Pas de micro, pas de plateau, pas d'interview pour Joseph Kabila. Le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, a justifié ce lundi, lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, la recommandation qui interdit aux médias, journalistes, analystes, créateurs de contenus et influenceurs d'offrir une tribune au Front pour la Refondation de la Nation (FRN).
L'ancien chef de l'État, à la tête de ce mouvement politico-militaire, en est la première cible. « Il est hors de question de lui accorder la parole, de n'importe quelle manière », a martelé le régulateur, assurant ne pas viser l'individu mais « ses fonctions et sa participation dans cette entreprise criminelle ».
Même une interview destinée à confronter Joseph Kabila aux faits est exclue. Christian Bosembe invoque le parcours de l'ancien président, qui a gouverné le pays pendant 18 ans et bâti ses institutions actuelles avant de prendre les armes, ainsi que sa condamnation. Le patron du CSAC affirme néanmoins que les journalistes conservent le droit de relater les faits. Tout se joue, selon lui, dans « la finalité » du contenu, dont le CSAC reste seul juge. Les médias qui glorifieraient le FRN, le légitimeraient ou encourageraient l'adhésion à sa cause s'exposent à une suspension prononcée « sans le moindre remords ».
Interpellé sur l'absence de décision judiciaire préalable, Christian Bosembe s'est retranché derrière l'article 6 de la loi organique du CSAC, qui proscrit l'apologie du crime et l'incitation à la violence dans les médias. Il présente la recommandation comme un texte contraignant à visée préventive, adressé à l'ensemble des acteurs, qui pourra déboucher sur des décisions individuelles en cas de violation.
Les dirigeants des partis politiques suspendus ne sont pas réduits au silence pour autant, a-t-il nuancé : ils peuvent intervenir dans les médias à titre personnel, mais pas au nom de leur formation. « Les sanctions concernent le parti, pas les individus », a-t-il résumé. Sur la couverture de la guerre, le régulateur refuse tout traitement équivalent des FARDC et du FRN. Rendre compte des exactions du FRN ne pose « aucun souci », mais imputer des tueries de civils aux deux camps « ne marche pas ». Il dit ne pas concevoir que l'armée congolaise s'en prenne à sa propre population, « si ce n'est pas de la machination ». À ses yeux, la RDC ne vit pas un conflit, mais une rébellion contre un pays agressé.
Christian Bosembe a enfin balayé les classements de Reporters sans frontières, jugeant la liberté de la presse globalement préservée en RDC. Il conteste la méthodologie de ces rapports et soutient que certains journalistes poursuivis le sont pour des délits étrangers à leur profession. « Vous n'avez pas une immunité journalistique », a-t-il lancé, rappelant que seule la carte de presse confère la qualité de journaliste.