Lundi 18 mai 2020 - 13:31

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RDC : Le passeport le plus cher d’Afrique ou l’histoire d’une escroquerie
  RDC : Le passeport le plus cher d’Afrique ou l’histoire d’une escroquerie

Le collectif « Le Congo n’est pas à vendre » a lancé sa campagne contre le renouvellement du contrat de production des passeports entre la société belge Semlex et le gouvernement de la RDC. Elle exige en outre le respect de la loi dans la passation des marchés liés à la production des nouveaux passeports.

Un jour de 2018, un ami m’appelle de Paris : « JC je suis bloqué à Paris, impossible pour moi de voyager ailleurs car mon passeport bien que valide n’est plus accepté selon les directives des autorités de Kinshasa qui m’obligent à acheter un nouveau passeport biométrique. Et ce n’est pas donné, tu sais bien. Je vais encore devoir payer 200 dollars à ces mafieux au pouvoir sans oublier les matabishi ! ».

Ce témoignage fait partie de nombreux rebondissements dans l’histoire du passeport le plus cher d’Afrique. Officiellement 185 dollars américain. Il faut compter pratiquement plus de deux cents dollars pour avoir le précieux sésame en mains et ainsi commencer la seconde bataille, celle liée à l’obtention d’un visa de voyage. Le congolais aime voyager mais de nos jours il faut disposer d’un passeport biométrique… Et c’est là-dessus que le pouvoir de Kinshasa va se baser en 2015 pour signer un contrat avec une Entreprise belge bien connue en Afrique où ensemble ils vont se mettre à racketter les citoyens congolais qui veulent voyager.

La RDC est un pays de paradoxe. On le savait déjà pour l’écart entre son énorme richesse et la pauvreté de sa population (heureusement que son élite politique n’en fait pas partie). Mais depuis un jour de 2015, elle est aussi entrée dans l’histoire en détenant l’un des passeports les plus chers au monde tout en étant l’un des plus faibles avec une durée de vie plus courte aussi. Juste un paradoxe de plus ? Non pire qu’un paradoxe, juste l’histoire d’un peuple qui se fait plumer par ses dirigeants qui ont jugé bon de penser que piller les richesses du pays ne leur suffisait plus, il leur fallait en plus piller les citoyens dans leurs poches.

L’histoire de notre passeport est une histoire d’escroquerie de tout un peuple par ceux-là même qui sont censés le diriger et le protéger.  C’est l’histoire d’un homme d’affaire peu scrupuleux[1] qui n’hésite pas pour se faire le plus d’argent à s’entendre avec des dirigeants corrompus au détriment de la population congolaise.

L’histoire de notre passeport est certes une histoire congolaise, mais aussi une histoire africaine, celle d’une classe politique affairiste, celle des hommes d’affaires véreux, celle des Nations qui après plus de Soixante ans d’indépendances sont incapables de développer seules ou ensemble une technologie pour l’impression des documents aussi importants que les passeports ou les cartes d’identités.

Cette histoire a fait couler mes larmes lorsque pour la première fois dans les rues de Kinshasa, j’ai appris l’existence de ce contrat. Ce passeport biométrique va encore me faire pleurer quand après trois ans on va obliger tous ceux qui détenaient encore des passeports valables à acheter des nouveaux parce qu’il fallait se faire encore et rapidement plus d’argent. 

Cette histoire est juste la dernière goutte d’eau d’un système de prédation et de corruption devenu mode de gestion et de gouvernance par un régime qui non seulement avait confisqué les libertés individuelles et politiques, avait assassiné des femmes et des hommes qui réclamaient juste le droit de vivre libres et d’être bien gouvernés et qui en plus de s’approprier les biens et les richesses du pays avait décidé ce jour de 2015 de s’attaquer à l’argent des congolais, à notre argent durement gagné.

Cette histoire c’est aussi celle d’un contrat officiel avec l’Etat congolais et de deux autres contrats auxiliaires qui répartissent l’argent de l’arnaque entre Semlex et les autorités congolaises[2]. L’Etat congolais touche 65 $ et le consortium[3] reçoit 120 $ dont 48$ pour le Groupe Semlex, 60 $ pour une société proche de la famille Kabila, 12 $ pour Mantenga Contacto Trading Limited, une autre société proche de l’élite politique

Prix passeport

Répartitions

 

 

185 $

Etat Congolais

Groupe SEMLEX

Mantenga CTL

LRPS Ltd

 

65 $

 

48 $

 

12$

 

60$

 

Aujourd’hui, cette tribune est avant tout un cri d’alarmes et de souffrances en même temps qu’une lueur d’espoir. Dans ce Congo où le nouveau pouvoir refuse de « fouiner » dans le passé, où le président de la République justifie la corruption et la retrocomission » en le qualifiant de « coop » en direct à la télévision[4].

Un cri d’alarmes lorsque les mauvaises pratiques du passé sont protégées par le nouveau président au nom d’une alliance avec l’ancien régime au détriment d’un peuple qui continue à souffrir.

Une lueur d’espoir car au moment où le directeur du cabinet du président est poursuivi devant la justice pour corruption, des congolais lambda commencent ou continuent à se lever pour exiger que les criminels en col blanc nombreux au sein de l’élite économico-politique puissent rendre des comptes…

Une lueur d’espoir car des citoyens congolais et des organisations congolaises se mobilisent de plus en plus pour exiger des enquêtes et lutter contre la corruption. C’est dans ce sens que depuis quelques mois certains se sont organisés pour lancer une campagne appelée : « Le Congo n’est pas à vendre »[5] avec un message clé : La corruption tue et si on y met pas fin, elle risque de tuer le Congo. Cette campagne est non seulement dirigée contre la corruption en RDC mais comporte aussi un volet international contre toutes ces multinationales responsables de corruption sur le continent dans l’impunité totale car en connivence avec nos dirigeants politiques.

