Comme depuis le début de la procédure devant la Haute Cour militaire, la défense du lieutenant-général Philémon Yav Irung continue de dénoncer un dossier dépourvu de preuves à l’encontre de son client, poursuivi pour trahison, participation à un mouvement insurrectionnel et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline.
A l’audience de ce mardi 27 janvier consacrée à l’audition des renseignants convoqués à la demande de l’auditeur général, Maître Parfait Kanyanga, coordonnateur du collectif des avocats de la défense, a déploré la poursuite de son client sans éléments de preuve probants. Il s’est dit surpris par de telles pratiques à l’encontre d’un officier général qui, selon lui, a consacré toute sa vie à la défense de la patrie et de son intégrité territoriale.
"Le ministère est dans les nuages. Nous sommes en train d’instruire une affaire qui n’a ni tête ni queue, si ce n’est que des affabulations dépourvues de tout fondement. Nous instruisons sur des rumeurs. Lorsque vous vous appuyez sur des témoignages fragiles, que l’on considère comme des rumeurs, le juge ne peut pas tirer sa conviction sur des rumeurs, sur des livres, sur des affabulations, sur du « j’ai entendu dire ». Il est en train de forcer de grands responsables, des généraux, à venir ici pour les traiter comme des petits et parler de constance, alors qu’il y a de l’inconstance dans tous les renseignements présentés ici", a dénoncé la défense.
Évoquant un principe fondamental du droit, selon lequel il appartient à l’accusateur d’apporter la preuve des faits qu’il allègue, Me Parfait Kanyanga s’est dit profondément surpris de voir son client accusé de collusion avec l’ennemi. Il soutient que le message reçu, émanant d’un numéro inconnu, faisait référence aux FDLR et non à un quelconque plan hostile contre le pays, et qu’il avait également été reçu par un autre officier des FARDC (NDLR : feu général Peter Cirimwami).
Selon l’avocat, si le général Philémon Yav avait nourri de mauvaises intentions, il n’aurait jamais évoqué ce message avec un autre officier général des FARDC, venu précisément se plaindre auprès de lui car accusé d’être à l’origine de l’utilisation des FDLR dans le but de déstabiliser la sécurité du Rwanda.
"Nous pensions qu’il y aurait une constance, des évidences. Mais on vient nous dire que même celui qui devait écrire et produire les rapports, les comptes rendus, ne maîtrise pas ou n’a pas entendu les noms de celui qui aurait envoyé le message. Et ce message n’est ni prouvé, ni établi, ni corroboré par des témoignages ou autre chose. Peut-on vraiment insister là-dessus ? Pour ce qui nous concerne, la défense reste dans l’attente que le ministère public apporte la preuve de ses allégations, selon lesquelles notre client aurait reçu ce message", a indiqué le chef du collectif de la Défense.
Relevant l’incapacité des renseignants à préciser l’identité de l’expéditeur du prétendu message en provenance du Rwanda, la défense note plusieurs incohérences. Certains renseignants évoquent le général James Kabarebe, tandis que d’autres parlent de son secrétaire particulier, autant de contradictions qui, selon elle, rendent ces témoignages inconstants et insuffisants pour incriminer leur client.
La prochaine audience est prévue pour mardi 17 février 2026. Le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec l’entourage de James Kabarebe. Depuis 2020, il avait été réaffecté dans l’est de la République démocratique du Congo, où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Cette zone stratégique du dispositif de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Le procès intervient près de trois ans après son arrestation, survenue en septembre 2022.
Surnommé « le Tigre », le général Philémon Yav figure parmi les officiers généraux originaires de l’espace Grand Katanga que certaines personnalités politiques, notamment Joseph Kabila, ancien chef de l’État, citent régulièrement pour illustrer ce qu’elles qualifient de marginalisation des officiers issus de cette région sous le régime du président Félix Tshisekedi. Ces allégations ont toutefois toujours été rejetées par l’armée congolaise précisant que les interpellations et arrestations de certains officiers généraux et supérieurs s’inscrivent strictement dans le cadre de la législation militaire en vigueur.
Clément MUAMBA