L’institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, a organisé, ce vendredi 3 avril, à la résidence Saint Pierre Claver à Kinshasa, une conférence de presse marquant la clôture de deux jours de hackathon législatif consacré à la question du service militaire obligatoire en République Démocratiue du Congo.
L’initiative, portée dans le cadre du programme Talatala+, vise à renforcer la participation citoyenne au processus législatif et à favoriser un dialogue structuré entre élus, experts, membres de la société civile et citoyens engagés. Le thème de cette édition portait sur « Service militaire obligatoire en RDC : enjeux, faisabilité et perspectives citoyennes ». Le choix de ce sujet intervient dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’est du pays, les débats récurrents sur la forme de l’armée, la défense territoriale, et l’implication et l’implication citoyenne dans la sécurité nationale nationale, ainsi que par la réintroduction à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi sur le service militaire obligatoire.
Depuis plus trois décennies, l’est de la RDC demeure en proie à des conflits armés récurrents, impliquant des groupes rebelles et des acteurs étrangers. Cette situation alimente régulièrement les réflexions sur la réforme de l’armée et sur les mécanismes susceptibles de renforcer les capacités de défense nationale.
La proposition de loi examinée, portée par le député national Claude Misare et actuellement en discussion au niveau de la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, vise à instituer un service militaire obligatoire afin de constituer une réserve citoyenne mobilisable en cas d’agression.
Pour le professeur Florentin Mutula, la question du service militaire ne se limite pas à sa dimension sécuritaire, mais renvoie plus largement à la construction d’un véritable esprit patriotique.
« Il s’agit avant tout d’une prise de conscience collective. Nous devons être prêts à défendre notre pays et à promouvoir le patriotisme », a-t-il souligné.
Selon lui, une formation militaire pourrait contribuer à renforcer la cohésion nationale ainsi que le sens de l’engagement citoyen.
Dans la même logique, il a rappelé que la Constitution de 2006 consacre le devoir de chaque citoyen de défendre l’intégrité du territoire national, ouvrant ainsi le débat sur le caractère obligatoire ou volontaire du service militaire.
« Les constituants de 2006 ont prévu cette disposition, estimant qu’au regard des menaces pesant sur le pays, la question d’un service militaire obligatoire devait être envisagée », a-t-il expliqué.
Le professeur Mutula a également évoqué la loi relative à la Réserve armée de défense (RAD), qui privilégie pour l’instant l’adhésion volontaire à l’armée.
« L’article 2 indique qu’il faut démobiliser le service militaire obligatoire. Or, à ce jour, cette démobilisation n’est pas encore effective, faute d’un instrument juridique spécifique », a-t-il précisé.
La question cruciale du financement
L’un des principaux points de discussion a porté sur la faisabilité budgétaire d’une telle réforme. Les intervenants ont évoqué la nécessité d’augmenter la part du budget allouée au ministère de la Défense afin d’intégrer une ligne spécifique consacrée à la formation des recrues.
Dans son intervention, l’honorable Ados Tshituku estime qu’une rubrique budgétaire pourrait être progressivement mise en place pour financer la formation durant les premières années, avant d’être adaptée en fonction des besoins liés à la mobilisation effective de réservistes en cas de crise sécuritaire.
« On peut envisager une augmentation progressive du budget de la Défense afin de prévoir une ligne dédiée au service militaire obligatoire, notamment pour la formation des citoyens », a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité de planifier la réforme de manière réaliste au regard des capacités financières de l’État.
La question du financement reste d’autant plus sensible que la RDC fait face à de nombreux défis socio-économiques, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des infrastructures.
Conditions d’accueil et respect des droits fondamentaux
Au-delà des aspects sécuritaires, certains participants ont insisté sur l’importance d’assurer des conditions d’accueil dignes pour les futurs conscrits. Logement, alimentation, accès aux soins de santé, hygiène et infrastructures adéquates figurent parmi les exigences identifiées pour garantir la viabilité du dispositif.
« Il est indispensable d’humaniser les centres de formation afin de garantir des conditions de vie acceptables pour les citoyens appelés à servir », a plaidé une participante.
Les discussions ont également abordé la nécessité de promouvoir une formation reposant sur des valeurs civiques et éthiques, afin d’éviter que les compétences acquises ne soient utilisées à des fins contraires à l’intérêt national.
Organisé depuis décembre 2024, le cycle de hackathons législatifs du programme Talatala+ vise à créer un espace d’échange entre citoyens et décideurs. Durant cette cinquième édition, une cinquantaine de participants issus de divers horizons ont été répartis en groupes de travail afin d’examiner la proposition de loi sous les angles juridiques, sociaux, économiques et sécuritaires.
Les recommandations formulées seront transmises aux députés impliqués dans l’examen du texte, afin d’alimenter les discussions parlementaires.
Pour les organisateurs, l’objectif est de démontrer que la participation citoyenne peut contribuer à améliorer la qualité des lois et renforcer la confiance entre institutions et citoyens.
James Mutuba