Consécutivement au rapport publié par l'Organisation internationale des droits humains Human Rights Watch révélant une dizaine de cas de disparition forcée d'opposants à Kinshasa, attribués au Conseil National de Cyberdéfense (CNC) pour des raisons «fallacieuses», l'ONG congolaise Justicia Asbl appelle le président de la République «à initier une enquête indépendante sur les dérapages d’un service relevant exclusivement de son autorité».
Dans un communiqué, Justicia Asbl se félicite de cette révélation de HRW qui vient donner de l'eau à son moulin pour ses différentes dénonciations de ce service qui, d'après lui, «n’avait pas le droit d’enlever des citoyens, ni de les détenir dans des cachots clandestins».
Tout en invitant le président Tshisekedi à autoriser la libération «immédiate et sans condition de toutes les personnes enlevées et détenues injustement par le CNC», l'organisation des droits de l'homme exprime ses inquiétudes contre des pratiques qu'elle qualifie de barbares et quasi terroristes que des opposants politiques, militants des droits humains et journalistes subissent «sur fond purement politique que sécuritaire».
«Au fur et à mesure que le débat politique se cristallise autour d’un projet supposé de changement de la constitution en vue de faciliter un troisième mandat de l’actuel Chef de l’Etat, Justicia Asbl craint que le Conseil National de la Cyberdéfense ainsi que la justice ne soient instrumentalisés pour faire taire les voix critiques et qui s’opposent à ce projet qui donnerait un dernier coup fatal à une démocratie encore jeune et balbutiante», redoute cette organisation.
Dans un rapport consulté par ACTUALITÉ.CD, mercredi, HRW accuse le gouvernement congolais d'user du Conseil national de Cyberdéfense (CNC) pour procéder à des arrestations et à des détentions d’opposants politiques, à travers les forces de sécurité depuis mars 2025. Cet organe rattaché à la présidence de la République les a arrêtés et détenus de manière arbitraire, indique le rapport, qui invite les autorités de Kinshasa à rendre au moins compte de ces personnes introuvables, mieux les présenter devant leur juge naturel.
L'une des figures de l'opposition, Parole Kamizelo, arrêté puis retrouvé dans les locaux du CNC où, à travers une vidéo virale, il est filmé forcé de demander pardon au chef de l'État sur des propos jugés offensants à son égard. Il est condamné à deux ans de servitude pénale principale par le Tribunal de paix de Kinshasa/Ngaliema, pour offense au chef de l'État.
Entre décembre et janvier, des opposants, dont des fidèles à l'ancien chef de l'État Joseph Kabila, ont été arrêtés de nuit lors d'opérations similaires à domicile, à Kinshasa. Ils ont été ensuite tous portés disparus, d'autres retrouvés au Conseil de Cyberdéfense avant d'être transférés devant les instances judiciaires, d'autres toujours dans le secret, à l'instar d'Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, respectivement Secrétaire permanent et vice-président du PPRD, ancien parti au pouvoir.
Samyr LUKOMBO