Le débat sur une éventuelle révision ou un changement de la Constitution de 2006 continue d’alimenter la scène politique en République démocratique du Congo. Le secrétaire général de l’UDPS/Tshisekedi et chef du parti présidentiel, Augustin Kabuya, est revenu sur cette question défendant la position de son parti et rejetant toute lecture liant cette démarche à une volonté de troisième mandat pour l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi, alors que son mandat devra prendre fin en janvier 2029 à la suite d’un cycle électoral qui doit se tenir en décembre 2028.
S’exprimant devant la presse, lundi 25 mai 2026, à l’occasion du lancement officiel des consultations dans le cadre de la coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4), et face aux accusations de l’opposition, l’élu national de la circonscription électorale de Mont-Amba, dans la ville de Kinshasa, a d’abord tenu à clarifier la position du président de la République, précisant que sa formation politique n’avait pas soutenu le processus ayant conduit à l’adoption et à la promulgation, par référendum, de l’actuelle Constitution en vigueur depuis 2006, soit depuis 20 ans déjà.
"Je ne sais pas si vous pouvez nous dire ici aussi que le chef de l’État, son Excellence Félix Tshisekedi, s’est déjà prononcé un jour en disant qu’il avait besoin d’un troisième mandat. Il ne faut plus faire dire au président de la République ce qu’il n’a jamais dit. Ici, il s’agit d’un problème de changement de la Constitution. Et je vous rappelle aussi que nous sommes de l’UDPS, l’UDPS n’a jamais souscrit à cette Constitution même ceux qui veulent nous faire croire aujourd’hui que l’UDPS disait : « Ne touchez pas à la Constitution », il n’existe aucune vidéo que vous pouvez nous brandir aujourd’hui montrant l’UDPS en train de battre campagne pour cette Constitution lors du référendum", a déclaré Augustin Kabuya, chef du parti présidentiel.
Le successeur de Jean-Marc Kabund à la tête du parti présidentiel rappelle que sa formation politique, l’UDPS avait promis au peuple congolais qu’une fois au pouvoir, elle toucherait à cette Constitution. Selon lui, ils sont dans l’obligation de tenir cette promesse.
"Aujourd’hui, nous sommes rattrapés par cette réalité historique, nous sommes au pouvoir. Alors, allons-nous négliger la promesse faite à notre peuple par notre père fondateur, Étienne Tshisekedi, ou bien allons-nous faire la volonté des belligérants ? N’oubliez pas que cette Constitution est le fruit des belligérants. En 1992, il y avait déjà un ordre politique en cours mais avec l’arrivée de l’AFDL, cet ordre politique a été stoppé et mis dans les oubliettes. Quelques jours après, comme ils ne s’étaient pas mis d’accord, ils ont créé la guerre que tout le monde connaît, une guerre qui avait occasionné plus de six millions de morts et on nous a imposé cette Constitution par les belligérants", a fustigé Augustin Kabuya, chef du parti présidentiel.
Poursuivant son intervention, il a rappelé que le 16 février 1992, il y a eu des morts dans ce pays, alors que des personnes réclamaient l’ouverture de la Conférence nationale souveraine (CNS). En mémoire de ces martyrs, de ceux qui ont écrit l’histoire de ce pays avec leur sang, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya avait dirigé les travaux de la Conférence nationale souveraine.
Il a révélé que la prochaine Constitution sera basée sur le projet de Constitution élaboré à l’époque de la Conférence nationale souveraine. À en croire Augustin Kabuya, il est question ici d’honorer la mémoire de ceux qui sont tombés lors de cette étape de l’histoire démocratique de la RDC.
"Contrairement à ce que les Donatien Nshole et Fridolin Ambongo sont en train de faire, en contradiction avec les combats de Monseigneur Monsengwo et du peuple congolais en général. Nous nous disons ceci : nous allons utiliser la Constitution de 1992 et cette Constitution sera adaptée aux réalités actuelles. On ne peut pas effacer l’histoire d’un peuple seulement pour favoriser des gens qui avaient pris les armes afin de nous imposer leur volonté. L’AFDL est arrivée et nous a imposé sa volonté, balayant tout ce qui avait déjà commencé. Et quelques années plus tard, ce fut le tour des rebelles poulains issus de l’AFDL, que vous appelez les belligérants, de nous amener maintenant leur propre Constitution, vous ne voyez pas que cela soit la continuité de ce que nous avons toujours déploré. Quel est le péché ?", s'est-il interrogé lors de son intervention.
Par ailleurs, Augustin Kabuya, qui rappelle que l’actuelle Constitution a déjà une vingtaine d’années d’existence, n’y voit aucun inconvénient à réfléchir à son avenir. Il affirme que réfléchir ou militer pour son changement ne signifie pas s’éterniser au pouvoir ou à la tête du pays.
"Cette Constitution a totalisé vingt ans. Est-ce que les réalités que nous avons aujourd’hui sont vraiment conformes à cette Constitution ? La réponse est non. Nous ne sommes pas obligés, ni esclaves, de faire la volonté des belligérants. Nous tenons mordicus à la promesse faite à notre peuple par notre père fondateur, le père Étienne Tshisekedi. Nous ne disons pas que lorsque nous allons changer cette Constitution, ce sera pas pour nous éterniser au pouvoir, c'est pour voir le futur de ce que notre peuple va devenir dans ce pays", a soutenu Augustin Kabuya, chef du parti présidentiel.
Refroidie à la suite des offensives menées par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, ayant conduit à la perte de vastes pans du territoire national, et dans un contexte marqué, sur le plan diplomatique, par l’avancement d’initiatives censées résoudre la crise sécuritaire, la question de la réforme de la Constitution qu’il s’agisse de sa révision ou de son changement, a refait surface et se retrouve au cœur de l’actualité politique. Porté notamment par l’UDPS, parti présidentiel et membre de l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, ce débat continue toutefois de susciter de vives tensions politiques.
L’UDPS, tout comme l’Union sacrée de la Nation, militent officiellement pour une réforme constitutionnelle. Cependant, ce projet ne fait pas l’unanimité. Les partisans de la révision ou du changement, parmi lesquels figurent plusieurs cadres de l’Union sacrée, critiquent la Constitution actuelle de 2006, qu’ils qualifient de « Constitution piégée » et jugent inadaptée aux réalités du pays. Ils évoquent des problèmes liés à la gestion de l’État, à la définition de la nationalité, ainsi que la nécessité d’adapter le texte aux réalités congolaises. Certains avancent également l’argument de la recherche de la paix ou s’interrogent sur la faisabilité des élections prévues en 2028.
Du côté de l’opposition et d’autres forces sociopolitiques congolaises, cette démarche est vivement rejetée. Elles la considèrent comme suicidaire dans un contexte marqué par la guerre d’agression menée, selon elles, par le Rwanda à travers la rébellion de l’AFC/M23. Elles estiment également que le régime Tshisekedi, au regard de son bilan jugé négatif depuis son accession au pouvoir, ne mérite plus de diriger le pays. Pour ces opposants, la volonté du pouvoir de réviser ou de changer la Constitution cacherait en réalité une tentative de se maintenir au pouvoir et d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, actuellement à son second et dernier mandat à la tête du pays. Ce mandat court jusqu’en janvier 2029, date à laquelle il est censé transmettre le pouvoir à son successeur.
Clément MUAMBA