Dimanche 1er mars 2026. Tandis que les initiatives diplomatiques piétinent, le conflit dans l'est de la République démocratique du Congo continue de produire son lot de destructions, de déplacements et d'atrocités. Un tableau sombre, dressé en une journée, qui illustre l'enlisement d'une crise aux ramifications régionales profondes.
À Kisangani, l'aéroport de Bangboka sous les drones
Quatre drones de type « kamikaze » ont visé dimanche l'aéroport international de Kisangani Bangboka, dans la province de la Tshopo. Les engins ont été neutralisés les uns après les autres par les forces de sécurité entre 15 heures et 19 heures locales, sans faire de victimes, bien que des éclats aient brisé des vitres sur certaines infrastructures. La tour de contrôle n'a pas été affectée. Des habitants vivant à proximité ont quitté temporairement leurs domiciles par précaution.
Le gouverneur de la Tshopo a attribué ces attaques au mouvement AFC/M23 et au Rwanda. Ce n'est pas la première fois que cet aéroport est pris pour cible : une précédente attaque avait déjà été revendiquée par la rébellion fin janvier. Selon l'institut congolais de recherche Ebuteli, ces offensives auraient été menées à l'aide de drones turcs Baykar YIHA-III, tandis que l'armée congolaise dispose, elle, de drones de fabrication turque et chinoise.
À Kibati, les combats reprennent dès l'aube
Les affrontements ont repris ce dimanche matin entre les rebelles de l'AFC/M23 et les Forces armées de la RDC (FARDC) à Kibati, dans le groupement Luberike, territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Des détonations d'armes lourdes et légères se faisaient entendre depuis 10 heures locales. La circulation sur l'axe Mungazi-Kibati-Kashebere est suspendue, et il est encore impossible d'établir un bilan fiable. Ces combats font suite à une offensive lancée samedi par l'armée et ses alliés.
La situation illustre l'impasse dans laquelle se trouvent les deux camps : au-delà des déclarations mutuelles d'accusation de violation du cessez-le-feu, chacun rejette sur l'autre la responsabilité de la poursuite des hostilités. Le gouvernement congolais évoque « l'attitude belliciste » de la coalition RDF/AFC-M23, quand cette dernière, dans un communiqué publié samedi, accuse Kinshasa d'avoir « délibérément décidé de bafouer le cessez-le-feu ». Les processus de paix de Doha et de Washington, appuyés par l'Union africaine et les États-Unis, peinent à produire des effets concrets sur le terrain.
À Uvira, la découverte de fosses communes soulève la question des crimes de guerre
L'une des informations les plus graves de ce dimanche concerne la ville d'Uvira, en province du Sud-Kivu, récemment reprise aux mains de l'AFC/M23 après l'occupation qui avait suivi l'offensive de décembre 2025. Deux fosses communes y ont été découvertes : l'une dans le quartier Kavinvira, à proximité d'un bureau du Programme alimentaire mondial, l'autre au quartier Kilomoni.
Selon le gouvernement provincial du Sud-Kivu, 151 personnes civiles auraient été inhumées dans ces fosses, dont 121 au cimetière de Kavinvira et 30 à Kilomoni. Ces exécutions seraient intervenues à la veille du retrait forcé des éléments de l'AFC/M23 et des forces rwandaises, le 18 janvier 2026. Des équipes spécialisées ont été déployées pour sécuriser les sites, mais aucune exhumation officielle n'a encore été menée.
Les autorités provinciales considèrent ces actes comme des crimes de guerre au sens du Statut de Rome, et estiment que leur ampleur systématique pourrait également relever des crimes contre l'humanité, voire appeler un examen au regard de la Convention pour la prévention du génocide de 1948. Des appels ont été lancés à la communauté internationale pour que ces faits ne restent pas impunis.
La crise humanitaire s'aggrave, le financement manque
Les chiffres publiés par le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) donnent la mesure du drame humain qui se joue dans l'est du pays. En janvier 2026 seulement, 74 000 nouvelles personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, portant le nombre total de déplacés internes à environ 6,47 millions. Plus de 76 % de ces déplacements résultent d'attaques armées.
Dans le seul secteur de Katoyi, au Nord-Kivu, 13 446 personnes issues de villages situés autour du site minier de Rubaya se sont réfugiées dans l'aire de santé de Kibabi depuis le 19 février, s'entassant dans des établissements scolaires reconvertis en centres d'hébergement. La structure sanitaire locale fonctionne sans partenaire d'appui. Les besoins en nourriture, soins et articles ménagers sont criants.
OCHA lance un appel de fonds de 621,9 millions de dollars pour répondre à la crise, dans un contexte mondial de réduction des financements humanitaires.
Sur le plan économique, le FMI veille au programme
À Kinshasa, une délégation du Fonds monétaire international conduite par l'administrateur du Groupe Afrique III, Régis O. N'sonde, a été reçue jeudi par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Les échanges ont porté sur l'avancement du programme triennal conclu entre la RDC et l'institution de Bretton Woods, combinant Facilité élargie de crédit et Facilité pour la résilience et la durabilité. Le représentant du FMI a indiqué que le programme « reste sur la bonne voie », tout en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts de mobilisation des recettes domestiques. L'institution pointe la masse salariale publique comme un risque budgétaire majeur, en forte hausse notamment dans les secteurs de l'éducation, de la santé et de la justice.
En marge du conflit, quelques nouvelles sportives
Sur un registre différent, le Tout Puissant Mazembe a dominé le Lubumbashi Sport 2-0 ce dimanche au stade Frédéric Kibassa Maliba, confortant sa position de leader provisoire de la phase préliminaire de la LINAFOOT avec 52 points en 22 matches. En basketball, la sélection nationale masculine a subi une sévère défaite face à la Côte d'Ivoire (59-96) samedi, lors des éliminatoires du Mondial FIBA 2027. Les Léopards affrontent ce dimanche le Sénégal, pays hôte, dans un match décisif pour éviter la dernière place de leur groupe.