Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary et Dunia Kilanga, respectivement vice-président et secrétaire permanent, et secrétaire national du PPRD, parti de Joseph Kabila, demeurent en détention secrète depuis au moins sept mois après leur arrestation nocturne à domicile, dans des circonstances quasi similaires, à Kinshasa. Ces détentions ne cessent de provoquer des remous dans l’opinion.
L’ancien député national, André Claudel Lubaya, en exil, a de nouveau abordé, dans une tribune, cette affaire qui file progressivement dans les oubliettes. Il s’inquiète du temps qui passe sans que ces anciennes autorités publiques ne soient fixées. Il dénonce « le silence politique et judiciaire assourdissant » qui caractérise le dossier Minaku, Shadary et consorts.
Plus de sept mois après, il pose une série de questions : Quelles sont précisément les infractions reprochées ? Quelles diligences d’enquête ont été accomplies ? Pour quels motifs légaux la détention est-elle maintenue ? « Sur ces questions fondamentales, le silence persistant de la procédure alimente inévitablement les doutes », s’offusque Lubaya.
Alors qu’aucune information n’a été fournie sur les griefs retenus contre ces acteurs politiques de l’opposition, Lubaya déplore de déplacements successifs d'un lieu clandestin de séquestration à un autre auquel sont soumis Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary et consorts, « sans que leurs familles ni leurs avocats ne soient informés de leur localisation ».
« L’État qui les détient dans ses locaux clandestins s’érige, comme au Sahel, en pure entité terroriste dès lors qu’il procède à des enlèvements nocturnes, détient les otages ainsi enlevés dans des lieux secrets, les soustrait à leurs familles, à leurs avocats et au contrôle du juge. Il rompt avec les exigences les plus élémentaires de l’État de droit et substitue l’arbitraire à la légalité », écrit Claudel Lubaya.
L’opposant exilé est choqué par le silence par le silence des organisations des droits de l’homme et des partenaires internationaux de la RDC, « face à de telles dérives est difficilement compréhensible ».
« Lorsqu’un État prive des citoyens de liberté, les soustrait à leurs familles, à leurs avocats et au contrôle du juge, il ne leur retire pas seulement leur liberté : il les fait disparaître de l’espace du droit. Une démocratie ne peut tolérer que des citoyens soient ainsi relégués dans les angles morts de la justice », insiste-t-il.
Dans son rapport du mois de mars dernier, l’ONG des droits de l’homme Human Right Watch accusait le gouvernement congolais d’user du Conseil national de Cyberdéfense (CNC) pour procéder à des arrestations et à des détentions d’opposants politiques, à travers les forces de sécurité depuis mars 2025. Lors de sa récente mission à Kinshasa, HRW avait demandé aux autorités de remettre les personnes détenues au CNC à la disposition de la justice.
L’ONU, à travers son Bureau Conjoint des Droits de l’Homme (BCNUDH), avait, elle aussi, publié au mois d’avril dernier un rapport révélant le maintien depuis janvier d’un total de quarante-deux membres des partis politiques, dont des opposants. D’après le rapport, ces personnes arrêtées par des services de renseignement et par la justice militaire, dont la plupart sont issues des partis Ensemble pour la République de l’opposant en exil Moïse Katumbi et du PPRD de l’ancien président de la République Joseph Kabila, sont détenues dans la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, d’autres écrouées «dans de nombreux cachots clandestins gérés par le Conseil National de Cyberdéfense» (CNC), institution pointée pour pas mal d’abus à l’encontre des opposants.
En janvier dernier, Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga, respectivement secrétaire permanent, vice-président et Secrétaire national et mobilisateur du parti de Joseph Kabila, ont été tous arrêtés à leurs domiciles, avec des méthodes quasi similaires, par des hommes armés en uniforme et d’autres en tenue civile.
Samyr LUKOMBO