Dans les Grands Lacs, États et groupes armés parmi les principaux “prédateurs” de la presse, selon RSF

Carte des limites de la RDC et ses voisins

États, groupes armés et acteurs politiques figurent parmi les principaux “prédateurs” de la liberté de la presse dans la région des Grands Lacs, selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF) consulté sous embargo.

Dans un focus consacré aux responsables des atteintes contre les journalistes, RSF met en cause des autorités publiques, des services de sécurité, ainsi que des groupes armés actifs notamment dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), épicentre des violences dans la région.

Le mouvement rebelle du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda selon plusieurs sources internationales, est présenté comme un acteur majeur des pressions exercées sur les médias dans les zones qu’il contrôle. Dans ces territoires, des radios sont contraintes de relayer ses messages, tandis que des journalistes sont empêchés de travailler librement.

Le rapport évoque également le rôle des autorités étatiques dans plusieurs pays de la région. Au Rwanda, les autorités sont accusées d’exercer un contrôle étroit sur l’information, notamment à travers des arrestations, des intimidations et des restrictions visant les journalistes critiques.

En Ouganda, les reporters couvrant les manifestations ou les élections sont régulièrement confrontés à des violences, arrestations et entraves à leur travail, selon RSF. Au Burundi, la presse reste fragilisée par les conséquences de la crise politique de 2015, qui a poussé de nombreux journalistes à l’exil.

Le Kenya, longtemps considéré comme un pôle régional de liberté de la presse, connaît également des pressions croissantes, notamment des actes d’intimidation visant les journalistes enquêtant sur la corruption ou les mobilisations sociales.

En Tanzanie, le rapport souligne un cadre légal restrictif, avec des lois permettant de sanctionner les médias et de limiter la diffusion d’informations jugées sensibles.

RSF met aussi en avant le rôle d’acteurs économiques et politiques dans l’affaiblissement de l’indépendance des médias, notamment à travers des pressions financières ou des rachats controversés de groupes de presse.

“Les ennemis des journalistes ont plusieurs visages dans la région des Grands Lacs”, souligne le rapport, évoquant un environnement marqué par les violences armées, les pressions politiques, l’asphyxie économique et la désinformation.

Face à ces menaces, RSF appelle les États de la région à protéger les journalistes, à lutter contre l’impunité et à garantir un cadre permettant l’exercice libre et indépendant du métier.