You are using an outdated browser. For a faster, safer browsing experience, upgrade for free today.
Diaporama
Slide 1 selected
Catégorie

Gouvernement Suminwa II : un an de résilience économique, de crise sécuritaire et de faible exécution des décisions, sur fond d’appels pressants au dialogue national

Foto

Du vendredi 8 août 2025 au samedi 8 août 2026, cela fait une année, jour pour jour, depuis la mise en place du gouvernement Suminwa II. Reconduite à la tête de l’exécutif central, la Première ministre Judith Suminwa, avec la bénédiction du président Félix Tshisekedi, avait placé cette équipe gouvernementale sous le signe de la continuité de l’action publique, tout en affichant la volonté d’accélérer la mise en œuvre du Programme d’actions du gouvernement (PAG) 2024-2028, adopté à l’Assemblée nationale sous le gouvernement Suminwa I, au lendemain de la réélection de Félix Tshisekedi à la tête de la RDC.

Mis en place en août 2025 alors qu’il était annoncé comme une équipe « resserrée » par sa taille, le gouvernement Suminwa II, avec la Première ministre comme cheffe du gouvernement, compte 54 membres, dont six vice-Premiers ministres, douze ministres d’État, vingt-quatre ministres, cinq ministres délégués et six vice-ministres. Plus de 50 % des membres de l’équipe précédente ont été reconduits. À l’époque, la cellule de communication de la Primature, dans un communiqué publié pour la circonstance, justifiait cette composition par la volonté affichée de combiner, au sein du gouvernement, expérience, ouverture, expertise et renouvellement.

Un an après, un contexte sécuritaire et politique toujours contrasté

Cette commémoration de l’An 1 du gouvernement Suminwa II intervient dans un contexte très contrasté. Selon les rapports de plusieurs institutions financières, notamment le Fonds monétaire international (FMI), l’économie congolaise reste relativement résiliente, en dépit d’une situation sécuritaire marquée par une agression qui demeure extrêmement grave et préoccupante.

À côté de la situation sécuritaire, le paysage politique est marqué par la recherche d’un dialogue national pour faire face à la crise sécuritaire liée à l’agression rwandaise, mais aussi par une forte polarisation du paysage sociopolitique congolais autour du débat entre partisans et opposants à la réforme constitutionnelle.

Un autre fait majeur de la période actuelle est la volonté affichée d’ouvrir un dialogue national entre Congolais. Après sa rencontre avec les responsables des principales confessions religieuses, le président Félix Tshisekedi, selon ces derniers, s’est déclaré favorable à un dialogue politique. De leur côté, différentes composantes de l’opposition et de la société civile disent militer pour un dialogue inclusif prenant en compte toutes les parties en conflit.

Le gouvernement, pour sa part, pose comme conditions et cadre de ce processus la reconnaissance de l’agression rwandaise, estimant que la crise actuelle est avant tout sécuritaire. Il entend ainsi former un front intérieur contre le Rwanda, tout en maintenant sa confiance dans les processus de Washington, qui prennent en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, et de Doha, consacré à la crise entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23.

Ces divergences de vues continuent d’alimenter une forte méfiance entre le pouvoir, l’opposition et une partie de la classe politique, alors que l’ultimatum de la coalition C64 est censé expirer le 15 août 2026.

La situation sécuritaire demeure préoccupante

Parallèlement à ce tableau, l’AFC/M23 contrôle toujours d’importantes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, malgré les processus diplomatiques engagés. S’il y a eu des avancées diplomatiques importantes notamment l’accord de paix RDC-Rwanda et les négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23, la réalité militaire sur le terrain reste beaucoup moins rassurante que les annonces diplomatiques.

Kinshasa continue d’accuser l’AFC/M23 de poursuivre le renforcement de ses capacités militaires et dénonce des difficultés dans le déploiement du mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Et surtout, le problème sécuritaire ne se limite pas au M23. L’ADF demeure extrêmement meurtrière. Dans le Nord-Kivu et en Ituri, les ADF, affiliées à l’État islamique, continuent leurs attaques contre les populations civiles. Une situation qui montre que, même si un accord politique avec le M23 progressait, la RDC ne serait pas automatiquement pacifiée, confirmant ainsi la complexité de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.

La crise humanitaire est, elle aussi, gigantesque dans un contexte de réduction des financements internationaux. La guerre continue de provoquer des déplacements massifs de populations. Plusieurs organisations humanitaires décrivent encore, en 2026, une crise de déplacement interne à grande échelle, particulièrement au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri et dans le Tanganyika.

Situation économique robuste que la situation sécuritaire

C’est ici que le contraste est le plus frappant. Malgré la guerre, l’économie congolaise continue de croître. Le FMI considère qu’en 2026, l’économie demeure résiliente, avec une croissance soutenue principalement par le secteur minier. Il estime que la croissance réelle devrait dépasser 5 % en 2025 et en 2026. La Banque mondiale estime également la croissance de 2025 à environ 5,5 % et prévoit une moyenne d’environ 5,1 % sur la période 2026-2028.

La RDC bénéficie actuellement d’une position stratégique exceptionnelle dans les minerais nécessaires notamment aux chaînes industrielles et à la transition énergétique. Le pays profite également d’une amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques : inflation nettement plus basse qu’en 2024, amélioration des réserves de change, relative stabilité du franc congolais, recettes minières importantes et croissance supérieure à 5 %.

