RDC: "Si aujourd’hui nous avons du recul en termes de cotation dans les classements de RSF, c’est plus de l’action du M23 qui reproduit les méthodes du Rwanda "(Patrick Muyaya)

Photo d'illustration
Patrick Muyaya

L’organisation congolaise Journaliste en danger (JED) a remis officiellement au ministre de la communication et médias Patrick Muyaya son Prix de la liberté de la presse 2025 décerné par Reporter sans frontières (RSF) Suède et son nouveau rapport de 2025 Est de la RDC : des crimes de guerre commis contre la presse" présenté samedi 23 novembre 2025 à l'hôtel Memling à Kinshasa. 

Ce document révèle que la crise sécuritaire et humanitaire persistante dans l’Est de la RDC n’a pas épargné les journalistes et les médias, pris en étau entre les différents groupes armés. Pour JED, l’administration Tshisekedi comme la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda, portent une responsabilité directe dans la dégradation des conditions de travail des journalistes en RDC, faisant du pays l’un des environnements les plus hostiles du continent pour la liberté d’informer.

Pour le ministre de la communication et des médias Patrick Muyaya, le fait pour JED de venir lui remettre son prix reçu en Suède est une preuve de la bonne collaboration entre le gouvernement et cette organisation de défense des journalistes. Le porte-parole du gouvernement estime que si la RDC a perdu des points au niveau international c'est suite aux actions de la rébellion de l'AFC/M23 qui selon lui imite les actions de son géniteur le Rwanda. 

"Je suis désolé, mais je n’ai pas l’impression que tous ceux qui ont entendu parler de ce rapport l'ont lu. Les commentaires qui ont été relayés nous ont surpris parce que, cet après-midi d’ailleurs, j’ai reçu Tshivis Tshivuadi qui est venu me remettre le prix que JED a reçu en Suède pour le travail qu’ils font en termes de protection de journalistes. Il est venu me le remettre. Je pensais qu’il venait me le présenter, mais il me l’a remis pour me dire : « Monsieur le ministre, ce prix est aussi le vôtre pour le sens de l’engagement que vous manifestez depuis que vous êtes à la tête du ministère et les progrès que nous accomplissons. »" a réagi Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement lors d'un briefing presse organisé mercredi 26 novembre 2025

Et de poursuivre :

"Et si vous regardez l’intitulé du rapport, le rapport parle de l’Est de la RDC. Et donc, si aujourd’hui nous avons du recul en termes de cotation dans les classements de Reporters sans frontières, c’est plus de l’action des supplétifs qui reproduisent les méthodes du père. Vous connaissez le père : le Rwanda ; le fils : le M23. Et les méthodes du père sont connues : il n’y a pas de liberté, il n’y a pas d’espace pour les journalistes. Et donc maintenant, vouloir faire une allusion ou des comparaisons, ou une juxtaposition des situations.Je ne suis pas sûr que ce rapport a été bien lu"

Pour le porte-parole du gouvernement, depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuel Chef de l'État, les autorités et les journalistes travaillent ensemble pour garantir un meileur environnement du travail

"Jamais avant 2019 nous avons eu un président de la République aussi engagé aux côtés des professionnels des médias. Il est venu plus d’une fois à la célébration de la Journée de la presse, il a ouvert les travaux des États généraux, et il a toujours été attentif pour nous accorder son soutien. Il est même venu à un briefing, le président de la République. Alors, de quoi on parle ? On veut faire une petite photographie parce que, très souvent, comme nous évoluons dans un contexte où, pour certains, il faut à tout prix ressortir les côtés noirs, on veut ignorer les progrès que nous avons faits, notamment sur la loi  la nouvelle loi sur la presse que vous avez baptisée « loi Muyaya » en termes de protection des journalistes, en termes d’adaptation du cadre" a fait remarquer le porte-parole du gouvernement. 

S'agissant du cas de la chaîne Al Jazeera, il a révélé que des contacts ont été établis avec les responsables de la chaîne et les contenus des échanges ont été versés auprès de JED. Selon lui, il existe des avancées notamment avec la nouvelle loi de la presse et il dénonce une mauvaise interprétation de ce rapport

"Et donc, à un certain moment, nous-mêmes faisons un effort pour reconnaître lorsqu’il y a des progrès, et pour dire lorsqu’il y a des défis. De toute évidence, aujourd’hui, nous savons que la sécurité des journalistes est un défi, surtout dans les parties sous occupation. Je vais terminer en rappelant que le travail que JED fait est un travail qui peut aussi faire l’objet de critiques. J’ai vu qu’on nous a critiqués, par exemple, sur la sanction qu’on a infligée à Al Jazeera. Et d’abord, sur ce sujet, j’ai vu aussi que beaucoup, soit veulent rester dans la polémique, soit ne veulent pas lire pour être sérieux", a fait savoir le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya

Et d'ajouter :

"La sanction d’Al Jazeera a été prise parce qu’ils ont donné la parole à une propagandiste qui n’était pas connue comme journaliste, ni répertoriée par eux-mêmes, Al Jazeera, comme journaliste, ni par nous dans les lots de journalistes accrédités. Et on a pris une sanction qui durait un temps précis. Et Al Jazeera. J’ai reçu les responsables d’Al Jazeera en marge de la visite de L'émir. Ils nous ont écrit une lettre  je ne voudrais pas en donner le contenu ici mais je crois que le message que nous avions passé était bien compris. Nous l’avons partagé avec JED"

Dans son rapport 2025, l’ONG Journaliste en Danger (JED)a tiré la sonnette d’alarme sur la situation catastrophique de la liberté de la presse en République démocratique du Congo. Selon les données du rapport, les chiffres sont glaçants : 2.670 violations graves enregistrées contre les professionnels des médias depuis les années Kabila jusqu’à l’ère Félix Tshisekedi.

Le rapport a évoqué des journalistes tués, portés disparus, emprisonnés, agressés, médias détruits. Alors que la situation est préoccupante dans les zones gérées par les autorités gouvernementales avec plusieurs menaces du CSAC et dirigeants politiques, c’est dans l’Est du pays que la presse vit désormais l’enfer. Des zones en proie aux conflits armés et à l'activisme de la rébellion de l'AFC/M23, JED parle de “crimes de guerre commis contre la presse”.

La publication de ce rapport intervient en marge de la 12ᵉ Journée internationale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes, instaurée par la résolution de l’ONU adoptée le 2 décembre 2013, en hommage aux journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlon, assassinés le 2 novembre 2013 à Kidal, au Mali.

Clément MUAMBA