De l'organisation du Tenafep, la mise à la retraite des enseignants, l'évaluation des 100 jours du gouvernement Lukonde, en passant par les manifestations contre la politisation de la CENI, la semaine qui s'achève a été riche en événements. Présidente du cadre permanent de concertation de la femme congolaise (Cafco) dans la province de la Tshopo, Nellas Bauma Kadima revient sur ces faits marquants.
Bonjour Madame Nellas Bauma et merci de répondre à nos questions. La semaine qui s’achève a été marquée par la tenue du Test de fin d’études primaires (TENAFEP) sur l’étendue du territoire national. Comparé à l’édition précédente, le ministère a enregistré une hausse de 5% du taux de participation des élèves et un surplus de plus de 10% de centres. Entre temps, la problématique de la révision du programme scolaire, l’orientation professionnelle, la paie des enseignants fait l’objet des débats publics. Que proposeriez-vous au gouvernement sur ces questions ?
Nellas Bauma : je pense que nous devons saluer la fin de cette année scolaire qui n'a pas été facile avec les mesures de riposte contre la pandémie de la covid-19 qui l'a sérieusement perturbé. Je félicite le gouvernement pour la tenue de ce test de fin d'études primaires dans de bonnes conditions. La hausse du taux de participation des élèves et celui du nombre des centres est un indicateur encourageant, cela est dû notamment à la gratuité de l'enseignement de base et démontre que nous pouvons compter sur une population formée et que progressivement nous devons faire en sorte que les infrastructures scolaires deviennent viables pour que ces élèves puissent étudier dans des bonnes conditions. La révision du programme scolaire est une des priorités de ce secteur afin d'adapter la formation de nos enfants par rapport aux besoins réels de notre développement (il s'agit par exemple de rendre disponibles et viables les bibliothèques dans chaque école). Il faut également organiser un recyclage parmi les enseignants, mettre à leur disposition du matériel didactique approprié et adapté aux NTIC, la maitrise des réels effectifs dans la fonction publique devrait favoriser en même temps l'augmentation des salaires des enseignants.
Au cours de la semaine également, le ministère de l’EPST a procédé au lancement de la cérémonie de mise à la retraite des enseignants à l’école primaire Mokengeli à Kinshasa. Plus de 350 enseignants ont reçu une somme de 2500 $, équivalent à 13 mois de leur salaire mensuel au grade grade élevé comme allocation de fin de carrière assortie d’une garantie de soins de santé et d’une rente de survie mensuel. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
Nellas Bauma : c'est avec une grande satisfaction que j'ai accueilli cette cérémonie, c'est un bon début. Le pays doit être en mesure de remercier sa population pour les bons et loyaux services rendus. Mon souhait est que non seulement cette opération soit perpétuelle, mais qu'elle s'améliore. Un enseignant qui a travaillé durant toutes ces années et qui obtient 2500$, avec le coût de la vie à Kinshasa, n'aura même pas la possibilité de s'acheter un terrain. La mise à la retraite des anciens enseignants est une bonne chose et le gouvernement devrait songer à leur donner des appartements ou des terrains en plus de cette somme.
Le gouvernement est parvenu à un accord avec les médecins mardi dernier, après une grève entamée depuis le 12 juillet sur l’ensemble du pays. De nombreuses fois, le syndicat des médecins a décrété un arrêt des services pour non-respect des promesses tenues par le gouvernement congolais. Quelles sont vos recommandations pour cet accord ?
Nellas Bauma : je salue cet énième accord signé entre le gouvernement et les médecins. Ma seule recommandation est celle de voir chacune des parties, le gouvernement en particulier, respecter ledit accord. En outre, l'idéal serait de voir les corporations des médecins, celles des infirmiers et le personnel administratif négocier ensemble pour éviter le désordre que l'on observe actuellement.
Il y a en même temps reprise des grèves du personnel administratif dans le secteur de la santé parce que « le gouvernement n’a pas entamé jusque-là un dialogue sérieux » avec eux autour de leurs revendications. Que devrait faire le gouvernement selon vous ?
Nellas Bauma : je le redis, le gouvernement devrait négocier avec tous les acteurs du secteur de la santé et pouvoir respecter les accords signés. C'est un moyen d'éviter toute discrimination dans ce secteur et toute division entre les corps de santé.
Mercredi, le gouvernement Sama Lukonde a totalisé 100 jours depuis sa mise en place au mois d’avril. Quel bilan dressez-vous des actions de ce gouvernement en RDC en général et dans la Tshopo en particulier ?
