Alors que des moyens importants ont été mobilisés pour faire face à la 17ᵉ épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo, un profond malaise s'installe parmi les équipes de première ligne en Ituri. Retards de paiement, grèves, démotivation des prestataires et frustrations des communautés alimentent les inquiétudes sur la capacité de la riposte à maintenir son efficacité.
Depuis plusieurs jours, des équipes chargées des investigations, du suivi des contacts et d'autres activités essentielles ont ralenti ou suspendu leurs interventions dans certaines zones de santé. Cette situation intervient alors que l'Ituri reste l'épicentre de l'épidémie.
"La situation est catastrophique. La riposte de 2018 n'était pas organisée de cette manière. Aujourd'hui, beaucoup craignent qu'au terme de cette épidémie, toute la lumière soit faite sur l'utilisation des ressources mobilisées. Ce que nous constatons sur le terrain, c'est que les équipes locales souffrent alors que des financements importants ont pourtant été annoncés", confie, sous anonymat, un observateur de la société civile.
Le malaise est également perceptible parmi les prestataires engagés dans les centres de traitement et les structures sanitaires. Ces derniers jours, plusieurs journalistes de Bunia disent avoir reçu des messages anonymes émanant de personnes se présentant comme des infirmiers, hygiénistes et superviseurs WASH affectés notamment au Centre de traitement Ebola Elikia et à l'Hôpital général de référence de Bunia.
Dans ces témoignages, les auteurs affirment travailler depuis près de deux mois sans rémunération, malgré leur exposition quotidienne au risque de contamination. Certains évoquent même un climat de tension au sein de certaines équipes.
"Nous travaillons chaque jour dans des conditions extrêmement difficiles, exposés au virus pour protéger la population. Pourtant, depuis le début de la riposte, nous n'avons toujours pas été payés. Nous passons nos journées sur le terrain sans frais de transport ni prise en charge. Beaucoup de collègues sont découragés et certains parlent déjà d'arrêter le travail", affirme un agent sanitaire ayant requis l'anonymat.
À Bunia, Komanda et dans d'autres localités touchées par Ebola, plusieurs habitants s'interrogent également sur les retombées concrètes de la présence des nombreux partenaires humanitaires. Si les hôtels accueillant les équipes de la riposte affichent souvent complet, les communautés locales disent ne pas ressentir d'amélioration de leurs conditions de vie, tandis que plusieurs prestataires dénoncent des difficultés persistantes.
Ces témoignages interviennent dans un contexte où les autorités sanitaires appellent au renforcement de l'adhésion communautaire pour interrompre la transmission du virus. Pour plusieurs observateurs, il sera difficile de maintenir une riposte efficace sans une meilleure prise en charge des équipes de première ligne, dont dépend une grande partie des activités de surveillance, d'investigation et de suivi des contacts.
Contactés au sujet de ces allégations de retards de paiement et des difficultés évoquées par les prestataires, les responsables de la coordination de la riposte et les partenaires concernés n'avaient pas encore réagi au moment de la publication de cet article.
Freddy Upar, à Bunia