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Kinshasa réaffirme son opposition à la participation de l’AFC/M23 au dialogue national : « Voulez-vous que nous amenions le Rwanda dans un dialogue entre Congolais ? »

Les autorités de l'AFC/M23 lors d'une réunion avec la Monusco à Goma

Alors que les appels à l’inclusivité se multiplient dans le paysage sociopolitique congolais depuis l’annonce de la tenue prochaine du dialogue national, décidée à l’issue de la rencontre entre le chef de l’État, Félix Tshisekedi et les responsables des confessions religieuses, le gouvernement de la République démocratique du Congo maintient une position claire sur la participation de l’AFC/M23 à ce forum. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya a expliqué que les rebelles ne peuvent pas être associés à ce cadre de “concertation interne”. Selon lui, leur dossier relève déjà du processus engagé à Doha, sous l’égide de l’État du Qatar.

Lors du briefing de presse mardi 29 juillet consacré à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, Muyaya a établi une distinction entre les différents mécanismes diplomatiques en cours pour le retour de la paix dans l’est du pays. 

« Les accords de Washington constituent le premier dialogue. C’est l’accord que nous avons conclu avec le père, le Rwanda. Le deuxième dialogue est l’accord-cadre de Doha. C’est ce que nous avons conclu avec le fils, le M23. Cet accord comprend huit protocoles, notamment celui relatif à la libération des prisonniers et celui portant sur la mise en œuvre du cessez-le-feu, qui balbutie encore. Il reste également six autres protocoles. Il y a donc le dialogue avec le père à Washington et le dialogue avec le fils à Doha », a expliqué Patrick Muyaya mardi 28 juillet lors d’un briefing de presse. 

Patrick Muyaya soutient que le dialogue voulu par le chef de l’État congolais répond à une autre logique : celle de la mobilisation nationale face à la crise sécuritaire marquée, selon Kinshasa, par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23.

Pour le ministre, les processus de Washington et de Doha doivent apporter des réponses diplomatiques et sécuritaires, tandis que le dialogue interne vise à rassembler les Congolais autour d’une position commune.

« Je rappelle encore une fois que la crise est d’abord sécuritaire. La crise que nous connaissons est due à l’agression rwandaise, menée directement par l’armée rwandaise et à travers ses supplétifs. Les processus de Washington et de Doha sont censés apporter une réponse à cette crise sécuritaire. Mais parce qu’il existe un impératif interne et un besoin de nous remobiliser, le dialogue que compte organiser le président de la République a pour vocation de créer un front intérieur contre l’agression », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : « Ceux du M23 sont déjà pris en charge dans un protocole et dans un cadre déterminé. Ils n’ont donc rien à voir avec le dialogue attendu ici. Voulez-vous que nous acceptions d’amener le Rwanda et les Rwandais dans un dialogue entre Congolais visant à créer un front interne contre l’agression rwandaise ? Où est la logique ? », s’est interrogé Muyaya.

Cette évolution, marquée par l'engagement ferme de Félix Tshisekedi en faveur de la convocation d'un dialogue national, intervient dans un contexte sociopolitique marqué par la recherche d’un consensus face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Elle survient également dans un climat de fortes divergences autour du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle. L’opposition accuse la majorité au pouvoir de vouloir changer la Constitution afin de permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats prévue par la loi fondamentale. De son côté, le pouvoir rejette ces accusations. 

Cette nouvelle séquence politique intervient également alors que les initiatives diplomatiques en cours peinent à produire des résultats tangibles. Les accords de Washington, conclus sous l’égide des États-Unis d’Amérique pour tenter de rapprocher Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha, conduit sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, n’ont pas encore permis d’améliorer significativement la situation sur le terrain. Malgré les nombreuses réunions et les efforts des médiateurs, les combats et les tensions persistent, tandis que les différentes parties continuent de s’accuser mutuellement de violer les engagements pris dans le cadre des processus de paix. 

Clément MUAMBA


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