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RDC : Un ex-chef milicien revenu avec plus d’un millier de combattants grâce à la Monusco, appelle les Bantous et pygmées à la cohabitation pacifique

Samedi 20 juillet 2019 - 14:18
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Photo ACTUALITE.CD.

La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) a déployé 850 casques bleus indonésiens, depuis novembre 2018, pour la réduction du conflit intercommunautaire entre les Bantous et le Twa dans la province du Tanganyika. Grâce à cette action, 1250 miliciens impliqués dans ces violences intercommunautaires se sont rendus et ont remis une quantité importante des munitions et armes. Ils sont actuellement sous la protection de la Monusco en attendant leur retour dans leurs villages respectifs.

Le colonel autoproclamé Kakozi Bade était à la tête de la milice « Fimbo na Fimbo », composée de 3 000 combattants et leurs dépendants au village Musenge, à 29 km de Kalemie. Près de 4 mois après s'être rendu, il raconte son parcours à ACTUALITE. CD.

Pourquoi avez-vous pris les armes ?

Nous sommes allés dans la brousse suite au conflit entre nous les bantu (Luba, Ndlr) et nos frères pygmées (Twa). Nous avons remarqué qu'ils tuaient nos frères, nos enfants... Nous avons décidé aussi de former un groupe d'auto-défense pour combattre. Quand l'armée est venue, nous avons remarqué qu'elle nous attaquait. Nous nous sommes retrouvés tous dans la brousse avec nos frères pygmées. Nous avons trouvé un accord pour former une seule équipe. Là encore, les FARDC se sont attaquées à nous tous. Et nous avons décidé à notre tour de riposter contre les FARDC.

Quand avez-vous finalement décidé de rendre les armes ?

Quand le président [Félix Tshisekedi] a demandé à tout le monde de sortir de la brousse, nous avons dit que c'est le moment de nous rendre.

Qu’est-ce qui motive cette reddition ?

C'est l'amour pour mon pays qui m'a poussé à me rendre. C'est pour que notre pays se développe. C'est de ma propre volonté que je suis sorti de la brousse et j'ai demandé à mes hommes également de sortir avec moi. Personne ne m'a contraint à me rendre.

Comment vivez-vous après la reddition ?

Le CDJP (Comité Diocésain Justice et Paix, Ndlr) nous a aidé avec les conseils et des séminaires. Ils nous apportent également la nourriture. Mais, depuis que nous sommes là, il ne nous manque que les médicaments. C'est la grande difficulté. Actuellement nous manquons aussi de la nourriture.

Que fait la Monusco ?

La Monusco assure notre sécurité. Et c'est ce qui est essentiel pour nous. Quand nous avons déposé les armes, nous avons repris la vie civile. Si nous sommes sécurisés nous serons de bons civils. Dans le cas contraire, nous aurons de mauvaises pensées.

Est-ce que vous pensez un jour retourner dans la brousse ?

Au nom de Dieu, je ne peux jamais retourner encore dans la brousse. Là-bas, nos enfants ne pouvaient plus étudier alors qu’ici ils peuvent étudier et vivre dans la paix.

Quel message pouvez-vous envoyer à ceux qui hésitent encore à se rendre ?

A mes frères qui traînent encore dans la brousse, je lance un appel de paix. Qu'ils quittent la brousse et qu'ils se rendent. La vie de la brousse, ce n’est pas une bonne vie. Nous nous sommes rendus et l'Etat nous a pardonnés. Nous sommes libres et nos enfants étudient. Les troupes qui sont encore dans la brousse, rendez-vous s'il vous plaît. Venez pour que nous puissions reconstruire notre pays.

Propos recueillis par Auguy Mudiayi à Musenge (Tanganyika)