La crise financière marquée généralement par des coupes budgétaires au niveau international depuis l'arrivée de l'administration Trump impacte négativement le travail de la mission de l'ONU en RDC. C'est ce qu'a révélé ce mardi 9 septembre 2025 à Genève en Suisse la Cheffe de la MONUSCO, Bintou Keita dans son intervention à la 60e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme.
Bintou Keita a révélé que cette situation a entraîné une réduction des déploiements sur le terrain, perturbé l’assistance technique dans des domaines essentiels tels que la justice transitionnelle et la lutte contre l’impunité y compris l’expertise médico-légale et limité le soutien onusien aux institutions congolaises.
« La crise financière actuelle qui touche les Nations Unies a considérablement compromis notre capacité à remplir notre mandat en matière de droits humains. Elle a entraîné une réduction des déploiements sur le terrain, une interruption de l'assistance technique dans des domaines cruciaux tels que la justice transitionnelle et la lutte contre l'impunité, y compris l'expertise médico-légale, et un soutien limité aux institutions nationales. Cette pression financière menace d'anéantir les progrès durement acquis en matière de protection des droits humains, de responsabilisation et de gouvernance démocratique », a déclaré Bintou Keita lors de son intervention en présence des États membres et délégués du gouvernement congolais.
La cheffe de la MONUSCO a évoqué l'impact de la crise financière dans l'assistance humanitaire. À l'en croire, les femmes et les filles sont parmi les premières victimes de cette situation.
« La situation des victimes de violences sexuelles, particulièrement celle des femmes et des filles, me préoccupe profondément car le nombre de cas augmente tandis que l’assistance ne fait que diminuer. La situation humanitaire n’est guère meilleure. Plus de 8 millions de personnes déplacées peinent à recevoir l’assistance humanitaire à cause de l’insécurité et du manque de ressources. Et l’on déplore la perte d’au moins 13 travailleurs humanitaires depuis janvier 2025 », a-t-elle souligné.
Entre mai et juin de l'année en cours, les Nations Unies ont annoncé une réduction drastique de leur plan d’aide humanitaire mondial pour l’année 2025, en raison des " coupes budgétaires les plus importantes jamais opérées". Selon un communiqué du Bureau de coordination de l’aide humanitaire de l’ONU (OCHA), le nouveau plan de 29 milliards de dollars pour 2025, contre les 44 milliards demandés à l’origine, doit " hyper-prioriser " l’aide pour 114 millions de personnes.
Cette baisse considérable de l’aide intervient alors que les conflits dans le monde se multiplient, certaines zones étant particulièrement vulnérables, à l’instar du Soudan, de la République démocratique du Congo, du Myanmar ou de Gaza, qui est confrontée à un risque « critique » de famine, selon un rapport paru en mai dernier.
Lancé en février dernier par le gouvernement et la communauté humanitaire, le plan de réponse humanitaire 2025 pour la République Démocratique du Congo (RDC) est chiffré à 2,54 milliards de dollars américains. Cette enveloppe cruciale vise à fournir une aide vitale à 11 millions de personnes dont 7,8 millions de déplacés internes, l’un des niveaux les plus élevés au monde parmi les 21,2 millions de Congolais affectés par des crises multiples : conflits armés, catastrophes naturelles et épidémies. Selon les chiffres actualisés de l'ONU, ce plan est actuellement financé à moins de 15 %, avec seulement 376 millions de dollars reçus à ce jour.
Le lancement du Plan de réponse aux besoins humanitaires pour la RDC (2025) intervenait dans un contexte particulier de polycrise multidimensionnelle d’une ampleur inédite, qui combine trois éléments déstabilisateurs majeurs : d’une part une spirale de violence qui s’étend de l’Ituri au Tanganyika ; d’autre part la présence d’une autorité de facto dans des zones clés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, deux provinces où les besoins humanitaires sont très importants ; et enfin une crise majeure du financement de la réponse humanitaire.
Clément MUAMBA