Frappe de drone à Mushaki : Sauvons la RDC appelle la communauté internationale à rappeler au gouvernement son rôle de protéger la population et non de l’exterminer

Joseph Kabila à Goma
Joseph Kabila à Goma

La récente frappe de drone sur la cité de Mushaki, située dans le territoire de Masisi, à une trentaine de kilomètres de la ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu, n’a pas laissé indifférent le mouvement Sauvons la RDC, qui est monté au créneau pour dénoncer ces actes. Comme l’AFC/M23, ce mouvement attribue cette attaque aux forces gouvernementales placées sous l’autorité du président Félix Tshisekedi.

Pour ce mouvement sociopolitique né à Nairobi, au Kenya, et proche de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, le pouvoir de Kinshasa, croyant démontrer la montée en puissance de ses forces armées, a tristement fait bombarder, par drones, des populations civiles sans défense, arrachant ainsi la vie à plusieurs compatriotes et faisant de nombreux blessés. D’après cette organisation proche de Joseph Kabila, il s’agit d’"un acte de couardise plutôt que de bravoure.

Elle estime que " cette énième ignominie" a été dénoncée, y compris  fait notable selon elle  par certains acteurs jusque-là perçus comme acquis à la cause du régime en place. Le mouvement considère également que le silence observé face aux multiples excès dénoncés dans le conflit laisse de plus en plus penser qu’"à l’ère de la course effrénée aux minerais stratégiques, la morale et le droit international peinent encore à trouver leur place".

"Le Mouvement Sauvons la RDC condamne avec la plus grande fermeté la violation du droit international humanitaire et du droit de la guerre que représentent ces frappes aériennes, devenues systématiques, qui prennent délibérément pour cible la population civile dans les villages, voire dans les marchés, comme si l’objectif poursuivi est de maximiser les pertes en  vies humaines. Il appelle à l’ouverture immédiate d’une enquête internationale indépendante, afin d’établir les responsabilités liées aux frappes qui ont endeuillé Mushaki, autant que celles qui, depuis un peu plus d’un an, ont touché les populations civiles dans l’Est du pays", lit-on dans le communiqué rendu public mercredi 13 mai 2026.

Ayant régulièrement dénoncé ces bombardements qui, au-delà des pertes civiles, détruisent également des infrastructures de base telles que des ponts, habitations, écoles, hôpitaux et aérodromes, notamment sur les hauts plateaux de Minembwe, dans le Masisi et autour de Kalehe, souvent sans susciter une vive réaction de la communauté internationale, le mouvement Sauvons la RDC salue cette fois-ci la condamnation du bombardement de Mushaki par le gouvernement américain ainsi que par les Nations Unies à travers la MONUSCO.

Le mouvement regrette toutefois que ces deux acteurs majeurs de la communauté internationale n’aient pas évoqué, dans leurs dénonciations, les bombardements ayant également visé, le même jour dans la soirée, les localités d’Ilundu et de Gakenke, dans la région de Minembwe. Sauvons la RDC déplore également et surtout que ces bombardements n’aient pas été qualifiés, selon ses termes, de " crimes de guerre et crimes contre l’humanité ". Le mouvement estime par ailleurs que les auteurs présumés de ces frappes n’ont pas été clairement désignés, accusant directement le régime de Kinshasa.

Selon cette organisation, la communauté internationale privilégierait une approche générale à travers des formulations telles que "toutes les parties doivent… ", une attitude que le mouvement interprète comme une volonté d’éviter de trancher clairement entre les impératifs du droit international et les intérêts géopolitiques des grandes puissances.

"Pour le Mouvement Sauvons la RDC, sauf à vouloir passer pour complice du gouvernement, la communauté internationale y compris les Nations Unies, garantes du droit international  doit donc : Rappeler au pouvoir en place que la responsabilité d’un gouvernement est de protéger sa population. Pas de l’exterminer et Exiger que les crimes de masse à répétition dûs aux bombardements des populations civiles par les forces gouvernementales cessent, sans délai ni condition", plaide le mouvement dans son communiqué.

Le mouvement Sauvons la RDC rappelle que, conformément au droit international humanitaire, la protection des populations civiles constitue une obligation impérative pour toutes les parties impliquées dans un conflit armé, et non uniquement pour celles que la communauté internationale choisirait, selon lui, de sanctionner ou d’affaiblir de manière discrétionnaire.

Selon cette plateforme proche de l’ancien président Joseph Kabila, il n’est " ni acceptable, ni tolérable, encore moins pardonnable " qu’un gouvernement incapable d’assurer la protection des populations contre diverses milices opérant dans plusieurs provinces du pays puisse, en plus, être accusé de bombardements visant des civils vivant hors des zones sous son contrôle direct.

Le mouvement cite notamment les violences attribuées aux milices tribales dans les provinces de la Tshopo et du Tanganyika, aux Mobondo dans le Kwango et le Maï-Ndombe, aux Mbororo dans le Bas-Uele et le Haut-Uele, aux CODECO en Ituri, ainsi qu’aux ADF et autres groupes armés dans les territoires de Beni et Lubero au Nord-Kivu.

Comme à chaque étape des discussions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, les deux parties ne parviennent pas toujours à tenir un discours commun sur le retour de la paix dans l’Est de la RDC. Depuis la rencontre de Montreux en Suisse, Kinshasa et la rébellion AFC/M23 s’accusent mutuellement de violer les engagements de paix, notamment en raison de la poursuite des affrontements et des attaques de drones dans l’est de la RDC. Les avancées espérées sur papier par les médiateurs ne cessent de céder la place à une méfiance accrue et à une impasse diplomatique.

Parallèlement, il en est de même pour le processus de Washington, qui prend en charge la crise entre Kinshasa et le Rwanda. Malgré la tenue d’une série de réunions autour des médiateurs et facilitateurs, la situation sur le terrain peine à s’améliorer, dans un contexte où chaque partie interprète les dispositions de l’accord à sa manière, compliquant davantage sa mise en œuvre.

Clément MUAMBA