Accord de Washington : la neutralisation des FDLR et le retrait des troupes rwandaises à la base du retard et blocage dans sa mise en œuvre deux mois après la signature (Baromètre des Accords de Paix en Afrique)

Signature de la déclaration de principe par les MAE congolais et rwandais à Washington
Signature de la déclaration de principe par les MAE congolais et rwandais à Washington

Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique, en tant que groupe d'experts indépendants, a dévoilé un rapport d'évaluation sur la mise en œuvre de l'accord de paix de Washington signé entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda sous la médiation des États-Unis d'Amérique.

Ce rapport qui couvre la période allant de fin juin à fin août soit deux mois après sa signature révèle un faible niveau d'exécution des engagements. Si quelques tâches enregistrent une progression moyenne,la majorité sont au point mort. Occasion pour le Baromètre des Accords de Paix en Afrique de dévoiler les retards et blocages à la base de cette situation.

Selon le rapport consulté par ACTUALITE.CD jeudi 28 août, les tâches les plus sensibles et urgentes prévues par l’Accord, notamment la neutralisation des FDLR et le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, n’ont fait l’objet d’aucun commencement d’exécution. Et ce, alors même que le calendrier officiel de l’Accord (y compris le CONOPS) en fixait l’achèvement complet au plus tard le 3 août 2025. 

À titre d’illustration, le baromètre relève notamment :

• la localisation et identification des FDLR, confiée à la RDC et au JSCM, devait être menée entre le 4 et le 19 juillet 2025 (soit 7 à 15 jours après la signature de l’Accord); 

• la mise en œuvre du plan harmonisé de neutralisation des FDLR, prévue pour le 27 juillet 2025, soit 30 jours après la signature, à la charge de la RDC et du JSCM ;

• la neutralisation effective des FDLR, programmée entre le 24 juillet et le 3 août 2025 (soit 20 à 30 jours après la signature);

• le plan harmonisé de désengagement des forces rwandaises devait être mis en œuvre par le Rwanda au plus tard le 27 juillet 2025, soit 30 jours après la signature;

• le retrait des troupes rwandaises (ou levée des mesures défensives), planifié entre le 24 juillet et le 3 août 2025 (soit 20 à 30 jours après la signature).

Causes des retards

Selon le rapport, les retards observés dans l’exécution des tâches susmentionnées peuvent s’expliquer, en partie, par les facteurs suivants : • Mise en place tardive du JSCM, chargé de piloter et superviser l’implémentation des plans harmonisés relatifs à la neutralisation des FDLR et au désengagement des forces ou à la levée des mesures défensives rwandaises du territoire congolais. "Malheureusement, sa réunion inaugurale,tenue les 7 et 8 août 2025, n’a pas abordé ces deux questions clés. Elles pourraient figurer à l’ordre du jour de la prochaine rencontre prévue début septembre. Toutefois, ce report pourrait soulever des interrogations sur la pertinence d’un rythme mensuel des réunions du JSCM. Étant donné l’urgence et la complexité des dossiers, une fréquence plus rapprochée des rencontres aurait semblé plus appropriée afin d’accélérer leur examen et la prise de décisions" explique le rapport.

• Divergence d’interprétation des engagements, car une confusion persiste dans l’interprétation des clauses relatives à la neutralisation des FDLR et au désengagement des forces ou à la levée des mesures défensives rwandaises.

"Le Rwanda estime que le retrait de ses troupes doit intervenir uniquement après la neutralisation effective des FDLR par la RDC. En revanche, la RDC considère que ces deux actions doivent être menées simultanément, conformément à l’esprit de l’Accord.Cette divergence d’interprétation crée une zone d’ambiguïté qui freinerait l’élan vers une exécution plus rapide de ces engagements" ajoute le rapport.

• Évolution du contexte sécuritaire sur le terrain : selon le rapport, la clause sur la neutralisation des FDLR semble désormais en décalage avec la réalité sur terrain. Entre l’adoption du CONOPS (en octobre 2024) et la signature de l’Accord de Paix de Washington (en juin 2025), la situation sécuritaire a changé : 

Plusieurs zones initialement ciblées pour les opérations de neutralisation des FDLR sont désormais passées sous le contrôle de l’AFC-M23, soutenu par le Rwanda. Cette nouvelle configuration du contrôle territorial pourrait limiter concrètement la capacité du gouvernement congolais à mener directement les actions qui lui incombent selon l’Accord.

Par ailleurs, selon le rapport d'évaluation, certaines parties prenantes perçoivent à tort le processus de paix de Doha (entre le gouvernement congolais et l’AFC-M23) comme distinct de celui de Washington (entre la RDC et le Rwanda). En réalité, le processus de Doha s’inscrit dans la continuité de celui de Washington. Ainsi, tout blocage ou retard dans les discussions de Doha pourrait avoir un impact direct sur la mise en œuvre de certaines dispositions de l’Accord de Washington, telles que l’intégration conditionnelle des membres de l’AFC-M23 au sein des forces armées et de la police nationale de la RDC.

Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique est une plateforme indépendante dédiée au suivi, à l'évaluation et à la promotion de la mise en œuvre effective des accords de paix en Afrique, en commençant par l'Accord de Paix de Washington. Établi en août 2025, Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique part du constat que de nombreux accords de paix en Afrique ont échoué, non pas en raison de leur contenu, mais faute d’un suivi rigoureux de leur application. 

En l’absence d’un mécanisme objectif permettant de mesurer le respect des engagements, chaque partie reste libre d’affirmer sa conformité à l’accord ou d’accuser l’autre de l’avoir violé. Loin de se substituer aux mécanismes officiels de suivi de la mise en œuvre de l’accord de paix établis par l’Accord lui-même, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique fournit des données fiables, actualisées et factuelles sur l'état d'avancement des engagements de paix pris par les parties.

L'accord de Washington comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir de groupes armés comme les FDLR ou le M23/AFC. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024.

Sur le plan économique, l’accord entend renforcer la coopération bilatérale autour de projets communs, notamment dans l’hydroélectricité, la gestion des parcs nationaux et la traçabilité des minerais. Il s’appuie sur les cadres régionaux existants – CIRGL, COMESA, EAC – pour favoriser l’intégration économique et lutter contre les circuits illicites. Les États-Unis sont également appelés à jouer un rôle accru en tant qu’investisseurs dans les filières stratégiques.

Clément MUAMBA