Prince Epenge, opposant de l'ADD Congo et membre de la coalition Lamuka, est détenu depuis dimanche au Conseil national de cyberdéfense (CNC) à Kinshasa. Il est poursuivi pour « propagation de faux bruits » en lien avec la mort de Manassé Lomboto, chargé de sécurité de son parti, décédé après la marche de la C64 du 15 septembre. Devos Kitoko, secrétaire général de l'ECiDé, le parti de Martin Fayulu, revient au micro de Stanis Bujakera Tshiamala sur les conditions de son arrestation.
Où se trouve aujourd'hui Prince Epenge ?
"Il est détenu dans les bureaux du Conseil national de cyberdéfense. Depuis hier, les services d'immigration l'ont empêché de voyager avec la délégation de la C64 qui se rendait à Rome. Les agents de l'ANR l'ont ensuite embarqué dans une jeep et conduit au centre-ville. On nous a d'abord dit qu'il se trouvait à l'administration générale de l'ANR, près de l'OCC, au rond-point Forescom. Dans la nuit, nous avons eu la confirmation qu'il était bien détenu au CNC."
Après la confiscation de son passeport, on l'a vu continuer à se filmer à l'aéroport. Que s'est-il passé ensuite ?
"Les services ont confisqué trois passeports : celui de Prince Epenge, celui du président Martin Fayulu et celui de l'honorable Jean-Baptiste Kasekwa, vice-président de l'ECiDé. Ceux de Martin Fayulu et de Jean-Baptiste Kasekwa ont finalement été rendus et ils ont embarqué pour Rome. Prince Epenge est resté. Il avait ses téléphones en main et continuait à réclamer son passeport, parce qu'il ne se reprochait rien. Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Martin Fayulu ont pu voyager. Pourquoi Prince Epenge, qui accompagnait Martin Fayulu, serait-il un danger à l'aéroport ? C'est incompréhensible. C'est pour avoir insisté qu'il a été interpellé. On lui a confisqué ses téléphones, on l'a mis dans une jeep, on lui a bandé les yeux avec un morceau de tissu et on l'a emmené vers une destination qu'il ignorait."
Dans quelles conditions est-il détenu ? A-t-il pu voir ses avocats ou sa famille ?
"Depuis la nuit, il n'a pu consulter ni son avocat ni son médecin. J'ai pu lui parler un moment, avec son téléphone qu'on lui avait rendu. Il m'a dit qu'il était malade, il souffre de gastrite, et qu'il n'avait ni mangé ni pris ses médicaments. Un agent de renseignement a été autorisé à venir récupérer sa nourriture et ses médicaments. Je les lui ai remis à la station Total, en présence du secrétaire général de l'ADD Congo, du médecin de Prince Epenge et de camarades de l'ECiDé. L'agent m'a obligé à goûter le repas et m'a filmé pour s'assurer qu'il était sain. Je lui ai demandé ce qui me garantissait qu'il n'allait pas l'empoisonner en route. Il m'a assuré qu'il goûterait lui aussi et se filmerait avant de le remettre. Je n'ai jamais vu cette vidéo."
Craignez-vous pour sa vie ?
"C'est notre inquiétude. Nous gardons le triste souvenir de Chérubin Okende, emmené dans les mêmes conditions vers une destination inconnue. Le lendemain matin, on nous a présenté un cadavre criblé de balles, et jusqu'à aujourd'hui la lumière n'a jamais été faite sur sa mort. Comment, dans un État de droit, un opposant peut-il être détenu sans contact avec sa famille, son médecin ou son avocat ?"
Il est poursuivi pour « propagation de faux bruits » au sujet de la mort de Manassé Lomboto. Comment réagissez-vous ?
"Ce qui étonne, c'est que la C64 et Prince Epenge, qui sont les plaignants, soient traités comme des malfrats. Ceux qui nous ont agressés marchaient avec leur bande, les vidéos authentiques sont là, tout comme des audios qui impliquent le secrétaire général de l'UDPS. Nous les avons joints à la plainte que nous avons déposée. Ceux que nous considérons comme les auteurs des violences n'ont pas été interpellés ni empêchés de quitter le pays. Ils sont totalement libres. Mais c'est le plaignant qu'on vient cueillir comme un fruit."
Sur quels éléments l'opposition s'appuie-t-elle pour parler d'assassinat ?
"Manassé est mort lors de l'attaque contre la marche. Nous étions dans le cortège quand on nous a attaqués. Peu après, on retrouve un camarade inanimé dans un caniveau. On l'emmène à l'hôpital et on nous dit qu'il est décédé. De quoi voulez-vous qu'il soit mort ?"
Le pouvoir juge cette annonce prématurée, les enquêtes étant toujours en cours. Que répondez-vous ?
"Si l'annonce était prématurée, il appartenait au pouvoir d'organiser un procès équitable entre la C64 et les personnes mises en cause, pour établir les responsabilités. Pourquoi cette précipitation à arrêter Prince Epenge comme un voleur, pour la seule faute de s'être plaint ? Le garde du corps de Martin Fayulu, qui a tenté de le protéger d'un coup de machette qui lui était destiné, a reçu le coup dans le dos. Il porte une longue plaie qui a dû être suturée. Il est là. Pourquoi ne pas l'entendre ? Martin Fayulu lui-même n'a été sauvé que sur une moto, après un détour très risqué, pour rejoindre notre siège. Il a tenté à plusieurs reprises de se réfugier auprès de militaires et de policiers alors qu'il était poursuivi par des malfrats de la Force du progrès. Ce sont des faits très graves, traités avec légèreté."
Que compte faire l'opposition maintenant ?
"Prince Epenge est une part de notre âme et de notre combat politique. Il est hors de question de le laisser croupir injustement. Nous avons engagé des pressions diplomatiques. J'ai fait le tour des grandes chancelleries, qui m'ont promis de se réunir ce soir pour se prononcer. Lamuka tient une réunion politique dans l'heure, et nous allons programmer une manifestation pour réclamer sa libération. À défaut, qu'il soit présenté devant un juge, et que les personnes que nous mettons en cause, dont Augustin Kabuya, soient elles aussi à la barre pour que la vérité soit connue."
Pourquoi le CNC, selon vous ?
"Ce n'est pas sa place. Prince Epenge n'était pas en contact avec une rébellion. Il n'a pas pris les armes ni posé d'actes antipatriotiques. Quelle atteinte a-t-il portée à la défense, à la sécurité ou à l'intégrité du territoire ? Aucune. Nous sommes dans des infractions de droit commun."