Alors que le projet de loi de finances 2027 poursuit son examen à l’Assemblée nationale, le député national Gratien Iracan dénonce un décalage entre les ambitions budgétaires du Gouvernement et la réalité de l’exécution des finances publiques. Selon son analyse des documents de l’exécutif, la loi de finances rectificative 2026 a notamment consacré une réduction de 34,1 % des crédits d’investissement, soit près de 2,4 milliards de dollars, au détriment des infrastructures sociales de base.
Le projet de budget 2027, évalué à 56.930 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars, affiche une progression par rapport aux prévisions de 2026. Pour Iracan Gratien de Saint-Nicolas, cette augmentation constitue une ambition à saluer, mais elle ne saurait masquer les faiblesses persistantes dans la mobilisation et l’utilisation des ressources publiques.
«J'ai félicité le gouvernement par rapport à cette grande ambition où on est en train d'aller vers un budget qui est à la hausse [...] Mais seulement quelque part les gouvernements cherchent quelque chose de son contraire. Donc, il y a beaucoup de recettes qui sont coulées parce que on cherche juste à favoriser certaines personnes», déclare-t-il.
Des recettes publiques fragilisées par les exonérations
L’élu pointe notamment la persistance des exonérations fiscales, qu’il considère comme une source importante de pertes pour le Trésor public. Se référant aux données financières du premier semestre 2026, il évoque plus de 3 milliards de dollars de recettes qui auraient échappé à l’État en raison, notamment, des largesses fiscales et des exonérations.
«On continue toujours à observer des exonérations. Donc, c'est pas une bonne chose [...] Et pourtant, l'Assemblée nationale avait déjà bloqué l'exonération depuis tout ce temps-là», déplore-t-il.
Pour lui, ces pratiques compromettent les objectifs de mobilisation des recettes, notamment celles issues des impôts et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), et appellent à un renforcement des mécanismes de recouvrement et de contrôle.
Les dépenses de fonctionnement également critiquées
Iracan Gratien de Saint-Nicolas dénonce parallèlement le poids des dépenses de fonctionnement des institutions publiques. Selon son constant tiré des documents d’exécution budgétaire, celles-ci auraient atteint 217 % des prévisions au premier semestre 2026.
«De l'autre côté, le gouvernement consomme beaucoup d'argent aussi. Le gouvernement est devenu vraiment budgétivore dans son fonctionnement. Aujourd'hui [...] le gouvernement est déjà à 217 %. Donc ils ont consommé presque 1,2 à 1,3 milliard de dollars au lieu de 600 et quelques millions qui étaient prévus», affirme-t-il.
Cette situation soulève, selon le député, la question de la discipline budgétaire, alors que les besoins du pays restent considérables dans les secteurs de la sécurité, de la santé, de l’éducation et des infrastructures.
Près de 2,4 milliards USD d’investissements en moins
L’autre préoccupation majeure de l’élu concerne la réduction des crédits consacrés aux investissements dans le cadre de la loi de finances rectificative 2026.
Selon Iracan Gratien de Saint-Nicolas, les dépenses d’investissement ont été réduites de 34,1 %, soit près de 2,4 milliards de dollars. Il estime que cette décision revient à renoncer, à hauteur de ce montant, à des projets d’infrastructures sociales de base indispensables au développement du pays, notamment dans les domaines des routes, des écoles et des structures sanitaires.
Cette réduction intervient dans un contexte où les besoins en infrastructures demeurent importants, particulièrement dans les provinces de l’Est, confrontées à l’insécurité et à un déficit d’équipements collectifs.
Le député critique également les arbitrages opérés en faveur du secteur de la défense et de la sécurité. Il affirme qu’une partie des crédits initialement prévus pour les investissements, estimée à près de 18 %, aurait été réorientée vers ce secteur, sans que les ressources transférées soient entièrement consommées.
«Du point de vue sécuritaire, le gouvernement a pris de l'argent de l'investissement [...] ils ont mis ça, presque 18 %, dans le panier qui sert pour la sécurité, donc pour l'armée. Mais quand on regarde dans ce panier-là, le gouvernement n'a pas utilisé cet argent [...] On fait montrer comme s'il y a des besoins sérieux au niveau de la sécurité. Mais lorsqu'on a l'argent, on ne l'utilise pas», soutient-il.
Pour les populations de l’Ituri et d’autres provinces affectées par les conflits, cette question revêt un enjeu particulier : la nécessité de financer la sécurité ne devrait pas, selon cette analyse, se traduire par l'abandon des investissements essentiels au développement et à la résilience des communautés.
Le contrôle parlementaire attendu sur le budget 2027
À travers ces observations, Gratien Iracan appelle à un contrôle plus rigoureux de l’utilisation des ressources publiques. L’augmentation du budget national, insiste-t-il, doit s’accompagner d’une meilleure mobilisation des recettes, d’une maîtrise des dépenses de fonctionnement et d’une exécution effective des crédits destinés aux investissements et aux priorités nationales.
L’examen du projet de loi de finances 2027 par la commission Économie, Finances et Contrôle budgétaire (ECOFIN) constitue ainsi une étape importante pour confronter les prévisions du Gouvernement aux résultats de l’exécution budgétaire.
Pour le député, l’enjeu ne se limite pas à afficher un budget en hausse, mais à garantir que les ressources publiques soient effectivement mobilisées et orientées vers les besoins de la population congolaise.
Freddy Upar, à Bunia