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Yango 2020: la commissaire Nadia Yala Kisukidi dévoile une partie de ce rendez-vous artistique

Mardi 10 septembre 2019 - 18:48
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Yango 2020:  la commissaire Nadia Yala Kisukidi dévoile une partie de ce rendez-vous artistique. Copyright: Isaac Sahani

Nadia Yala Kisukidi est commissaire de Yango, la biennale d’art contemporain dont la première édition  a été initiée en 2014 par le photographe Kiripi Katembo. Pour sa seconde édition, la biennale ambitionne de discuter des nouvelles voies pour l’art avec la capitale congolaise. Entretien.

Nadia Kisukidi, vous êtes à Kinshasa pour le lancement de la deuxième édition de la biennale « Yango ». Autour de quoi sera-t-elle axée? Que réservez-vous comme surprise au public kinois? 

Nadia Kisukidi : nous voulons faire de cette  nouvelle édition, une surprise. Mais les Kinois peuvent déjà savoir que cette biennale est organisée pour eux. Nous voulons aller dans plusieurs lieux à Kinshasa, telles que les communes de Bumbu, Selembao et Makala afin de dresser un constat de l’impact de l’art sur les enfants, les personnes âgées sur la population dans son ensemble. C’est ce qui nous importe le plus.       

Maîtresse des conférences en philosophie, ancienne vice-présidente du Collège International de philosophie, Directrice de programme, enfin, vous avez été choisi pour être l’une des commissaires de Yango 2020. Quel rapport y a-t-il entre la philosophie et l’art ?

Nadia Kisukidi : on ne fait pas d’art aujourd’hui sans théoriser sa pratique. Et cette théorisation que font les artistes, c’est une pratique philosophique. C’est-à-dire que nos artistes contemporains sont tous des philosophes. Dans le champ de l’art contemporain, la philosophie, la production du discours comme tel fait partie de la performance artistique.

Vous avez publié de nombreux articles sur la philosophie africaine et la philosophie française. Pensez-vous que l’art congolais comporte toutes les caractéristiques de la philosophie africaine ?

Nadia Kisukidi : l’art congolais est immense. Cela peut être l’art ancien ou des pratiques contemporaines. Il a une histoire très longue. Ensuite, La philosophie africaine est multiple, elle a des voies différenciées, qui entre en conflit, disent des choses parfois différentes. Il n’y a donc pas une unité de la philosophie africaine.

Que pouvez-vous nous dire de l’art contemporain à Kinshasa?

Nadia Kisukidi : ce que j’aime chez les artistes contemporains à Kinshasa, c’est leur créativité, la manière dont ils font vivre la ville, les types des thèmes dont ils s’emparent. Par exemple, je pense à l’oeuvre de Freddy Tsimba, qui travaille beaucoup sur le lien entre la vie et la mort en vue de montrer comment les faits de la mort peuvent toujours être resignifiés pour parler de la vie. C’est le type de thèmes qui m'intéressent. Et je pense que nous allons pouvoir travailler avec lui cette année.     

« Reprendre », c’est le concept choisi pour l’édition 2020. Quelle touche particulière comptez-vous y apporter ? 

Nadia Kisukidi : nous ne voulons pas que les oeuvres ne soient exposées que dans des espaces institutionnels. Pour cette biennale, nous avons optés pour des quartiers excentrés de Kinshasa. J’ai discuté avec des amis et membres de famille qui vivent dans ces quartiers, ils disaient que ce serait bien que certains événements puissent avoir lieu dans leurs quartiers. Interagir aussi avec eux, plutôt que de penser  à la Halle de la Gombe. Et nous essayons d’y travailler.

Pensez-vous que l’art congolais est déjà assez positionné sur la scène internationale où qu’il faudrait ajouter une recette spéciale ?  

Nadia Kisukidi : en termes d’histoire personnelle, j’ai aussi redécouvert le Congo à travers les artistes congolais, contemporains et les peintres. Ces artistes sont très connus mais il ya encore un énorme travail à faire pour que tout le monde se réapproprie déjà en RDC, le travail de ces artistes et pour que les artistes puissent voyager et qu’ils puissent être mieux connus à l’étranger.          

Les sciences philosophiques, quel défi pour la femme ?   

Nadia Kisukidi : c’est une question qui se pose aussi en France  parce que les concepts philosophiques ont été pas produits exclusivement par les hommes. Il y a toute une histoire de la philosophie produite par des femmes qui a été effacée. Pour moi, ça a été un défi d'être une femme philosophe en Europe.  Mais, c’est un défi que je continue à relever avec d’autres femmes.

Lancé officiellement, lundi 09 à Kinshasa, la prochaine édition de la biennale connaîtra également la participation de Sara Alonnso Gómez, historienne de l’art, commissaire d’expositions et chercheuse dans le domaine de l’art contemporain. 

 

Propos recueillis par Prisca Lokale