Le Dr Denis Mukwege a accusé jeudi le Rwanda d’exercer « une annexion de fait » sur des territoires de l’Est de la République démocratique du Congo et dénoncé les processus diplomatiques de Washington et de Doha, qu’il juge incapables de mettre fin au conflit et motivés par des « intérêts économiques étrangers ».
Dans une déclaration particulièrement sévère, le prix Nobel de la paix estime que les initiatives de paix actuelles, élaborées « dans des capitales étrangères, sans transparence ni inclusion », s’inscrivent dans une longue histoire de décisions imposées au Congo « au mépris des aspirations de son peuple ».
Selon lui, l’accord-cadre de Doha « n’offre ni mécanismes contraignants, ni calendrier précis, ni garanties de mise en œuvre » alors que, malgré la signature de deux protocoles, « le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC) ont poursuivi des opérations offensives et enfreint le cessez-le-feu ».
Mukwege dénonce également un « déficit de participation et de transparence » dans les processus en cours, qu’il qualifie d’« opaques », « bilatéraux alors que la crise est régionale », et « contraires au droit international » dans la mesure où ils « tendent à normaliser une agression armée ».
Il insiste sur le fait que la signature de l’accord de Doha intervient alors que « le Rwanda n’a pas retiré ses troupes du territoire congolais » et « continue de diriger les opérations du M23 dans les zones occupées », en violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le médecin congolais affirme que les forces du M23/AFC « étendent leur contrôle sur les Kivu » et imposent « un régime arbitraire fondé sur la peur et la violence », citant notamment le massacre de 22 civils à Irhambi/Katana dans la nuit du 23 au 24 novembre. Il y voit la preuve d’une stratégie du « talk and fight », consistant à négocier tout en avançant militairement.
Pour Mukwege, les Provinces du Nord- et du Sud-Kivu « s’apparentent aujourd’hui à une annexion de fait », le Rwanda exerçant « une autorité illégale » contraire à la Charte de l’ONU et au droit des peuples à disposer de leurs richesses naturelles. Il accuse également des acteurs économiques étrangers de contribuer à « normaliser » cette situation « en raison de leur intérêt pour les ressources minières ».
Mukwege estime que le peuple congolais est « pris entre le marteau et l’enclume, coincé entre un gouvernement dont l’irresponsabilité compromet la souveraineté nationale et un Rwanda stratège et criminel ». Il appelle à « des sanctions fortes » pour garantir le retrait des forces étrangères et à l’inclusion des populations locales dans tout processus de paix.
« Tant que les intérêts économiques primeront sur les droits humains et la souveraineté, aucune paix véritable ne pourra s’installer », prévient-il, appelant les Congolais à « recouvrer leur dignité et prendre en main leur destin ».