Nord-Ubangi : la présence de 3 000 éleveurs Mbororo et leurs bovins plonge la province dans la terreur et accroît l’insécurité

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Nord-Ubangi

La situation sécuritaire dans la province du Nord-Ubangi reste préoccupante en raison de la présence de 3 000 éleveurs Mbororo, accompagnés d’un cheptel bovin estimé à plus de 30 000 têtes, semant la terreur au sein de la population. 

Cette question a occupé une place de choix au cœur des échanges, mardi 3 mars 2026, entre le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens Combattants, Guy Kabombo Muadiamvita, et le ministre d’État en charge du Développement rural, Grégoire Mushail Mutomb, accompagné du gouverneur de province, Jean Bosco Kotongo.

"Nous sommes venus pour un entretien de travail avec le vice-Premier ministre de la Défense, sur demande du président de la République, commandant suprême des armées. Il a souhaité que nous puissions échanger à la suite de ma mission dans la province du Nord Ubangi. Au cours de cette mission, nous avons relevé plusieurs indices d’insécurité, C’est pourquoi nous sommes venus en discuter. Je vais associer Son Excellence Monsieur le Gouverneur de la province afin qu’il puisse apporter des éclaircissements et proposer des pistes de solution au gouvernement central concernant la situation dans sa province", a déclaré le ministre d’État en charge du Développement rural, Grégoire Mushail Mutomb devant la presse à l'issue de la séance de travail.

En présence du chef d’état-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo, le lieutenant-général Jules Banza, les deux autorités sont venues informer le patron de la Défense nationale de la présence de 3 000 éleveurs Mbororo, accompagnés d’un cheptel bovin estimé à plus de 30 000 têtes, semant la terreur au sein de la population.

Les habitants vivent dans une situation cauchemardesque, car les bovins ravagent leurs champs lors de leur passage, les laissant bredouilles. Le gouverneur Jean Bosco Kotongo a évoqué le cas d’un éleveur Mbororo qui aurait poignardé un jeune homme de 23 ans ; ce dernier a succombé à ses blessures.

"Il s’agit notamment de la présence des éleveurs communément appelés Mbororo. La présence de ces éleveurs dans notre province, ils sont en train de semer la désolation au sein de notre population. Il faut le dire, ils sont nombreux, on estime leur nombre à environ 3 000 personnes, et leur cheptel dépasse les 30 000 à 35 000 têtes de bétail. Lors de leurs déplacements, leurs troupeaux causent d’importants dégâts : destruction des champs, pertes de récoltes et préjudices subis par les populations civiles. Cette situation engendre de graves problèmes de sécurité. Récemment, un incident a également été signalé : un jeune homme de 23 ans a été poignardé par l’un de ces éleveurs et il a succombé de ses blessures et nous pensons qu'à l’occasion du passage du ministre d’État chargé du Développement dans notre province, nous comptons lui faire un rapport détaillé sur la situation", a fait savoir le gouverneur du Nord Ubangi à l'issue de l'entretien.

Préoccupé par la gravité de la situation, rapporte sa cellule de communication, le Vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita, a promis d’en faire rapport au Commandant suprême des FARDC, Félix Antoine Tshisekedi et de prendre cette question à bras-le-corps. Il a également alerté le chef d’état-major général sur la nécessité d’un redéploiement urgent des unités afin de rétablir la quiétude dans cette partie du pays. 

"Le dossier a déjà été transmis au gouvernement central, et le président de la République a décidé que nous rencontrions le vice-Premier ministre de la Défense afin d’en discuter. C’est donc la question de la présence des Mbororo et des problèmes qui en découlent qui nous a conduits ici. Nous avons échangé avec le vice-Premier ministre de la Défense, et je pense que des solutions sont en cours d’élaboration afin de déterminer les mesures à prendre pour éradiquer ce phénomène" a plaidé le gouverneur du Nord Ubangi à l'issue de l'entretien. 

Les Mbororo constituent un sous-groupe du peuple Peul, traditionnellement éleveurs nomades et marchands. Ils migrent notamment vers le sud du Niger, le nord du Nigeria, le nord-est du Cameroun et le sud-ouest du Tchad. Depuis plusieurs années, ces éleveurs armés ont également envahi les provinces du Bas-Uélé et du Haut-Uélé, au nord de la République démocratique du Congo. Leur présence représente un réel danger pour les populations autochtones de ces contrées.

La présence des éleveurs étrangers Mbororo au Nord-Ubangi, souvent évoquée jusque-là dans les provinces du Haut-Uélé et du Bas-Uélé, constitue une menace pour les populations locales. L’évocation de leur présence dans la province du Nord-Ubangi relance une nouvelle fois le débat sur la sécurité et la gestion des frontières en République démocratique du Congo, dans un contexte où le pays fait déjà face à l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, qui administre de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.

L’année dernière, le Vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, avait présidé une réunion ministérielle du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale, au cours de laquelle il avait annoncé la tenue, à Kinshasa, d’un forum stratégique sur l’évolution préoccupante du mouvement des éleveurs transhumants Mbororo.

Ce forum, précisait le cabinet du patron de la sécurité congolaise, devait également aborder la problématique liée à l’activisme des groupes armés dans les zones frontalières entre la République centrafricaine, le Tchad, le Cameroun et la RDC. Il visait ainsi la définition d’une approche régionale concertée afin de restaurer durablement la paix dans ces espaces transfrontaliers fragilisés. Jusqu’à ce jour, cependant, ces travaux peinent à se concrétiser.

Clément MUAMBA