RDC: en quatre ans, le M23 s'empare d'un territoire grand comme la Jamaïque dans l'est du Congo (GEC)

Les combattants du M23 à Kibumba
Les combattants du M23 à Kibumba

Le mouvement rebelle M23 a étendu son emprise territoriale dans l'est de la République démocratique du Congo de quelques kilomètres carrés en 2021 à plus de dix mille kilomètres carrés en 2025, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l'Université de New York.

Le rapport retrace une progression quasi continue : le M23 a doublé chaque année le territoire sous son contrôle entre mi-2022 et 2024, sécurisant l'essentiel du territoire de Rutshuru fin 2023, puis celui de Masisi à la fin de 2024.

Le point de départ de cette expansion remonte à novembre 2021, date à laquelle le mouvement a reçu un afflux significatif de recrues et un soutien extérieur renouvelé, après quatre années de présence discrète sur les pentes du mont Sabyinyo, à la frontière des trois pays (RDC, Rwanda et Ouganda). En juin 2022, la prise de Bunagana, ville stratégique à la frontière ougandaise, a marqué le premier tournant militaire majeur.

En janvier et février 2025, après l'échec des négociations de paix entre le Rwanda et la RDC en Angola en décembre 2024, le M23 et les Forces de défense rwandaises (RDF) ont pris le contrôle de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, puis de Bukavu, capitale du Sud-Kivu. Ces deux villes comptent ensemble environ trois millions d'habitants. Selon le rapport, il s'agit de l'escalade la plus grave dans l'est du Congo depuis la fin de la deuxième guerre du Congo en 2003.

En décembre 2025, malgré la signature d'un accord-cadre de paix à Doha le 15 novembre, le M23 a poursuivi son avancée vers le sud, s'emparant le 10 décembre de la ville d'Uvira, au bord du lac Tanganyika, à la frontière avec le Burundi. Cette offensive a effectivement coupé les forces burundaises, qui comptaient entre 12 000 et 15 000 soldats déployés aux côtés de l'armée congolaise, de la ligne de front.

Face à cette expansion, Kinshasa a intensifié ses frappes de drones sur les zones occupées. Le 24 février 2026, le porte-parole militaire du M23, Willy Ngoma, a été tué dans une frappe près du site minier de Rubaya, au Nord-Kivu. Le 11 mars 2026, une frappe similaire dans la ville de Goma a tué un employé français de l'UNICEF.

Au moment de la publication du rapport, en avril 2026, le M23 contrôle une large bande du Nord et du Sud-Kivu.