Goma dans ma peau @Edizon Musavuli

Edizon Musavuli fait partie de la génération montante d'artistes congolais. Basé à Goma dans le Nord-Kivu, il a récemment remporté le prix du meilleur design graphique organisé par Virunga développement. Edizon pense qu'il y a encore énormément des choses à faire dans son pays en matière de politique culturelle, mais il ne désespère pas. En attendant, il essaie à son échelle de faire bouger les lignes.

Edizon Musavuli, bonjour. Pour ceux qui ne vous connaissent pas, comment vous présenteriez-vous ?

Je suis artiste, dessinateur, illustrateur, designer. Je fais aussi de la vidéo.

Vous venez de remporter un prix dans la catégorie design d’un concours organisé par Virunga développement. Parlez nous de ce concours et de la manière dont vous y avez participé.

C’est une amie qui m’a envoyé le formulaire de participation.A la base, il s'agissait de créer un design graphique pour le lancement officiel de Virunga énergie. Il y a eu une première étape qui consistait à faire un design test, ensuite on a passé la seconde étape du concours et j’ai eu accès à la phase finale que j’ai remporté.

Le design est un secteur peu ou pas assez bien connu du Congolais. Pourquoi selon vous ? Partagez-vous ce constat ?

Tout comme l’art de manière générale, le design est un secteur qui est très peu connu et qui a besoin d’être boosté. Il n’est pas facile d’en faire un métier dont on peut vivre. Nous avons un problème de culture, l’art, le design, l’illustration sont très peu valorisés. Avec le temps, ces domaines culturels finiront bien par être mis en avant.

Justement, que faire pour promouvoir ce secteur ?

Ce qu’il faut en premier, c’est un changement de mentalité. On accorde très peu d’importance à la culture, du  coup tous ceux qui travaillent dans ce domaine ne sont pas pris en considération. Les mentalités vont certainement changer à partir du moment où il y aura une mise en avant de ce qu’on a fait, il faut une vulgarisation de nos travaux, de nos idées et de nos valeurs. Il n’y a pas de sot métier, les gens doivent en être conscients.

De manière générale, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre métier ?

Du fait que nos métiers ne soient pas valorisés, les clients ne nous prennent pas au sérieux. Il arrive que l’on soit obligés de taper du poing sur la table pour faire valoriser notre métier. On doit expliquer aux gens que c’est un métier qui demande du temps, de la réflexion, du génie comme tout autre métier. Cela implique également la valorisation du travail par rapport aux prix que nous proposons, les gens ont tendance à croire que les designers n’ont pas à être aussi bien payés. Il est rare de trouver un client qui comprend ce qu’est le design et qui nous rémunère comme sont payés les designers dans un pays où la culture est valorisée. On se bat pour ça!

Quelles sont vos activités actuelles ?

Actuellement, j’exerce pleinement mon métier d’artiste : la photo, un peu de vidéo, un peu plus de design et d’illustration. Je suis concentré et j’essaye d’aller de l’avant et d’être toujours plus créatif qu’hier tout en changeant les mentalités.

Si vous deviez convaincre quelqu’un de vous rejoindre dans cette profession, quels seraient vos arguments ?

La vérité c’est que ce n’est pas un secteur facile. Il n’empêche que l’art reste une passion avant tout. Je peux encourager ceux qui le souhaite à rejoindre le secteur parce que les choses s’améliorent. Tant qu’on a la passion, tout est possible et je suis convaincu que dans quelques années on aura un métier beaucoup plus noble.

Propos recuellis par Kudjirakwinja Nabintu

 

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