Ejiba Yamapia : " ceux qui me taxent de belligérant sont ceux qui pensent que ma façon de défendre la République gêne l’agenda des belligérants "

Ejiba Yamapia, président de la plateforme des Églises du Réveil du Congo
Ejiba Yamapia, président de la plateforme des Églises du Réveil du Congo

Favorable au changement de la Constitution en vigueur depuis février 2006, l’archevêque Ejiba Yamapia, président de la plateforme des Églises du Réveil du Congo, est au cœur d’allégations le liant à l’ancien mouvement rebelle proche de Kigali devenu par la suite parti politique : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), issu de l’ex-rébellion dirigée par l’avocat Azarias Ruberwa. Une manière de l’accuser d’avoir été compromis dans le passé.

Au cours d’une conférence de presse mercredi 13 mai à Kinshasa, l’archevêque Ejiba Yamapia, répondant à une question de la presse, a rejeté les accusations selon lesquelles il aurait été membre du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) de Azarias Ruberwa. 

Il reconnaît avoir figuré sur une liste de ce parti lors des élections de 2006 dans la circonscription de Mont-Amba, mais attribue ce choix à une contrainte juridique : la loi électorale n’autorisant pas la société civile à présenter des candidats autrement qu’en indépendants, il aurait été contraint de s’adosser à une formation politique.

" Ceux qui me taxent des belligérants, ce sont ceux qui pensent que ma façon de défendre la République gêne l'agenda des belligérants. J'ai été élu député de la circonscription électorale de Mont Amba en 2006 jusqu'en 2011. Ceux qui ont la possibilité de chercher les archives vont retrouver que, sur mes affiches, il n'y avait aucun drapeau d'un parti politique. Je lance à quiconque le veut le défi. Se retrouver sur la liste d'un parti politique, c'est parce que la société civile n'a pas le droit de présenter quelqu'un en tant que société civile. Il peut se présenter en indépendant, mais il faut savoir quelles sont les chances. Je peux encore mettre n’importe qui au défi : quand est-ce que moi, je suis allé à Goma ou ailleurs pour prêcher l'Évangile ? Je ne sais même pas comment on tire un révolver avant de devenir un belligérant, » s'est défendu l'actuel chef de la Plateforme des Églises de réveil du Congo. 

Au cours de la même conférence de presse, l’archevêque Ejiba Yamapia a appelé à un changement complet de la Constitution du 18 février 2006, qu’il a qualifiée de " Constitution de belligérance ". Ce responsable religieux a soutenu que ce texte, élaboré à l’issue de l’accord de Sun City pour satisfaire des " chefs de factions ", a épuisé sa logique historique et devrait céder la place à une loi fondamentale davantage orientée vers le développement et la souveraineté.

Sur le plan institutionnel, Ejiba Yamapia a plaidé pour le passage à un régime plus présidentiel, afin de mettre fin à ce qu’il décrit comme un " chantage parlementaire " lié aux motions de censure à répétition, lesquelles fragiliseraient l’exécutif et retarderaient la mise en œuvre des politiques publiques. Il a également préconisé une révision du mode de désignation des gouverneurs de province, en vue de réduire les conflits entre exécutifs provinciaux et assemblées délibérantes.

Sur le plan économique, l’archevêque a proposé de constitutionnaliser l’obligation de transformer localement les matières premières avant exportation, ainsi que de sanctuariser les budgets consacrés à la gratuité de l’enseignement et des soins de santé de base, afin que ces engagements ne restent pas de simples intentions politiques.

En matière de souveraineté, Ejiba Yamapia a défendu l’idée de réserver strictement l’accès à la présidence de la République, à la Primature et aux ministères régaliens aux seuls Congolais nés de père et de mère congolais, invoquant la nécessité de protéger les fonctions régaliennes de l’État contre toute infiltration étrangère.

S’adressant aux différents acteurs du débat, il a recommandé aux responsables politiques de privilégier le consensus républicain plutôt que les intérêts électoraux, à la société civile d’exercer une "vigilance démocratique"  sur les acquis constitutionnels, et au peuple de se réapproprier ce débat qu’il qualifie de " mutation historique".

Ce débat autour de la réforme constitutionnelle divise la classe sociopolitique congolaise. Pour certains, il s’agit d’une manœuvre du régime visant à ouvrir la voie à un nouveau mandat de Félix Tshisekedi. D’autres estiment au contraire que le président Félix Tshisekedi a échoué dans sa gouvernance et ne devrait plus diriger le pays. Pour sa part, Félix Tshisekedi se dit favorable à l’analyse de la Constitution, estimant qu’il reviendra au peuple de trancher par référendum sur l’avenir de cette loi fondamentale.

Clément MUAMBA