L'alerte est maximale au sud du territoire d'Irumu. Sur le site de la mission anglicane à Komanda, la survie des déplacés ne tient plus qu'à un fil. Près de quatre ans et demi après leur arrivée massive, ces populations font face à une pénurie alimentaire sans précédent qui menace de basculer en catastrophe sanitaire.
Les conditions de vie sur ce site, qui abrite environ 13 000 personnes, se dégradent de manière alarmante. Sans accès à leurs champs situés dans les zones encore instables de la chefferie des Walese Vonkutu ou le long de la RN4, les déplacés dépendent quasi exclusivement de l’aide humanitaire qui se raréfie.
« La situation est très difficile ici. Nous manquons de nourriture et cela expose les enfants et les personnes vulnérables à des risques de malnutrition. Nous demandons une aide urgente du gouvernement et des humanitaires », a confié Kabulabunza Désiré, chef du bloc 4 du site.
Pour la majorité de ces familles, le calvaire a débuté en septembre 2021. Fuyant les incursions des groupes armés, notamment les islamistes ADF, elles ont trouvé refuge à Komanda, pensant que leur séjour serait temporaire.
Aujourd'hui, avec une durée de présence dépassant les 54 mois, l'assistance d'urgence s'est essoufflée alors que les besoins, eux, n'ont cessé de croître. Le site Anglican est devenu le symbole d'une crise de « longue durée » où le statut de déplacé semble devenir permanent, faute d'une sécurité totale permettant le retour dans les villages d'origine.
Une crise chronique
Cette détresse à Komanda n'est pas un cas isolé. Elle reflète la complexité du conflit en Ituri qui, depuis sa résurgence brutale en 2017, a jeté sur les routes plus d'un million et demi de personnes.
Face à cette « mort lente » par la faim, les déplacés du site Anglican lancent un appel pressant : sans une intervention alimentaire rapide du gouvernement provincial et des organisations humanitaires, les cas de malnutrition chronique risquent de s'alourdir dans les jours à venir en Ituri où le taux de chez les enfants de moins de cinq ans était de 57 % en 2025, selon les données du Programme national de nutrition (PRONANUT).
Freddy Upar, à Bunia