Nellas Bauma : le bilan des 100 jours du gouvernement Sama Lukonde est mitigé. D'une part il y a des avancées significatives dans la stabilisation du cadre macroéconomique, d'autre part les impacts de cette stabilisation dans le social de la population ne sont pas encore effectifs. Le gouvernement semble prendre des bonnes décisions mais elles ne sont pas appliquées à la lettre. Nous espérons aussi que dans les meilleurs délais, la sécurité sera rétablie dans les provinces sous Etat de siège et que des solutions seront trouvées pour l'accès aux services sociaux de base, le panier de la ménagère en particulier. Dans la province de la Tshopo. Il faut saluer le début de la remise en service de l'INERA et de l'IFA Yangambi. Le grand défi à réaliser est la diversification de l'économie, en prêchant sur l'agriculture et la transformation.
Il s’est observé à Kinshasa, des scènes de pillage des magasins indiens suite au décès d’un étudiant congolais en Inde. Le ministre des Affaires étrangères, Lutundula est intervenu pour appeler la population au calme, soulignant que des dispositions sont prises pour éclairer les circonstances de sa mort. Que pensez-vous de cette réaction du gouvernement ?
Nellas Bauma : je regrette sincèrement la mort de ce compatriote et présente mes condoléances à sa famille et ses proches. La réaction du gouvernement a été responsable, en ayant invité l'ambassadeur de l'Inde en RDC afin qu'il fournisse des explications . Le gouvernement a utilisé des bons mécanismes pour avoir les bonnes réponses aux questions et faire entendre ses avis. Le pillage des magasins des indiens est un acte à condamner et il faudrait punir si possible les coupables. La population congolaise a exprimé son indignation face à cet acte. Et il est du devoir du gouvernement d'appeler la population au calme, c'est ce qui a été fait.
Des mouvements citoyens ont manifesté au cours de cette semaine devant le Palais du Peuple afin d'exiger la dépolitisation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et le consensus dans la désignation du président de cette dernière par les confessions religieuses. Des blessés et des arrestations ont été enregistrés à cette occasion. Quel est votre avis sur le manque de consensus entre les confessions religieuses ?
Nellas Bauma : les divergences de vues sur un point donné sont inhérentes aux relations humaines. Cependant, la capacité d'y faire face est beaucoup plus importante. Les responsables des confessions religieuses devraient s'en tenir à l'objectivité et trouver le juste milieu, avec un mécanisme de garantie à mettre en place. Ce n'est pas juste un profil qui devrait être validé. C'est plutôt les compétences, la méritocratie qui doivent primer de sorte que nous puissions avoir des élections libres, paisibles et transparentes, des élections qui trouvent le consentement de la population.
Que pensez-vous de ceux qui soulèvent l’hypothèse de nommer une femme à la présidence de la CENI?
Nellas Bauma : je me réjouis de cette proposition. La femme a des potentialités hors paires qui sont de nature à donner des solutions. Je saisis l'opportunité pour saluer en même temps la nomination d'une femme à la tête de la Banque Centrale du Congo.
En ce qui concerne les mesures anti-Covid 19, les tenanciers des discothèques et boîtes de nuit ont manifesté devant l’hôtel de ville de Kinshasa pour exiger la levée des mesures suspendant leurs activités. Ils ont pour la plupart pris l’exemple des églises déjà ouvertes. Comment le gouvernement provincial devrait-il réagir face à cette protestation ?
Nellas Bauma : ici à Kisangani, le maire de la ville vient de prendre la décision de la réouverture des discothèques, boîtes de nuit et terrasses. Je pense que l'accent devrait être mis sur la sensibilisation de la population, sur le respect des gestes barrière. Nous devons apprendre à vivre avec ce virus, le temps qu'un meilleur traitement soit trouvé. Dans les marchés et autres lieux publics autres que ceux cités, le virus circule également. La meilleure solution consiste au respect des gestes barrières.
Les sénateurs ont adopté en seconde lecture le projet de loi portant prorogation de l'état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Ce qui a conduit le Chef de l’Etat à promulguer pour la cinquième fois consécutive cette loi. Le gouvernement justifie cette prorogation par des signaux encourageants sur terrain alors que certains membres de la société civile dans cette zone déplorent la lenteur dans les opérations militaires. Que pensez-vous des positions du gouvernement et ceux de la société civile locale ? Quelles recommandations feriez-vous pour la réussite de cette opération ?
Nellas Bauma : je pense que le gouvernement devrait accélérer les opérations militaires qui se présentent comme la seule option pour instaurer la paix dans ces provinces. La réaction de la société civile est compréhensible dans la mesure où chaque jour qui passe est un jour de plus de souffrance pour ces populations. Nous désirons que dans chaque coin du territoire national, la paix soit établie. Nous ne pouvons être en fête à Kisangani ou à Kinshasa alors que nos compatriotes sont tués, éventrés par des groupes armés.
Propos recueillis par Prisca Lokale