Conflit à Kwamouth: les déplacés racontent 

Photo/ Actualité.cd
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Depuis juillet 2022, un conflit intercommunautaire a émergé entre les Teke et Yaka à Kwamouth dans la province du Mai Ndombe suite à un désaccord sur la redevance coutumière fixée par les autorités traditionnelles Teke. Cette situation a provoqué une détérioration brusque de la situation humanitaire et sécuritaire. Les affrontements entre ces communautés ont entraîné des pertes en vies humaines, des blessés, des violations des droits humains, des incendies de maisons, d'écoles, de structures sanitaires, des pillages de biens et des moyens de subsistance. 

La femme d'Actualités.cd a échangé avec quelques survivants de ces violences, logés à l'école Nzamu dans la commune de Maluku.

Ils sont 30 familles au total et les habitants de Maluku les identifient à des "immigrants". Pour eux, ils sont tous identiques.

À Kwamouth, j'avais des champs et des chèvres, qui me permettaient de subvenir à mes besoins. Mais tout a basculé depuis notre départ de Mai Ndombe. J'essaie de faire des petits travaux ménagers pour m'en sortir, confie Mamy la trentaine révolue. 

Le 14 septembre 2022 reste un jour inoubliable dans sa mémoire

"Cette nuit-là, ils se sont introduits dans la maison de mon grand-père où se cachaient mes parents, mon mari, mes 6 enfants et moi. Ils ont tué mes grands-parents et mes parents avant de tirer sur mes deux fils aînés. J'ai reçu un coup de machette, et je saignais à mon épaule gauche. Malgré mon état, j'ai réussi à m'échapper avec les autres enfants. Dans la recherche d'une voie de sortie vers Kinshasa, une de mes filles a rendu l'âme. J'ai continué la route avec les 3 enfants restants et l'avant-dernier nous a quittés une semaine après notre arrivée, poursuit Mamy, les yeux embués de larmes."
 
Dans ce désarroi, la victime tente de s'accrocher

"Je suis obligée d'être forte pour mes enfants, obligée d'oublier le passé pour survivre, obligée d'oublier que j'avais une famille que je n'ai plus, obligée d'oublier le cadavre de ma fille que j'ai abandonné sur la route comme celui d'une inconnue, obligée d'oublier d'où je viens."

À côté d'elle se trouve Mado, une mère d'environ 46 ans qui exprime sa rage contre le gouvernement congolais.

"A notre arrivée à la commune de Maluku, on nous avait promis un soutien financier. Les trois premiers mois, on nous donnait régulièrement à manger. Mais depuis, nous n'avons plus accès à l'eau potable, des abris adéquats, des soins de santé primaires ou même de la nourriture. Pour survivre, je fais des travaux d'aide ménagère. Nous avons déjà perdu plus de 10 personnes sur ce site à cause de la faim et des maladies. On dort dans des salles sans portes ni fenêtres et la nuit, lorsque la pluie vient, on s'immobilise avec les enfants dans des coins des salles de classe."

Ces femmes ne croient plus à l'avenir

"On est tous comme des morts vivants, attendant juste que notre heure sonne.On n'en peut plus de cette vie où tout est difficile à trouver. On dort sur des pagnes étalées sur des pavements et dès que les pagnes s'usent, on s'allonge à même le sol ! Combien de personnes ont défilé ici nous promettant de nous venir en aide, mais rien ne change."

Dans la quête du mieux, quelques parents retournent dans leurs villages, mais certains ne reviennent jamais, laissant ainsi les enfants seuls et orphelins. 

Depuis que les violences communautaires ont éclaté, le nombre des déplacés s'élève à 161.000 personnes selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). .


En juin 2023, le conflit s'est élargi jusqu'à la partie méridionale de la province du Kwango (ZS de Boko et de Popokabaka), sans pour autant s'affaiblir dans les territoires précédemment touchés dans les provinces de Mai Ndombe, du Kwilu, du Kwango et de la Ville Province de Kinshasa. .


Nancy Clémence Tshimueneka