Alors que l'épidémie d'Ebola mobilise l'attention internationale et une grande partie des efforts sanitaires dans l'Est de la République démocratique du Congo, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) tire la sonnette d'alarme sur la persistance des besoins humanitaires liés aux conflits armés et à d'autres situations de violence, qui continuent de faire de nombreuses victimes dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation intervient alors que de vastes pans de ces deux provinces sont également sous contrôle de la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda.
Dans un communiqué rendu public à l'occasion du premier mois suivant la déclaration officielle de la 17e épidémie d'Ebola, dont une copie est parvenue à la rédaction d'ACTUALITE.CD ce mardi 16 juin, le CICR révèle que les hôpitaux qu'il soutient dans ces deux provinces ont enregistré 303 blessés entre le 15 mai et le 15 juin 2026, soit une augmentation d'environ 30% par rapport à la période comprise entre le 15 avril et le 14 mai de la même année.
Selon l'organisation humanitaire, cette hausse des admissions intervient dans un contexte où les établissements sanitaires affichent de nouveau des taux d'occupation des lits proches de la saturation.
« La crise sanitaire provoquée par la maladie à virus Ebola n’a pas freiné les urgences médicales liées aux conflits. Bien au contraire, nos équipes chirurgicales sont constamment sous pression, avec des admissions continues de blessés par armes », explique Moussa Badji, coordinateur médical du CICR en RDC.
Selon le communiqué du CICR, les hôpitaux de Bukavu, Uvira et Fizi, au Sud-Kivu, ont pris en charge 170 blessés, soit 56% des patients admis dans les structures soutenues par le CICR sur les 303, signe d’une intensification des hostilités dans la région des Hauts Plateaux. Cette 17ème épidémie vient renforcer la vulnérabilité de populations déjà affectées par les conflits armés et d’autres situations de violence, les déplacements de populations et par des difficultés d’accès aux services essentiels.
« Quand le moment de quitter l’hôpital sera venu, je me demande où je vais aller. Les combats se poursuivent et tous les habitants de mon village se sont déplacés », se questionne Nzigire, hospitalisée à l’Hôpital Provincial Général de Bukavu, au Sud-Kivu, gravement blessée lors des affrontements dans son village.
La maladie à virus Ebola ajoute une détresse et une angoisse qui constituent un fardeau de plus à porter pour des populations dont la résilience est à bout de souffle.
« Je suis blessé et je n’ose pas penser à Ebola. Nous sommes déjà dans une grande détresse mentale. À cela s’ajoute la faim, le déplacement, le manque de sommeil … », énumère, impuissant, Pascal, hospitalisé à l’Hôpital Général de Référence de Beni, au Nord-Kivu.
Dans les Kivu, précise la source citée, l’utilisation par les parties aux conflits d’armes explosives dans des zones peuplées continue de générer de graves conséquences humanitaires pour les populations civiles, avec des morts et des blessés, ainsi qu’une contamination des terres, dont des espaces agricoles, par des restes explosifs de guerre. Plus de 16 % des patients pris en charge dans les hôpitaux soutenus par le CICR sont victimes de blessures causées par des explosions.
La propagation du virus dans les zones affectées par les hostilités pourrait accroître les enjeux d’accès et met en évidence l’importance de garantir un espace humanitaire ouvert, sans risques pour les malades et les équipes de riposte.
« Les conflits armés associés aux épidémies constituent une combinaison potentiellement dévastatrice. Dans ce contexte critique, il est essentiel que les parties aux conflits agissent avec responsabilité afin d’assurer une coopération sanitaire et une coordination optimale ainsi que toute mesure pouvant faciliter l’action des organisations humanitaires et le passage rapide et sans encombre de l’assistance humanitaire. Cela est essentiel pour garantir que les malades et les blessés puissent recevoir des soins médicaux appropriés dans les plus brefs délais. », affirme François Moreillon, chef de délégation du CICR en RDC.
Si, pour la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola, le gouvernement de la République démocratique du Congo entend s’appuyer sur l’expérience acquise lors des 16 précédentes épidémies, la situation sécuritaire dans cette partie du pays continue néanmoins de se détériorer. En dépit de l’existence de l’Accord de Washington, obtenu sous l’égide des États-Unis d’Amérique, ainsi que du processus de Doha mené sous l’égide de l’État du Qatar, avec l’appui de l’Union africaine, et malgré les réunions d’évaluation qui se succèdent, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) demeure préoccupante. Les populations civiles de coin de la République Démocratique du Congo continuent d’être les principales victimes des violences et des déplacements forcés, aggravant davantage une situation humanitaire déjà catastrophique, dans un contexte international marqué par la baisse des financements destinés à l’aide humanitaire.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différentes parties prenantes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif visant à réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions des accords selon sa propre lecture, rendant leur mise en œuvre toujours plus incertaine.
Clément MUAMBA