L’accord de paix Washington signé le 27 juin et entériné le 4 décembre 2025 par les présidents Congolais et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, en présence de Donald Trump connaît « des désaccords et des retards dans la mise en œuvre des mesures convenues ». C’est ce qu’a noté le groupe d’experts des Nations-Unies, dans son rapport mi-parcours, consulté par la rédaction de ACTUALITE.CD. Il explique ces désagréments par le fait pour Kinshasa et Kigali « d’interpréter différemment l’accord de paix de Washington », soulignant la responsabilité de la neutralisation des FDLR et le retrait des éléments de l’armée rwandaise du sol congolais, deux des points divergents entre la RDC et le Rwanda.
« La République démocratique du Congo et le Rwanda ont continué à interpréter différemment des dispositions essentielles de l’Accord de Washington, ce qui a entraîné des désaccords et des retards dans la mise en œuvre des mesures convenues. L’un des principaux points de discorde était l’enchaînement des mesures décrites dans le concept général d’opérations, notamment la synchronisation des échéances, la responsabilité de la neutralisation des FDLR et le retrait de la Force de défense rwandaise (FDR) du territoire congolais », lit-on.
Et comme le Rwanda refuse de s’exécuter, Kinshasa continue de dénoncer sa mauvaise foi à ne pas observer l’accord de Washington, poursuivant son soutien en faveur de l’AFC/M23, qui occupe plusieurs localités dans les Nord et Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État des Affaires étrangères Congolaise, a exigé de l’Union africaine de répondre efficacement au lieu de simples appels à la retenue face à l’escalade persistante dans l’Est, suite à l’activisme de la rébellion, appuyée par le Rwanda.
Dans son exposé présenté ce lundi 29 décembre 2025, lors de la 1321ᵉ réunion ministérielle du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, elle a insisté sur la violation de l’accord de Washington qui avait pourtant suscité l’espoir de paix.
« L’Accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 par les Chefs d’État de la République Démocratique du Congo et de la République du Rwanda, sous la facilitation des États-Unis d’Amérique, portait l’ambition claire de créer une dynamique de désescalade, de cessation des hostilités et de stabilisation durable dans la région des Grands Lacs. Or, moins de vingt-quatre heures après sa signature, cet Accord faisait déjà l’objet de violations graves et répétées. Des bombardements, l’utilisation de drones explosifs et des avancées coordonnées de la coalition RDF/AFC-M23 ont été signalés et documentés, entraînant l’entrée et la présence armée de la coalition RDF/AFC-M23 à Uvira, dans la plaine de la Ruzizi ainsi que sur plusieurs axes stratégiques du Sud-Kivu», a dénoncé la cheffe de la diplomatie congolaise.
Le Burundi a porté de l’eau au moulin de la RDC. Dimanche dernier, son ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a accusé le Rwanda de poursuivre une « occupation » de territoires dans l’est de la République démocratique du Congo, en violation, selon lui, de l’accord de Washington, a-t-il déclaré dans des propos diffusés publiquement.
Ces déclarations interviennent alors que le gouvernement congolais a dénoncé, dans un communiqué daté du 31 décembre 2025, la poursuite de ce qu’il qualifie d’« occupation illégale » et d’« extension territoriale délibérée » par des forces rwandaises dans l’est de la RDC, notamment autour de la ville d’Uvira et de ses environs.
Selon ce communiqué, les autorités congolaises évoquent une progression vers le sud et l’arrivée de « trois nouveaux bataillons rwandais » positionnés sur les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi et de Mwenga, sous couvert du groupe Twirwaneho. Kinshasa affirme que ces mouvements traduisent une manœuvre militaire planifiée visant une avancée vers Fizi puis l’axe stratégique de Kalemie, dans la province du Tanganyika.
Le gouvernement congolais affirme également que ces opérations ont entraîné un lourd bilan humain, évoquant plus de 500.000 déplacés et plus de 1.500 civils tués depuis début décembre sur l’axe Kamanyola–Uvira, selon des informations de la société civile consolidées par des sources humanitaires et corroborées par les services de l’État.
Les Etats-Unis, qui se félicitent d’avoir mis fin à la guerre en RDC, à travers plusieurs sorties médiatiques de leur président Trump, font visiblement la sourde d’oreille aux cris de Kinshasa qui tient à la voie diplomatique pour la résolution du conflit, vieux de plus de trente ans.
Samyr LUKOMBO