RDC-Elections : cinq questions à Joséphine Ngalula sur le faible taux de participation des femmes à l’enrôlement

Photo/ Droits tiers
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Les opérations d’enrôlement sont en cours dans 19 provinces, réparties en deux aires opérationnelles. Il ressort des premiers monitoring que  seule la ville de Kinshasa à enrôlé plus de femmes. Sachant qu’au moins 52% de la population congolaise est féminine, comment la CENI explique-t-elle cette disparité ? Le desk femme d'Actualité.cd a interrogé Joséphine Ngalula, déléguée des organisations de défense des droits des femmes au niveau de la centrale électorale.


Bonjour Madame Joséphine Ngalula. Les résultats du récent monitoring de l'aire opérationnelle 1 & 2 présentés par la CENI démontrent que le taux de participation des femmes est faible par rapport à celui des hommes sur 18 des 19 provinces concernées. Comment expliquez-vous ce contraste?  


Joséphine Ngalula : La CENI avait pris toutes les dispositions pour faciliter l’accès des femmes aux centres d’inscription et d’enrôlement. Les conditions mises en place sont les mêmes que ce soit pour les femmes en milieux urbains ou celles qui sont en milieux ruraux. Il y a par exemple la catégorie des privilégiées qui concernent les femmes enceintes ou celles qui allaitent, ou des personnes vivant avec handicap qui implique également des femmes. Les centres ont reçu l’instruction de leur accorder la priorité. 


Si à Kinshasa, il y a eu un plus grand nombre d’enrôlées, c’est notamment en rapport avec la concentration des institutions publiques. Les femmes ont de plus en plus d’ambitions pour postuler.  A Kinshasa également, les futures candidates mobilisent la population, notamment les femmes pour pouvoir se construire une base. Cependant, en milieu rural, les ambitions ne sont pas les mêmes. Il y a aussi les pesanteurs socio-culturelles qui constituent un obstacle pour les femmes en province. Elles doivent par exemple obtenir l’autorisation de l’époux, de la belle famille ou des parents avant tout déplacement, même pour s’enrôler. 


La population congolaise est à 52% féminine. Ce taux de participation vous inquiète-t-il ? 


Joséphine Ngalula : Oui. Ce faible taux de participation des femmes nous inquiète également au niveau de la CENI. En tant que membre de la plénière de la CENI issue des organisations féminines, nous avons salué les différentes initiatives qui ont été prises pour favoriser l’inclusion et la participation des femmes dans le processus électoral. Mais nous sommes limitées car le reste du travail devrait être réalisé par les organisations de la société civile, entre autres mener des campagnes de sensibilisation au niveau des communautés et regroupements pour stimuler l’intérêt des femmes et accroître leur participation. Nous faisons aussi cela à travers nos cadres de concertation avec les femmes. Plusieurs dispositions ont vraiment été prises en interne. 

L’opération d’enrôlement prend fin ce 17 février au niveau de la première aire opérationnelle mais va se poursuivre au niveau de la deuxième et même de la troisième aire qui comprend 7 provinces, y compris les 5 pays pilotes. Sachant que les milieux à forte concentration féminine sont les marchés et les champs, pensez-vous que la CENI peut créer des centres supplémentaires ? 


Joséphine Ngalula : au stade actuel, il sera difficile à la CENI d’ajouter d’autres centres ou d’en retrancher quelques-uns. Il y a eu toute une opération qui a consisté en la cartographie et des données géospatiales ont notamment été prises en compte. Il sera aussi difficile d’envisager la création des centres d’inscription dans les milieux à forte concentration féminine comme les marchés ou les champs parce que dans ces différents milieux  il n’y a pas une cartographie de la géographie champêtre de chaque village qui ait été effectuée. 


Avez-vous des recommandations ? 


Joséphine Ngalula : il faut augmenter la sensibilisation à l’égard des femmes, qu’elles soient informées de leur droit de choisir les dirigeants du pays, mais aussi pour que ces cartes d’électeurs leur servent de pièce d’identité. Quel les leaders politiques et femmes leaders se rendent au niveau des communautés pour encourager les femmes à s’enrôler. 


Un dernier mot ?  


 Joséphine Ngalula : j’invite les femmes et jeunes femmes à s’enrôler. L’opération d’enrôlement concerne même des jeunes majeurs (nés au plus tard le 31 Décembre 2006). Jouissons de notre droit civil et politique. A ceux qui obligent encore les femmes à se soumettre aux pesanteurs culturelles, qu’ils abandonnent ces cultures et contribuent à ce que les femmes participent massivement à ce processus électoral. 

Propos recueillis par Prisca Lokale