Beni : le surpeuplement et les conditions inhumaines à la prison de Kangbayi inquiètent

Vue de la Prison centrale de Beni/Ph. droits tiers

La société civile du territoire de Beni alerte sur le surpeuplement extrême et l’absence de moyens de fonctionnement à la prison centrale de Kangbayi dans la ville de Beni, nouveau siège provisoire des institutions de la province du Nord-Kivu.

Dans un mémorandum adressé le week-end dernier au président de l’Assemblée nationale, lors de son séjour à Beni, cette structure citoyenne appelle le gouvernement à prendre des mesures urgentes afin de prévenir de nouveaux cas de maladies et de décès en milieu carcéral.

D’après Richard Kirimba, vice-président de la société civile, les conditions de détention à la prison centrale de Kangbayi demeurent alarmantes depuis plusieurs années. Le surpeuplement carcéral expose les détenus à des conditions sanitaires jugées préoccupantes. Elle indique également que les fonds destinés à la gestion de l’établissement ne sont pas versés de manière régulière, aggravant davantage la situation.

« La prison de Kangbwayi engorge plus de 2000 détenus aujourd’hui alors que sa capacité d’accueil est de seulement 250. Curieusement parmi eux, il y a ceux qui sont arrêtés soit pour des faits bénins, soit pour des raisons non encore connues. Ce surpeuplement est à la base des cas de maladies et des décès parmi les prisonniers. La prison devient de plus en plus incontrôlable avec des détenus qui sont des criminels, certains des militaires, des ADF, des Mai-Mai et d’autres bandits civils.  Des moyens de fonctionnement ne sont pas régulièrement envoyés à la prison de Kangbayi. Pour l’année 2025, nous l’avons vérifié sur 4 trimestres, les frais de fonctionnement d’un seul trimestre ont été reçus à Beni par le directeur de la prison alors que ladite prison contient des sujets évidemment de tout genre, y compris des criminels », a indiqué le vice-président de la société civile de Beni.

Face à ce constat, la société civile recommande aux autorités nationales de classer la prison de Kangbayi parmi les établissements pénitentiaires devant bénéficier de moyens de fonctionnement trimestriels réguliers. Elle plaide aussi pour un désengorgement urgent de la prison afin de réduire la surpopulation et de limiter les risques sanitaires et sécuritaires.

En 2025, le directeur de la prison avait fait état de plus de 1 200 personnes détenues sans jugement. Comme d’autres établissements pénitentiaires du pays, cette prison enregistre des cas de décès liés aux mauvaises conditions de détention.

Plusieurs rapports d’organisations de défense des droits de l’homme dénoncent la surpopulation carcérale, le manque de nourriture ainsi que les difficultés d’accès à l’eau et aux soins de santé dans différentes prisons du pays. Ces conditions entraînent chaque année la mort de nombreux détenus, dont une majorité se trouve en détention préventive.

Josué Mutanava