La motion de défiance visant le VPM de l’intérieur et sécurité, Jacquemain Shabani a été déposée au bureau de l’Assemblée nationale le lundi 13 avril dernier et, après plusieurs jours d’attente, elle est programmée pour être examinée en plénière ce mercredi 29 avril 2026, soit 16 jours après son dépôt, alors que le Règlement intérieur en son article (article 235) prévoit un délai de 48 heures après le dépôt pour le traitement d’une motion.
Il s’agit d’une initiative portée par le député national Laddy Yangotikala Senga, élu de la circonscription électorale de Kisangani-Ville, dans la province de la Tshopo. Ce député et ses collègues motionnaires ont retenu cinq griefs contre le chef de la territoriale. Il s’agit notamment de la violation de la libre administration des provinces et des entités décentralisées, de l’entrave au contrôle parlementaire et à la redevabilité des exécutifs provinciaux, de l’atteinte au principe de séparation des pouvoirs et de l’immixtion de l’exécutif dans les affaires du législatif et du judiciaire, ainsi que de l’abus d’autorité et du détournement des procédures administratives au profit d’intérêts partisans.
S’agissant du cinquième et dernier grief, les motionnaires évoquent l’insécurité persistante et la défaillance de l’autorité publique. Ils rappellent que, malgré sa qualité de garant de l’ordre public, le vice-Premier ministre de l’Intérieur n’a manifestement pas su contenir l’escalade de l’insécurité urbaine et rurale, notamment à Kinshasa, où les citoyens dénoncent une résurgence des gangs armés (notamment les « kulunas »), parfois supposément avec la complicité de certains éléments de la Police nationale.
Ils notent également que le climat de peur, d’impunité et de défiance envers les institutions régaliennes s’est aggravé, avec des signaux particulièrement alarmants à Boma (Kongo Central), Kisangani (Tshopo), Kananga (Kasaï Central) et dans d’autres centres urbains du pays. Ces faits traduisent un affaiblissement manifeste de l’autorité de l’État, en contradiction flagrante avec l’article 182 de la Constitution et les engagements du ministère de l’Intérieur à garantir la sécurité des personnes et des biens.
"Chacun de ces griefs est étayé par des éléments précis (correspondances officielles, déclarations publiques, faits médiatisés) et constitue une entorse grave à l'ordre constitutionnel et légal de la RDC. En particulier, la conjonction de ces manquements révèle un schéma d'action où un ministre use de sa position pour affaiblir les contre-pouvoirs démocratiques (provinciaux et judiciaires) au profit d'une concentration du pouvoir décisionnel entre ses mains, ce qui est antinomique avec les valeurs d'un État de droit décentralisé telles que consacrées, notamment, par l'article 3 de la Constitution et l'article 220 (qui interdit toute démarche de recentralisation autoritaire)", ont-ils soutenu dans la motion consultée par ACTUALITE.CD.
Bien avant l’alignement de la motion en plénière, plusieurs couacs sont survenus dans cette affaire, où la procédure a rapidement viré à une épreuve de force. Plusieurs députés signataires ont fait état de pressions exercées sur eux par leurs formations politiques respectives, et au moins l’un d’entre eux a officiellement retiré sa signature. Parallèlement, une plainte pour faux en écriture a été déposée au Parquet général près la Cour de cassation contre l’initiateur de la motion, certains élus ayant publiquement contesté l’authenticité de leur signature sur le document. À cela s’ajoutent la suspension du porteur de la motion au sein de son regroupement politique ainsi que sa démission à la tête du parti du ministre Muhindo Nzangi.
Du côté du camp Shabani Lukoo, l’on pointe désormais les manœuvres de certains caciques au sein même de l’UDPS, le parti présidentiel, dont l’implication présumée dans ces turbulences internes à la majorité soulève de nouvelles interrogations sur les lignes de fracture au sein de l’Union sacrée. Toutefois, de son côté, Augustin Kabuya, chef du parti présidentiel, a affirmé lors d’une matinée politique qu’il n’était pas derrière cette motion. Du côté de l’Union sacrée de la Nation, André Mbata, secrétaire permanent de l’USN, estime quant à lui que les motionnaires sont allés trop vite en besogne en optant pour une motion de défiance, alors qu’il existe d’autres moyens de contrôle avant d’en arriver à cette ultime procédure, censée intervenir en dernier ressort.
Avant cette plénière, plusieurs réunions se sont tenues en coulisses au sein de la majorité parlementaire, réunissant le ministre visé et certains députés nationaux. Avec l’alignement de cette motion et la réalité sur le terrain marquée par de nombreux témoignages faisant état d’une détérioration de la situation sécuritaire, les élus nationaux se retrouvent désormais face à leurs responsabilités : privilégier l’intérêt général en sanctionnant le ministre concerné ou celui de leur famille politique en protégeant le VPM de l’intérieur.
Clément MUAMBA