Dans une analyse consacrée à la gouvernance des ressources naturelles en RDC, le Dr Mukenyi Badibanga, directeur général adjoint de l’Institut national de santé publique (INSP), et la Dr Francine Ilela Kamba, présidente du conseil d’administration du Fonds de solidarité de santé (FSS), mettent en lumière les répercussions de l’instabilité dans les zones minières de l’Est du pays sur la santé publique et l’accès aux soins.
Ces experts congolais recommandent d’affecter une partie des revenus issus de l’exploitation minière au financement de la Couverture santé universelle (CSU) afin de renforcer le système de santé en République démocratique du Congo.
Selon les auteurs de cette étude, l’insécurité persistante dans plusieurs provinces orientales, alimentée notamment par les enjeux liés à l’exploitation des ressources naturelles, fragilise davantage un système sanitaire déjà confronté à de nombreux défis. Cette situation favorise les déplacements massifs de populations, la propagation de maladies épidémiques telles que le choléra et la rougeole, ainsi que l’aggravation de la malnutrition et des troubles de santé mentale.
L’analyse souligne également les conséquences sanitaires des violences sexuelles enregistrées dans les zones touchées par les conflits armés. Les chercheurs estiment que ces violences, souvent liées à la lutte pour le contrôle des sites miniers, engendrent des traumatismes physiques et psychologiques, des infections sexuellement transmissibles ainsi que diverses complications obstétricales.
Les deux experts relèvent par ailleurs que les faiblesses de gouvernance dans le secteur extractif limitent la capacité de l’État à mobiliser des ressources suffisantes pour financer les services sociaux de base, notamment la santé. Cette situation maintient une forte dépendance des ménages aux paiements directs pour accéder aux soins, alors qu’une grande partie de la population vit dans des conditions de précarité.
Face à ce constat, les auteurs préconisent la mise en place de mécanismes permettant de consacrer une partie des recettes minières au financement de la santé. Ils recommandent notamment le renforcement de la traçabilité des revenus du secteur extractif et l’affectation d’une partie des redevances minières au développement des infrastructures sanitaires et à l’élargissement de l’accès aux soins.
L’étude s’appuie également sur les expériences de plusieurs pays ayant créé des fonds dédiés au développement social grâce aux revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles. Selon les chercheurs, un tel modèle pourrait permettre à la RDC de transformer sa richesse minière en un levier durable de financement de la Couverture santé universelle.
Les auteurs rappellent que la stabilité et la paix dans les zones minières demeurent des conditions indispensables à l’amélioration des indicateurs sanitaires. Ils appellent à une gouvernance plus efficace du secteur extractif, à une meilleure régulation des activités minières et à une redistribution plus équitable des revenus générés par les ressources naturelles du pays.