Réforme constitutionnelle : Kabengela Ilunga plaide pour une modification de la loi de 2011 plutôt qu'un changement de Constitution

Foto
Une banderole pour défendre la constitution

Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala ce vendredi, l'avocat et chercheur Jean-Marie Kabengela Ilunga a détaillé sa proposition de « troisième voie » pour sortir de l'impasse constitutionnelle congolaise : la modification de la loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution du 18 février 2006. « Je suis parvenu à cette troisième voie pouvant aboutir à la révision constitutionnelle mais par voie de la modification de la loi numéro 11/002 du 20 janvier 2011 », a-t-il expliqué.

Selon lui, le terme même de « changement de constitution » relèverait d'une stratégie de l'opposition visant à confiner le pouvoir en place hors du cadre constitutionnel. « Le vocable ou le terme changement de constitution vient de l'opposition qui a voulu confiner le pouvoir en place dans ce qui n'est pas prévu par la constitution », a-t-il affirmé, rappelant que « tout le monde est d'avis, que ça soit les opposants que ça soit la majorité au pouvoir, que la constitution est révisable ».

L'avocat a ensuite écarté successivement les deux voies classiques de révision constitutionnelle. Sur le référendum, il a pointé l'impossibilité pour la Commission électorale nationale indépendante de consulter l'ensemble du territoire national en raison de « l'occupation d'une partie de notre territoire par le Rwanda avec ses supplétifs de l'AFC/M23 ». Sur la voie parlementaire, il a invoqué l'article 219 de la Constitution : « L'article deux-cent-dix-neuf de la constitution interdit qu'il y ait révision de la constitution lorsqu'il y a état de siège... or actuellement il y a état de siège décrété dans les deux provinces de notre pays. »

Face à ces blocages, Me Kabengela a défendu la légalité d'une modification de la loi de 2011 elle-même. « J'ai trouvé qu'il n'existe aucune disposition constitutionnelle empêchant la modification d'une loi constitutionnelle antérieure », a-t-il soutenu, citant à l'appui un précédent congolais de 1960-1961, « en 1960 il y avait un décret-loi constitutionnel... arrivé en 1961, il y a eu un nouveau décret-loi constitutionnel qui a modifié l'ancien », ainsi que les exemples américain, avec la modification du 18e amendement sur la Prohibition par le 21e en 1933, et italien, où « une nouvelle loi constitutionnelle » de 2005 avait abrogé celle de 2001.

Pour l'avocat, cette voie permettrait « d'achever les efforts d'adaptation de la constitution qui ont été annoncés en 2011 », notamment en revenant sur l'élection présidentielle à la majorité simple introduite sous le régime de Joseph Kabila. « Les dispositions qu'il faut retirer, c'est lorsque la révision de deux-mille-onze a ramené l'élection du président de la République à la majorité simple », a-t-il précisé, estimant que cette réforme avait mis le pays en conflit avec l'esprit du constituant de 2006, lequel visait à résoudre une « crise chronique de légitimité des institutions et des animateurs ». « Nous pouvons nous retrouver avec un président de la République qui serait élu à vingt-cinq pour cent et qui aura en face de lui soixante-quinze pour cent des gens qui vont le contester », a-t-il averti.

Il a par ailleurs affirmé que la révision de 2011, en détachant le parquet du pouvoir judiciaire, avait déjà violé l'article 220 de la Constitution sans le modifier formellement : « En révisant deux-mille-onze pour retirer le parquet du pouvoir judiciaire, déjà on était en conflit avec la constitution originaire, on avait violé l'article deux-cent-vingt sans le modifier. » Il a conclu en réaffirmant sa conviction : « La voie qui ne connaît pas d'obstacles ni d'ordre politique ni d'ordre juridique, c'est la modification de la loi de deux-mille-onze. »