Catégorie
Photo ACTUALITE.CD.

Face à la recrudescence des tueries des civils dans la région de Beni, la société civile du Nord-Kivu a appelé ce vendredi 6 décembre 2019 à établir la responsabilité des pays voisins, à travers une évaluation de l’Accord-cadre d’Addis Abeba signé sous l’égide de l’ONU en 2013. Ce document prescrit notamment aux pays de la sous-région de ne pas soutenir les forces négatives dans les Etats voisins.

L’Accord-cadre stipule aussi que les Etats ne doivent « pas tolérer, ni fournir une assistance aux groupes armés ; [ils doivent] renforcer la coopération régionale, y compris à travers l'intégration économique et la coopération en matière de justice ; [ils ne doivent pas] héberger, ni fournir une protection à des personnes accusées de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité ».

La société civile s’interroge entre autres sur ce qu’est devenu Jamil Mukulu, présenté à l’époque comme le commandant en chef des combattants ADF. Il avait été arrêté en mars 2015 en Tanzanie puis extradé à Kampala.

« 6 ans après, nous pensons qu'il faut évaluer [l’Accord-cadre] pour se rassurer sur qui a fait quoi ? Nous pensons qu'il serait mieux de s'asseoir et de chercher à savoir qui n'a pas assumé sa responsabilité comme il faut pour que nous ayons la paix ici à l'est. Au lieu que nous ayons la paix, ce sont les tueries qui s'accentuent malgré les efforts qui sont en train d'être fournis. À titre illustratif, Jamil Mukulu, qui à un moment donné nous avons appris que c'était lui le seigneur de guerre des ADF, a été arrêté et conduit en prison en Ouganda. Nous n'avons jamais entendu qu'il est en train d'être écouté au niveau des juridictions ougandaises. Où est la coopération de la justice ougandaise et congolaise à ce stade ?  Nous avons droit, nous citoyens de l'est, de Beni, de savoir que sont devenus tous ces seigneurs des guerres qui ont créé des rébellions ici et qui ont fui vers le Rwanda et l'Ouganda. Si ces États étaient honnêtes avec leurs signatures, ils devaient s'assumer et les tueries que nous sommes en train d'observer dans le territoire de Beni devaient diminuer sensiblement. », a expliqué Étienne Kambale, team leader adjoint de la thématique bonne gouvernance à la société civile du Nord-Kivu.

Depuis un mois, les tueries se sont intensifiées dans la région de Beni. Pour le seul mois de novembre écoulé, plus de 107 personnes ont été tuées dans diverses attaques attribuées aux combattants ADF. Et pour ce mois de décembre, au moins au moins 28 civils sont déjà tués dans deux attaques cette semaine au village Orototo, en chefferie des Watalinga, en frontière avec l’Ouganda (11) et au quartier Mabasele (3) et dans la localité Mandumbi (14).

Une situation qui a suscité plusieurs manifestations notamment à Beni, Butembo, Goma voire Kinshasa. Les manifestants dénonçaient aussi « l’inaction des casques bleus et exigeaient le départ de la Monusco, présente au pays depuis 20 ans ».

Ces manifestations se sont poursuivies ce vendredi dans les villes de Goma et Butembo. Comme d’habitude, elles ont été réprimées par les forces de l’ordre et de sécurité. Les revendications restent les mêmes : exiger le retour de la paix à Beni et le départ de la Monusco.

 Jonathan Kombi

 

Vidéo