Ancien porte-parole des gouvernements de Joseph Kabila, Lambert Mende a exprimé jeudi 15 octobre ses « regrets » et son « cœur lourd » face à la décision de l'ancien président de prendre la tête du Front pour la réfondation de la nation (FRN), un mouvement politico armé. Lors d'un débat face à Franck Diongo, de la plateforme « Sauvons la RDC », dans le Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le cadre de l'Union sacrée a estimé que ceux qui accusaient Joseph Kabila de collusion avec le Rwanda « n'avaient pas tort ».
Interrogé sur sa surprise de voir son ancien patron prendre officiellement la tête d'une rébellion, Lambert Mende a affirmé que ses inquiétudes ne dataient pas d'hier. « J'avais déjà quelques appréhensions depuis son premier message de l'année passée à la Nation », a-t-il confié, rappelant qu'il avait alors adressé une lettre ouverte à Joseph Kabila.
L'ancien ministre de la Communication a dit avoir exprimé, à plusieurs reprises dans les médias, sa « profonde confusion » face au rapprochement de l'ancien chef de l'État avec Kigali. Il a dénoncé des positions « de plus en plus rapprochées de l'agresseur principal de notre pays, qui est le Rwanda », alors que, sous la direction de Joseph Kabila, la RDC avait selon lui mené « des batailles épiques contre cet ennemi qui essaye de balkaniser notre pays ».
« C'est avec beaucoup de regrets et le cœur lourd que je constate que ceux qu'il accusait de collusion avec le Rwanda du président Paul Kagame n'avaient pas tort », a-t-il déclaré.
Une situation « inédite »
Lambert Mende a souligné le caractère exceptionnel de l'engagement armé de l'ancien président. « Un chef de l'État, 18 ans au pouvoir, prendre les armes contre son propre pays, prendre les armes contre l'armée qu'il a eu à mettre en place. C'est assez inédit », a-t-il observé, estimant qu'une telle situation n'arrive qu'« extrêmement rarement dans l'histoire des nations civilisées ». « Mais la réalité est là, nous sommes obligés de croire ce que nous voyons, ce que nous palpons et ce que nous entendons », a-t-il ajouté.
Un homme « taiseux »
Sur les motivations de l'ancien président, Lambert Mende s'est dit incapable de trancher. « Il est difficile d'entrer dans le cœur ou l'esprit d'une personnalité comme le président honoraire Joseph Kabila, qui est un homme très peu disert. C'est un homme taiseux », a-t-il expliqué, précisant que Joseph Kabila n'exposait pas toujours sa pensée, « même quand on travaillait avec lui ». La distance est aujourd'hui plus grande encore, a-t-il reconnu, les deux hommes se trouvant désormais « dans des positions assez éloignées ». « C'est à lui qu'il faut poser cette question », a-t-il tranché.
Lambert Mende a enfin évoqué un malaise au sein même du camp de l'ancien président. « Nous sommes tous surpris, et je pense que c'est la situation dans divers milieux, y compris ceux qui le suivaient et dont beaucoup sont en train de quitter le navire depuis hier », a-t-il affirmé.