Au cours de la même période sous examen, la RDC a même réalisé, en avril 2026, sa première émission obligataire internationale de 1,25 milliard de dollars, destinée notamment au financement des infrastructures. En dépit de ce tableau favorable, un énorme paradoxe demeure : la croissance économique ne signifie pas nécessairement une amélioration proportionnelle du niveau de vie de la population. Malgré les promesses du gouvernement visant à diversifier l’économie et à renforcer la production locale, le problème structurel reste le suivant : la RDC produit énormément de richesses minières, mais transforme encore insuffisamment ces richesses en emplois, en infrastructures, en services publics et en revenus pour la majorité de la population.

L’économie reste donc très dépendante du cuivre, du cobalt et d’autres minerais, qui constituent l’essentiel des recettes d’exportation, alors que l’agriculture, l’industrie manufacturière, l’électricité, les infrastructures et les services restent insuffisamment développés. Le FMI lui-même n'a cessé de souligner que la croissance doit devenir plus inclusive et que les réformes structurelles, la transparence dans l’utilisation des ressources publiques et la création d’emplois restent déterminantes.

Faible taux d’exécution des résolutions du Conseil des ministres

Les décisions prises lors des Conseils des ministres en République démocratique du Congo entre avril et décembre 2025 n’ont été exécutées qu’à 25 %. C’est ce qu’a révélé un rapport de monitoring sur l’action publique, publié mardi 2 juin 2026 par un collectif d’organisations de la société civile, avec l’appui du Centre d’études pour l’action sociale (CEPAS). La délimitation spatio-temporelle de cette étude couvre les deux gouvernements centraux dirigés par la Première ministre Judith Suminwa, démontrant davantage un fossé criant dans la mise en œuvre des recommandations et des instructions issues des réunions du Conseil des ministres.

L’indice d’exécution élargi a, quant à lui, atteint 47/100, ce qui traduit à la fois, selon le rapport, « une volonté manifeste de pilotage politique » et « un écart significatif entre l’impulsion politique et la capacité réelle de mise en œuvre ». Les décisions observées ont couvert les secteurs de la sécurité et de la stabilité institutionnelle, de la gouvernance économique et financière, de la gestion des ressources naturelles, des réformes institutionnelles, de la diplomatie stratégique ainsi que des politiques sociales.

Selon l’étude, le gouvernement de la RDC est confronté à une « difficulté persistante à transformer les décisions en résultats pleinement observables et durables ». La publication de ce rapport a coïncidé avec une autre décision du président Félix Tshisekedi portant sur la réduction de la fréquence des réunions du Conseil des ministres à deux par mois, au lieu de quatre comme c’était le cas depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême.

Une situation justifiée, selon Félix Tshisekedi, par les impératifs d’efficacité et la nécessité d’accélérer l’exécution des décisions déjà arrêtées, tout en poussant chaque membre du gouvernement à renforcer son engagement dans l’exécution des missions qui lui sont confiées.

Ce qu'il faut savoir de La configuration du gouvernement Suminwa II

Selon l’ordonnance présidentielle, sur les six vice-Premiers ministres que compte ce gouvernement, cinq ont été reconduits et une nouvelle figure a fait son entrée : il s’agit de l’ancien Premier ministre et actuellement député national Adolphe Muzito, qui avait pris la tête du ministère du Budget, désormais élevé au rang de vice-Primature. Dans la catégorie des ministres d’État, ils sont au total douze. Guylain Nyembo, qui était vice-Premier ministre chargé du Plan, a vu son portefeuille relégué dans cette catégorie.

Autre particularité, le ministère de la Formation professionnelle, que continue de diriger Marc Ekila, a été élevé au rang de ministère d’État. Deux ministres ont été reconduits à leurs postes, à savoir Raïssa Malu Dinanga et Thérèse Kayikwamba Wagner. Guillaume Ngefa-Atondoko, ancien responsable des droits de l’homme de l’ONU au Mali, expulsé en 2023, avait succédé à Constant Mutamba à la tête du ministère de la Justice et Garde des Sceaux, alors que sept membres ont été reconduits, mais permutés dans d’autres portefeuilles.

Au niveau des ministres, ils sont au total 24 membres, subdivisés de la manière suivante : huit ministres reconduits, neuf nouveaux ministres et sept ministres reconduits mais permutés. Ici, on peut notamment noter la relégation du ministère de l’Environnement et du Développement durable , avec à sa tête Marie Niange Ndambo. Le ministère des Infrastructures et Travaux publics a également été relégué au rang de ministère simple et est dirigé par le député national et ancien président du caucus des élus du Tanganyika, John Banza Lunda.

Augustin Kibassa avait cèdé le ministère des Postes et Télécommunications à José Mpanda en vue de récupérer le ministère de l’Économie numérique. O’Neige Nsele, qui a longtemps été vice-ministre des Finances, dispose désormais d’un portefeuille à piloter : le ministère des Affaires foncières. L’opposant Floribert Anzuluni, quant à lui,avait pris la tête du ministère de l’Intégration régionale.

S’agissant de la catégorie des ministres délégués, ils sont cinq, répartis de la manière suivante : trois nouveaux ministres, à savoir Arlette Bahati Tito, Basanga Yogo Angèle et Eliezer Ntambwe. Irène Esambo a été reconduite et Crispin Mbadu rejoint cette catégorie.

Au niveau des vice-ministres, ils sont six. Théodore Kazadi va accompagner Raïssa Malu Dinanga au ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté. Gracia Yamba Kazadi quitte les Affaires étrangères pour seconder désormais Doudou Fwamba Likunde au ministère des Finances.

À relire : Gouvernement Suminwa II : 15 nouvelles figures, 21 membres ... 

Clément MUAMBA