuera à renforcer la sécurité et à mettre en œuvre le programme d’action du gouvernement provincial, notamment à travers le désenclavement de la province par l’interconnexion des territoires de Nyunzu, Kongolo, Kabalo et Manono ».
Ce projet est le fruit des engagements pris entre les présidents de la République démocratique du Congo et de la Tanzanie. Il vise le développement et la modernisation du corridor central, avec pour objectif de renforcer la coopération entre les deux pays à travers l’accroissement des échanges économiques
Clément MUAMBA