Reporters sans frontières (RSF) dénonce des tentatives d’intimidation visant le média en ligne La Guardia, basé à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, après la publication d’un article mettant en cause les conséquences sanitaires et environnementales présumées des activités minières de Luilu Ressources SAS dans le Lualaba. L’organisation appelle l’entreprise à mettre fin à ces pressions et les autorités congolaises à enquêter sur les faits rapportés.
Le média en ligne La Guardia, basé à Lubumbashi, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), affirme subir des pressions de la société minière Luilu Ressources SAS. À l’origine de cette affaire, un article publié le 19 septembre par La Guardia. Celui-ci relayait les alertes de deux associations locales concernant les conséquences sanitaires et environnementales présumées des activités de Luilu Ressources SAS dans la localité de Noa, dans la province du Lualaba. Selon la rédaction, l’entreprise avait été sollicitée avant la publication, mais n’avait pas répondu.
« On nous a proposé 5 000 dollars pour retirer notre article », témoigne Godlive Nyemba, directrice de La Guardia, auprès de RSF.
Des offres d’argent et des menaces de représailles
D’après le récit recueilli par RSF, les premières pressions auraient commencé le 28 septembre. Simplice Bambe, journaliste et auteur de l’article, explique qu’un intermédiaire, qui s’était présenté comme journaliste lors d’un échange téléphonique, lui aurait d’abord proposé une rencontre pour discuter de la publication. Il lui aurait ensuite offert 2 500 dollars en échange du retrait de l’article. Une proposition que le journaliste affirme avoir refusée au près de RSF.
Le 6 octobre, cet intermédiaire se serait présenté dans les locaux de La Guardia à Lubumbashi, accompagné d’un avocat et de la responsable juridique de Luilu Ressources SAS. Au cours de cette rencontre, cette dernière aurait averti les membres de la rédaction que, si l’article n’était pas retiré, ils allaient « en subir les conséquences ».
La rédaction affirme avoir proposé à plusieurs reprises à l’entreprise de publier un droit de réponse, une possibilité que celle-ci aurait rejetée dans un premier temps.
Dès le lendemain, un huissier aurait remis au média une mise en demeure de l’entreprise, exigeant le retrait de l’article et évoquant des poursuites judiciaires.
Luilu Ressources SAS reproche notamment à La Guardia de ne pas avoir vérifié les accusations relayées. L’entreprise conteste également l’authenticité de la photographie utilisée pour illustrer l’article, affirmant que celle-ci aurait été prise au Malawi. Simplice Bambe soutient, de son côté, que le cliché a été pris à Kolwezi, le 26 août 2026.
Une nouvelle offre de 5 000 dollars
Alors que le différend se poursuivait, une nouvelle proposition financière aurait été formulée par téléphone. Cette fois, l’intermédiaire aurait proposé 5 000 dollars à Denise Maheho, rédactrice en chef de La Guardia, en échange du retrait de l’article. Elle aurait également décliné cette offre.
Le 9 octobre, la responsable juridique de l’entreprise aurait contacté Godlive Nyemba sur WhatsApp pour réitérer les menaces, selon les éléments rapportés à RSF.
Les pressions auraient également visé des acteurs de la société civile. Le responsable d’une organisation ayant contribué à une déclaration de soutien à La Guardia, signée par une cinquantaine d’organisations, a confié à RSF que la même responsable juridique l’avait contacté pour lui demander de retirer son soutien au média.
Dans un droit de réponse publié le 11 octobre, Luilu Ressources SAS rejette les accusations relayées par La Guardia, qu’elle qualifie de « contre-vérités ».
L’entreprise affirme qu’« aucune maladie résultant de ses activités n’a été détectée à ce jour », tout en indiquant poursuivre ses investigations. Elle se réserve également le droit de saisir la justice.
RSF appelle les autorités à intervenir
Pour Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer du bureau Afrique subsaharienne de RSF, les menaces rapportées par La Guardia sont inacceptables et risquent de décourager les journalistes d’enquêter sur les conséquences des activités minières pour les populations.
« Aucun journaliste ni aucun média ne doit être inquiété pour avoir fait son travail d’information sur un sujet d’intérêt public », souligne-t-elle, appelant Luilu Ressources SAS à mettre immédiatement fin à ses tentatives d’intimidation et les autorités congolaises à enquêter sur ces faits.
Selon les journalistes de La Guardia, les menaces ont depuis cessé. La rédaction affirme toutefois rester vigilante face à d’éventuelles représailles.
« Quand on vous dit que vous allez “subir les conséquences”, dans notre environnement, cela ne passe pas toujours par une procédure judiciaire normale », s’inquiète Godlive Nyemba.
James Mutuba