RDC : journalistes et défenseurs des droits humains appelés à concilier liberté d’expression et impératif sécuritaire

Presse
Ph. ACTUALITE.CD

Concilier la préservation de la liberté d’expression avec les exigences de sécurité dans le contexte actuel, afin de consolider l’État de droit, renforcer la stabilité politique et promouvoir un développement démocratique durable en République démocratique du Congo : tel était l’objectif d’un café politique ayant réuni, vendredi à Kinshasa, journalistes et défenseurs des droits humains.

La Dynamique des politologues de la RDC (Dypol), en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert (FES), est partie d’un constat : « Considérée comme un droit fondamental, la liberté d’expression est progressivement entravée en RDC par le recul du processus démocratique et par les contraintes liées à la crise sécuritaire. Cette crise menace non seulement l’intégrité territoriale de l’État et la sécurité physique des citoyens, mais constitue également un test crucial pour la vitalité démocratique du pays. Dans ce contexte, une restriction excessive de la liberté d’expression au nom de la sécurité risquerait d’affaiblir les institutions, d’éroder la confiance publique et de compromettre les acquis démocratiques. »

Pour les organisateurs, l’action publique doit privilégier des mesures concrètes protégeant les libertés fondamentales tout en répondant aux impératifs sécuritaires.

« Il s’agit à la fois de maintenir l’espace démocratique ouvert dans un environnement fortement marqué par les impératifs sécuritaires et de responsabiliser chaque acteur — l’État, les citoyens, les journalistes et les défenseurs des droits humains. La prise de parole implique une responsabilité individuelle, tout comme il existe une responsabilité publique dans la protection de cet environnement », a expliqué Ndombo Moleka Christian, coordonnateur national de la Dypol.

Il a rappelé que ce café politique clôture une série d’actions lancées depuis début février, notamment à travers un « policy paper », document réflexif élaboré par des chercheurs, visant à encourager l’État congolais à veiller à ce que la défense de la sécurité nationale ne se fasse pas au détriment des principes démocratiques, dont la liberté d’expression.

De son côté, le représentant résident de la FES en RDC, Constantin Grund, a justifié l’appui de la fondation à cette initiative : « Ce sujet est d’autant plus important que, sur la scène africaine, de plus en plus de pays suivent une tendance autoritaire. En RDC, il est encore possible de maintenir un dialogue ouvert, franc et honnête sur les défis politiques, sociaux et économiques. »

Il a souligné que l’État doit veiller à l’organisation du secteur des médias tout en garantissant la liberté de la presse, notamment dans son rôle de contrôle de l’action publique et de relais des réalités vécues par la population.

Au terme des travaux en panels, plusieurs recommandations ont été formulées.

Aux autorités publiques, il est notamment suggéré d’instaurer un cadre clair et proportionné pour la défense nationale, en définissant précisément ce qui relève du secret de la défense et en distinguant explicitement les informations liées à la sécurité nationale du débat public.

Aux chercheurs, intellectuels et citoyens, il est recommandé de mettre en place des espaces de dialogue sécurisés, tels que des cafés politiques, des forums citoyens et des podcasts, en partenariat avec des universités et des médias communautaires.

Enfin, à l’intention des médias et des organes de régulation, les participants préconisent le renforcement de l’indépendance des instances de régulation, la transparence des nominations, la limitation de l’influence de l’exécutif, ainsi que la garantie de mandats protégés et non renouvelables afin de réduire la pression politique et préserver l’autonomie du secteur. La promotion de la médiation avant toute sanction administrative ou judiciaire a également été recommandée.

Bienvenu Ipan