Cette campagne en collaboration avec des ONG internationales vise aussi ces hommes d’affaires européens, asiatiques ou américains qui pillent nos richesses, volent notre argent et notre souveraineté au nom de leur amitié avec nos chefs d’Etat ou nos ministres.

Une lueur d’espoir car cette mobilisation congolaise se situe dans le cadre le plus large d’un mouvement d’éveil des citoyens africains qui ne veulent plus que leurs pays servent de terrain de chasse privilégiés d’une classe politique corrompue qui, pour s’enrichir vendent nos richesses à des hommes d’affaires véreux de toutes sortes pendant que nos pays continuent à croupir dans la misère. Oui le Congo n’est pas à vendre et l’Afrique non plus !

Les citoyens et organisations congolaises ont donc décidé d’aller au-delà d’une simple campagne de sensibilisation pour se saisir de toutes les autres voies pour combattre la corruption. C’est dans ce sens qu’il faut placer l’initiative prise par la campagne « Le Congo n’est pas à vendre » d’accompagner plusieurs citoyens congolais se constituer partie civile dans l’instruction pénale ouverte en Belgique contre la société Semlex et son président monsieur Karaziwan pour des soupçons de corruption dans le marché d’attribution des passeports congolais les plus chers d’Afrique.

Cette initiative sera accompagnée ces prochains jours par d’autres initiatives en RDC et à l’international pour, d’une part mobiliser l’ensemble des forces vives de la Nation pour que ce contrat avec Semlex ne soit pas renouvelé à son échéance dans un mois et que des responsabilités soient établies, et d’autre part pour que le prix du nouveau passeport soit non seulement revu à la baisse mais aussi que la loi puisse être respectée lors de la passation de ce nouveau marché.

Oui trop c’est trop me disait une employée de bureau à Kinshasa lors de la révélation de cette escroquerie sur le prix de nos passeports, « Papa Jean Claude, Ba Kabila pe balekisi. Ebele ya mbongo oyo bazoyiba, ekoki bango te bakomi te koyiba ba mbongo na biso ya pasi oyo tozwaka » (phrase en Lingala qui se traduirait par : Monsieur Jean Claude les Kabila exagèrent. Tout ce qu’ils ont volé et continuent à voler ne leur suffissent pas, il faut en plus qu’ils commencent à voler le peu d’argent que nous gagnons après tant de souffrances).

Pour moi chaque fois que je pense à cette histoire de passeport je revois le visage de cette dame et sa souffrance alors que de prime abord, elle ne fait pas vraiment partie des gens qui voyagent et qui ont besoin de passeport. Cependant comme partout en Afrique, à cause de la misère dans laquelle nos autorités nous maintiennent, acquérir un nouveau passeport est pour la plupart des jeunes un investissement familial car il suppose une ouverture pour le monde.

Et c’était là l’erreur de calcul du pouvoir car dans sa soif de s’enrichir illégalement à tout prix, la famille Kabila a décidé de franchir un pas supplémentaire, voler l’argent des familles congolaises. Aujourd’hui ces dernières commencent à exiger que justice soit faite.

Une semaine après le début de cette campagne, nous assistons à des réponses brouillonnes à travers les médias qui citent les confidences des proches conseillers du Président de la République ainsi que la Ministre des affaires étrangères comme quoi le contrat avec Semlex ne sera pas renouvelé. Si tel est le cas nous ne pouvons que nous en réjouir. Néanmoins les confidences à la presse ne suffisent pas, nous exigeons et nous voulons une déclaration publique et officielle de la Ministre des Affaires étrangères sur la fin de ce contrat ainsi que son non renouvellement mais aussi un rapport complet sur l’état d’exécution du contrat en cours en plus de nos autres revendications mentionnées ci-dessus.

Pour récapituler nous voulons :

  1. Une déclaration publique et officielle ferme du gouvernement sur le non renouvellement du contrat avec Semlex
  2. L’engagement ferme que le prix du nouveau passeport sera revu à la baisse
  3. Qu’un appel d’offre sera rendu public conformément à la loi sur le nouveau passeport
  4. Un audit sur l’exécution du contrat actuel et le respect des engagements prisent par Semlex en termes de transfert des données, d’infrastructures à la RDC à la fin du contrat et une enquête judiciaire sur les soupçons de corruption liés à ce contrat.
  5. Que la transparence la plus totale règne dans la gestion de la fabrication de nos passeports après le 11 juin 2020, date de la fin de l’actuel contrat.

La corruption tue et dans l’histoire du passeport congolais le plus cher d’Afrique, si elle continue non seulement elle va tuer notre foi en la justice et aux nouvelles autorités mais elle risque aussi de tuer notre patience à supporter l’injustice et le vol de nos richesses.

Ensemble disons non au maintien du contrat avec Semlex, exigeons la baisse du prix de nos passeports ainsi qu’une transparence totale pour la suite du processus.

Jean Claude Mputu

Porte parole

Le Congo n’est pas à vendre

 

[1] https://www.reuters.com/article/afrique-passeports-karaziwan-idAFL8N1OT1GI

[2] https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN17F1TH-OFRTP;

[3] Composé des entreprises de Groupe Semlex (semlex europe, semlex monde, Garsu Pasaulis UAB) et LRPS Ltd (proche de la famille Kabila selon l’article de Reuters). V. le contrat .

[4] https://www.youtube.com/watch?v=Ds9vPGUL40I

[5] www.corruptiontue.org

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