Guerre dans l'est de la RDC : les sanctions américaines contre Kigali, dernier recours ou tournant décisif ?

Les États-Unis ont frappé fort ce lundi 2 mars, en plaçant la Rwanda Defence Force sur leur liste noire des sanctions. Une décision qui intervient dans un contexte sécuritaire toujours plus dégradé dans l'est de la République démocratique du Congo.

Des sanctions attendues, désormais officielles

Les États-Unis ont annoncé, lundi 2 mars 2026, des sanctions contre la Rwanda Defence Force (RDF) et quatre de ses officiers supérieurs (Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga et Vincent Nyakarundi) pour leur « soutien opérationnel direct » au Mouvement du 23 mars (M23) dans l'est de la République démocratique du Congo. La mesure a été prise par le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), rattaché au département du Trésor américain.

La décision intervient près de trois mois après la signature, le 4 décembre 2025 à Washington, d'une Déclaration conjointe des Accords de Washington pour la paix et la prospérité, présidée par Donald Trump en présence des présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame. Selon le département d'État, des combattants du M23 soutenus par le Rwanda ont pris le contrôle de la ville d'Uvira, en « violation manifeste » de ces accords.

Le M23, une entité déjà sanctionnée

Washington rappelle que le M23 est déjà une entité sanctionnée, à la fois par les États-Unis et par les Nations unies. Le mouvement est accusé de graves violations des droits humains, notamment d'exécutions sommaires et de violences contre des civils, y compris des femmes et des enfants. Selon Washington, le soutien continu de la RDF et de sa hiérarchie a permis au mouvement de s'emparer de territoires souverains congolais.

Le département d'État affirme que les États-Unis sont prêts à utiliser « tous les outils disponibles » pour s'assurer que la RDC et le Rwanda respectent les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.

Kinshasa salue, Kigali conteste

Le gouvernement congolais a salué la décision américaine, y voyant « un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale » de la RDC. Dans un communiqué, le ministère congolais de la Communication et Médias estime que ces mesures confirment « la nécessité d'une cohérence entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain ». Kinshasa exprime par ailleurs « sa profonde reconnaissance » aux États-Unis pour « leur implication constante » dans les efforts de paix.

De son côté, Kigali a regretté des sanctions qu'il juge « unilatérales », estimant qu'elles « déforment les faits » du conflit et ciblent injustement « une seule partie » au processus de paix. Le gouvernement rwandais accuse la RDC de violations des accords de cessez-le-feu, évoquant des « attaques de drones constantes et indiscriminées » et des offensives terrestres. Kigali soutient également que la coalition gouvernementale congolaise inclut des « mercenaires étrangers » et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qualifiées de « milice génocidaire ». Le Rwanda se dit néanmoins « pleinement engagé » en faveur du désengagement de ses forces, en parallèle avec la mise en œuvre par la RDC de ses propres obligations.

Sur le terrain, les combats se poursuivent

Sur le plan militaire, la situation reste volatile. L'AFC/M23 a revendiqué des attaques de drones contre l'aéroport international de Kisangani-Bangboka, dans la province de la Tshopo, ce dimanche 1er mars. Quatre drones ont été neutralisés, selon les autorités provinciales. Des éclats ont brisé des vitres de certaines infrastructures, sans faire de victimes.

Dans le même temps, les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les Wazalendo et l'armée burundaise, ont récupéré plusieurs villages dans les territoires de Fizi et Mwenga, au Sud-Kivu, dont la cité de Mikenge. Selon le porte-parole de l'armée, plusieurs rebelles ont été neutralisés, cinq capturés et dix-sept se sont rendus. En revanche, le village de Buhimba, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, est repassé sous le contrôle de l'AFC/M23, provoquant de nouveaux déplacements de populations.

Tshisekedi dénonce une stratégie d'occupation

En marge de ces développements, le président Félix Tshisekedi a dénoncé, à l'ouverture du Forum national des affaires coutumières à Kinshasa, ce qu'il qualifie de tentative de substitution des chefs coutumiers « légitimes » par des individus imposés, étrangers aux traditions locales. Selon lui, cette manœuvre, attribuée à la rébellion soutenue par le Rwanda, vise à « asseoir une logique d'occupation et de prédation ». « Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits coutumiers », a-t-il déclaré.

Le sommet de la CAE en toile de fond

Ces développements interviennent à quelques jours du 25e Sommet ordinaire des chefs d'État de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE), prévu le 7 mars 2026 à Arusha, en Tanzanie. Ce sommet, organisé sous le thème « Approfondir l'intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE », se tiendra dans un contexte de malaise persistant entre Kinshasa et le bloc régional. La RDC soupçonne régulièrement l'organisation de ne pas adopter une position suffisamment équilibrée dans la résolution de la crise à l'est du pays.